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Bras de fer habitants -Le Saint Géran

Mariage VVIP, chèques de silence et sable à tout-va ?

27 août 2025, 15:50

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Sous un ciel d’apparence paisible, un bras de fer secoue la côte Est. Le réaménagement de plages entrepris par le luxueux One&Only Le Saint Géran s’enlise dans une tempête de polémiques. Derrière les palmiers parfaitement alignés, les lagons turquoise et les villas de prestige, se nouent des histoires de mariage VVIP qui précipitent les chantiers, de compensations financières jugées indécentes par les pêcheurs, de permis environnementaux accordés mais accusés d’être contournés, et d’une mesure budgétaire qui semble taillée sur mesure pour ce seul établissement hôtelier.

Un mariage d’envergure, prévu au début du mois de septembre, est en effet cité comme la véritable raison de l’accélération des travaux. Cette rumeur, persistante dans la région, vient s’ajouter à l’amoncellement de spéculations autour du projet de réhabilitation côtière. Les pêcheurs, premiers concernés, sont les plus critiques.

Le vendredi 22 août, une quarantaine d’entre eux ont été convoqués dans les bureaux de l’hôtel pour recevoir un chèque de Rs 6 000, avec la promesse d’un second versement à la fin des travaux. Or, ils étaient plus de 175, qui pour la plupart refusent ce paiement, à être directement affectés dans les zones de Belle- Mare, Poste-Lafayette et Postede- Flacq. Pour Asraf Ali Ramdin, figure de proue des contestataires, cette compensation est inacceptable et vise uniquement à acheter le silence de la communauté. Selon lui, l’hôtel se dispense de la véritable consultation publique exigée par la loi et contourne l’esprit même des réglementations environnementales.

Les griefs ne s’arrêtent pas là. Le permis Environmental Impact Assessment (EIA) délivré par le ministère de l’Environnement, sous la référence ENV/ESDD/ EIA/2023/42, en date du 10 juillet 2024 puis amendé en juillet 2025, avait autorisé l’installation de sacs de sable géotextile autour de l’hélipad, recouverts de pierres pour stabiliser le littoral. Mais ce feu vert était assorti de conditions précises : interdiction absolue d’extraire du sable du lagon, nettoyage des roches avant toute pose, absence d’engins lourds sur la plage, et obligation de consultation régulière des parties prenantes. Pour Ramdin, ces conditions sont tout simplement ignorées. «Pe met disab mor dan lamer», lâche-t-il, reprenant une expression locale pour signifier qu’on jette un sabot mort à la mer, donc une action vaine et destructrice.

Face à cette contestation, l’État tente de montrer patte blanche. Joanna Bérenger, junior minister de l’Environnement, assure que les travaux sont conformes au permis. Elle insiste sur le fait que l’hôtel aurait même suspendu temporairement certaines opérations afin de mieux associer les riverains. De son côté, le ministre de l’Économie bleue et de la Pêche, le Dr Arvin Boolell, a ordonné une inspection immédiate le 25 août et promet la soumission d’un rapport. Il a également mentionné l’existence de compensations pour les pêcheurs enregistrés.

Mais ces annonces officielles peinent à calmer la colère grandissante sur le terrain.

«Massacre écologique»

Pour les écologistes, la situation est alarmante. Alain Malherbe, militant de longue date, n’hésite pas à parler de «massacre écologique». Selon lui, l’hôtel bloque systématiquement les discussions et s’appuie sur la présence de la National Coast Guard et de la police régulière pour sécuriser ses chantiers. Il s’indigne de voir des constats urgents dressés par les employés des Fisheries et de la Blue Economy rester lettre morte. «La mer, nos lagons, notre biodiversité ne sont pas à vendre», martèle-t-il, exhortant les autorités à mettre fin à ce qu’il qualifie de manipulation des lois au profit d’intérêts privés.

Le constat des pêcheurs est tout aussi sévère. L’un d’eux affirme que les pratiques actuelles ne font que répéter les erreurs du passé. L’an dernier déjà, du sable et des sédiments avaient été déversés puis rejetés par la mer, créant un cycle sans fin de réaménagements coûteux et inefficaces.

En 2024, l’hôtel avait d’ailleurs été épinglé pour excavation illégale de sable, rejets d’eaux usées et chantiers menés trop près du trait de côte. À l’époque, il s’était engagé à rétablir les accès publics vers la plage, à sceller six décharges marines et à prélever des échantillons pour analyses, des engagements dont la mise en oeuvre reste sujette à caution.

Mesure budgétaire

L’établissement, pour sa part, défend son projet. Dans un communiqué daté du 16 août, le Saint Géran rappelle que ces travaux s’inscrivent dans un plan global de réhabilitation côtière, dûment approuvé par les autorités compétentes. Il met en avant des études scientifiques, des inspections régulières et affirme avoir toujours cherché à collaborer avec les pêcheurs, ce qui lui aurait valu un accueil favorable lors des premières consultations.

Mais le point le plus explosif de ce dossier se trouve dans une autre arène : celle des finances publiques. Lors de son discours sur le Budget 2024-25, en juin dernier, le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, avait introduit une mesure hautement controversée : l’autorisation d’extraction de sable pour nourrir certaines plages du littoral. Le texte, repris dans les analyses budgétaires d’experts et d’auditeurs, prévoit des opérations d’ampleur sur des sites tels que Belle-Mare, Bain- Boeuf ou encore Le Morne. Cette décision, immédiatement dénoncée par les écologistes et les pêcheurs, fait craindre une dégradation irréversible des écosystèmes marins.

Or, selon des sources proches du gouvernement, cette mesure n’aurait pas été pensée de manière générale mais aurait été introduite principalement pour faciliter les travaux du Saint Géran, alors que l’extraction de sable du lagon est interdite depuis 2001.

Ainsi se dessine un tableau où tout semble converger vers le même objectif : garantir à l’hôtel de luxe la poursuite et l’achèvement de son chantier. Mariage VVIP, chèques aux pêcheurs, permis environnementaux accommodants et mesure budgétaire sur mesure composent un faisceau d’indices qui alimente la colère des riverains et des défenseurs de l’environnement.

Sur la côte Est, la réhabilitation du Saint Géran apparaît comme un révélateur des tensions entre développement touristique, respect des lois et préservation écologique. Dans ce bras de fer, c’est tout un modèle de gouvernance qui est mis en question : celui d’un pays où la mer et ses ressources pourraient bien être bradées, sous couvert d’embellissement, au profit d’intérêts privés puissants

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