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Catastrophe écologique du «Wakashio»
Des dauphins asphyxiés, d’autres désorientés et un lagon contaminé
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Catastrophe écologique du «Wakashio»
Des dauphins asphyxiés, d’autres désorientés et un lagon contaminé
■ Des dauphins à tête de melon échoués sur la plage de Bambous-Virieux, en août 2020, victimes d’un mystérieux phénomène de désorientation.
Cinq ans après le naufrage du MV Wakashio au large de Pointe-d’Esny, la lumière est faite sur l’un des épisodes les plus marquants de la catastrophe : la mort de deux dauphins et d’environ cinquante melon-headed whales, une espèce de dauphin océanique. Le rapport de la Court of Investigation, rendu public le 2 octobre, révèle une série de défaillances humaines et de lacunes techniques ayant contribué à l’ampleur du désastre écologique de juillet 2020.
Contamination lente et bioaccumulation toxique
Dans le rapport, selon l’océanographe et ingénieur en environnement Vassen Kauppay- muthoo, des traces d’hydrocarbures ont été détectées sur plusieurs carcasses de dauphins. Selon lui, ces mammifères marins auraient été exposés aux substances toxiques à travers leur peau ou par l’inhalation des vapeurs issues de la marée noire. Il admet cependant que cette hypothèse reste spéculative au vu des conclusions divergentes d’autres organismes scientifiques.
L’expert insiste également sur le phénomène de contamination lente de la chaîne alimentaire marine. Des analyses effectuées par Quanti Lab sur des échantillons prélevés le 7 août 2020 montrent la présence d’arsenic et de cadmium au-delà des seuils recommandés dans les poissons et les calamars. Les teneurs en hydrocarbures se sont également révélées particulièrement élevées, illustrant le fait que le pétrole s’était infiltré jusque dans les organismes benthiques, comme les mollusques et les vers marins.
Cette pollution a provoqué ce que l’on appelle une bioaccumulation : le contaminant s’accumule lentement dans les tissus et, à long terme, atteint un seuil où il devient toxique. «C’est une forme progressive d’empoisonnement», avertit Kauppaymuthoo, ajoutant que les pêcheurs marchant dans les mangroves pour collecter des moules et des huîtres sont plus exposés que les baigneurs occasionnels. Le rapport recommande d’interdire la pêche dans la zone pendant au moins un an afin d’évaluer le degré de contamination de la faune marine et de limiter les risques pour la santé humaine.
«Melon-headed whales»: Désorientation fatale
Le rapport revient aussi en détail sur le drame des dauphins à tête de melon survenu le 26 août 2020. Ce jour-là, la population du SudEst de Maurice signalait la présence de plus de 150 de ces dauphins stressés dans le lagon de Bambous-Virieux. Plusieurs étaient déjà morts ou grièvement blessés, présentant des abrasions cutanées et parfois des fractures à la mâchoire.
Sous la supervision de R. Mohit, officier scientifique par intérim de l’Albion Fisheries Research Centre, une opération de herding – ou guidage acoustique – avait été organisée à partir du 28 août pour repousser les animaux vers le large. Cette mobilisation avait réuni les garde-côtes, les pêcheurs, les plaisanciers et plusieurs ONG. Si une centaine de mammifères ont pu regagner l’océan, une cinquantaine sont restés désorientés et ont fini par mourir dans le lagon.
Les nécropsies, dirigées par le Dr P. S. Beeharry du ministère de l’Agro-industrie, ont révélé des hémorragies pétéchiales au niveau de la tête et la présence de gaz emboliques dans les vaisseaux sanguins – des lésions typiques du barotraumatisme. Cette pathologie, semblable au mal de décompression, survient lorsqu’un mammifère marin remonte trop vite depuis les profondeurs vers la surface. Aucun toxique chimique n’a été identifié, mais des hydrocarbures aliphatiques, présents dans les carburants, ont été retrouvés dans certains tissus. L’équipe vétérinaire a conclu que ces dauphins avaient subi une désorientation brutale ayant entraîné leur mort.
Le rapport explore le rôle d’activités humaines sous-marines menées à proximité de l’épave. Il met particulièrement en cause le sonar multifaisceaux utilisé lors du relevé hydrographique du 22 août 2020 par le Mauritius Hydrographic Office, à la demande du propriétaire du Wakashio. L’appareil émettait entre 190 et 420 kHz, soit en dehors de la plage auditive connue des cétacés, selon l’expert D. R. Madho. Cependant, la cour estime que l’impact réel de ces fréquences sur la physiologie des mammifères marins n’est pas scientifiquement tranché et juge que l’argument de l’expert «ne tient pas».
Elle conclut que, compte tenu du délai de trois à quatre jours entre l’exposition sonore et la mort des animaux, le second relevé du 22 août correspond davantage à la chronologie du drame que celui réalisé le 29 juillet. D’autres travaux, comme la découpe de cloisons du cargo pour faciliter le sabordage de la proue, ont été écartés, faute d’usage d’explosifs.
Au-delà de ces cas spécifiques, la cour pointe les failles dans la chaîne de commandement lors de la gestion du naufrage et du déversement de plus de 1 000 tonnes d’hydrocarbures. Elle rappelle que le pétrole piégé dans les sédiments restera toxique pendant des décennies et insiste sur la nécessité de renforcer la surveillance environnementale et la capacité de réponse rapide en mer.
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