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La Fontaine revisité

«Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?»

15 octobre 2025, 18:09

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«Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?»

Les autorités ont décidé de réguler le nombre de corbeaux qui envahissent villes et campagnes. Leurs croassements à la tombée de la nuit donnent parfois des frissons comme dans le célèbre film de Clouzot, Le corbeau. Cet oiseau a donné naissance à des mythes, des contes, des légendes ; d’où sa réputation d’oiseau de mauvais augure. Il porterait malheur. Cet oiseau au bec fort et au plumage noir a même inspiré Edgar Allan Poe. Faisons connaissance avec lui.

?Un charognard

Malgré sa réputation funeste, le corbeau fascine. C’est un animal plus intelligent que les autres oiseaux. Il vit en meutes et habite généralement dans les régions boisées. Même après trois ans de séparation, ils se reconnaissent entre eux. Monogame, il peut vivre en couple pendant une quinzaine d’années. Il fait son nid, la femelle pond trois à sept œufs et chaque type de croassement a une signification propre. Mais de tout temps, on lui prête de mauvaises intentions. Il serait l’entremetteur entre la vie et la mort.

Le corbeau est omnivore, c’est-à-dire qu’il mange à la fois des produits végétaux comme des fruits ou de petits animaux comme les insectes ou même de petites souris. Il s’adapte facilement à son environnement. C’est surtout un charognard, c’est-à-dire qu’il se régale de déchets d’animaux morts qu’il n’a pas lui-même tués. Il a la réputation de ne jamais être loin des cadavres.

Il est donc porteur de maladies puisqu’il ingurgite des déchets de charogne. Un vecteur de parasites nuisibles pouvant causer de gros désagréments. On lui a accolé le nom de La Faucheuse, symbole qui coupe net les récoltes et devenu une allégorie de la mort. Mais où cette chronique veut-elle en venir en vous bassinant avec cet oiseau lugubre ?

?Un déferlement de corbeaux

On ne peut pas ne pas avoir noté que depuis la période post-électorale, notre île a subitement connu une cascade, un torrent pour ne pas dire un déluge de renards poursuivis pour enquêtes et interrogatoires menés par la Financial Crimes Commission (FCC). Une avalanche de millions qui fait penser à la célèbre fable de La Fontaine, Le corbeau et le renard. Juxtaposez cette fable sur les déferlements et autres fraudes engendrées par la corruption durant ces dernières années. «Maître Corbeau sur un arbre perché/tenait en son bec un fromage.»

Et quel fromage ! Des sommes astronomiques qui firent l’objet de toutes les convoitises tant et si bien que la FCC dépassée par ces magots (en vérité l’argent du peuple) a dû recruter du personnel supplémentaire. Chaque mois, chaque semaine, chaque jour met à… découvert divers et multiples fromages. Vous pensez bien que les renards et autres chatwa ainsi que les petits copains et autres souteneurs s’assemblèrent en entendant le croassement aigu du corbeau en chef du haut de la canopée, des cimes des arbres les plus hauts aux feuillages les plus bas. Le «couvert» était mis et les renards se mirent à table. Tous «par l’odeur alléchée».

?Les flatteurs

Il y en avait pour toute la smala, même s’il fallait emprunter d’autres fromages. À fond la caisse, décaissons la fromagerie. D’abord ceux proches du garage de fabrication où se trouve l’atelier de production et ensuite ceux qui représentent le commerce de détail.

Le Corbeau en chef approvisionne mais laisse le réseau de distribution aux mains de ses fidèles entre les plus fidèles lieutenants. Un fromage gargantuesque offert après un concert de louanges : «Monsieur du Corbeau/ que vous êtes joli ! Que vous semblez beau ! Sans mentir (mon œil), si votre ramage (chant) se rapporte à votre plumage/Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois». Pli bon ki sa gate.

Comment ne pas céder à tant de révérences, de baisemains, de soumissions. Une forte sensation de feel-good factor. À ces mots (source de maux à venir telles casseroles et autres karay so), le Corbeau ne peut résister. Reprenons en chœur La Fontaine : «Le Corbeau ne se sent pas de joie/et pour montrer sa belle voix/il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.»

? «Pay the bill»

Le festin royal a duré le temps d’un mandat dont le Corbeau était persuadé qu’il aurait pour conséquence son renouvellement au pouvoir. C’était gagné d’avance. Peut-être avait-il tout simplement oublié le pourboire pour le petit peuple. Badaboum... et crac !

Tant de largesses sur et sous la table vont se résumer en une cuisante défaite : «Apprenez que tout flatteur/vit aux dépens de celui qui l’écoute. Le Corbeau honteux et confus jura, mais un peu tard, que l’on ne l’y prendrait plus». L’addition pourrait être lourde mais comment récupérer ne serait-ce qu’une partie de ces millions en… volés, dilapidés, blanchis, planqués à l’étranger. D’autant que d’autres agents zélés s’étaient spécialisés dans l’agriculture maison, le planting. Quant aux fromages, du gruyère il ne restait plus que les... trous et des plus puants… leur odeur.

La FCC tente de récupérer certaines preuves écrites de ces détournements mais il semblerait que les payment vouchers (montant Rs 198 millions) sont introuvables. Adieu signature du Grand Mani...tou. Certains se sont bafrés, goinfrés jusqu’à se péter la panse. Le moment de passer à la caisse s’avère douloureux pour les nouveaux au pouvoir et le petit peuple. Le cor...vidé, vrai nom du corbeau.

Le peuple attend, espère qu’il n’aura pas à affronter un autre charognard ; mais si certains signes sont prometteurs, d’autres (le coût des missions en un an au pouvoir) laissent penser (ou panser) qu’on n’a pas encore tiré toutes les leçons de ce gigantesque gâchis. Le peuple aura démontré pour une fois qu’il ne fallait pas ruser, voire... renarder. Le kouyone. Croa... croa.

Pa montre zako fer grimas!

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