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Scandal du «Reward Money»
Police, banques appelées à répondre sur les millions de roupies envolées
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Scandal du «Reward Money»
Police, banques appelées à répondre sur les millions de roupies envolées
Les prochaines auditions devant la Financial Crimes Commission (FCC) devraient mettre en lumière plusieurs acteurs clés impliqués dans la gestion controversée du Reward Money. Parmi les premiers visés, figurent les policiers de l’Internal Control Unit, le Deputy Commissioner of Police (DCP) Jhugroo en charge de l’administration, l’ex-Managing Financial Operations (MFO),ainsi que l’Accountant General des Finances de l’époque. Tous devront s’expliquer sur leur rôle dans la chaîne décisionnelle et financière ayant permis le versement de sommes astronomiques, parfois en dehors des cadres établis.
Zones d’ombre et dérives
Le paiement aux informateurs se fait sur la base d’une relation de confiance mutuelle. Selon le règlement en vigueur, établi dans le cadre de la Police Act, un policier ayant remis de l’argent à un informateur ne doit en aucun cas révéler son identité. Si la confidentialité des sources est capitale, la gestion et l’audit de ces fonds ne devraient pas pour autant être entourés d’opacité.
Le Standing Order 122 de la Mauritius Police Force encadre la procédure relative aux paiements de récompenses. Le paragraphe 5 précise que l’officier recevant les fonds doit certifier sur un bon spécifique qu’il a bien effectué le paiement à l’informateur, en inscrivant la formule suivante : «I certify that the informer has been paid by me.» Ce bon est ensuite retourné au MFO. Le paragraphe 6 stipule clairement qu’en aucun cas le reçu de l’informateur ne doit être joint au bon ni apparaître dessus.
L’ex-commissaire de police (CP), Anil Kumar Dip, a amendé le Standing Order No 122 afin de permettre le paiement d’argent de récompense aux informateurs, même si l’affaire n’avait pas encore été tranchée par la justice. Comme l’a souligné le Premier ministre, Navin Ramgoolam, il suffisait, pour obtenir ces paiements, d’un simple rapport du Forensic Science Laboratory certifiant que les saisies concernaient des drogues dangereuses. Les principaux acteurs de cette saga incluent l’ex-Accountant General, le CP Dip, le DCP Jhugroo (DCP Administration), les policiers ayant reçu les fonds pour payer les récompenses, l’Internal Control Unit – composée d’auditeurs au sein de la police – ainsi que les policiers eux-mêmes faisant partie de cette unité.
Selon les déclarations de l’ex-CP Dip, le MFO avait reçu l’autorisation de verser l’argent directement sur le compte des policiers demandeurs, au lieu d’émettre un chèque à leur nom. Cette méthode différait de celle de l’époque du DCP Bhojoo de l’Anti Drug and Smuggling Unit, qui recevait l’argent sous forme de chèque à son nom et le distribuait ensuite en liquide. La FCC cherche désormais à comprendre pourquoi cette méthode a été modifiée et pour quelle raison l’amendement a été adopté le jour de la Saint-Sylvestre, en 2021. La commission se penche également sur la question de savoir comment ces paiements ont été effectués, à quelle fréquence et pendant combien d’années. Les prochains visés pourraient être les membres de l’Internal Control Unit ainsi que la DCP Administration.
Il incombe au CP de s’assurer que le Reward Money ne devienne pas un véhicule de corruption permettant à certains officiers de s’enrichir sur le dos des informateurs. Dans le cas des officiers supérieurs actuellement arrêtés, la question reste entière : ont-ils respecté les Standing Orders ? Les documents appropriés ont-ils été transmis au CP ? Et surtout, comment a-t-il pu détourner de telles sommes sans éveiller de soupçons ? En général, il n’existe aucune limite stricte pour une réclamation. L’équipe responsable soumet son montant, et l’administration ainsi que le bureau du CP vérifient si la somme est justifiée.
Rôle de la Banque centrale
Cette affaire soulève également des interrogations concernant la Banque de Maurice (BoM). Ses plus hauts responsables – l’ex-gouverneur, Harvesh Seegolam, l’ex-First Deputy Governor, Mardayah Kona Yerukunondu, et l’ex-Second Deputy Governor, Hemlata Sadhna Sewraj-Gopal – seront-ils appelés par la FCC pour donner des explications ? Les procédures bancaires risquent en tout cas d’être passées au peigne fin. Des retraits similaires avaient été effectués avant et après les élections de novembre 2024. Craignant qu’un nouvel ordre de gel des avoirs (Freezing Order) ne soit pris une fois le nouveau gouvernement installé, l’ancienne équipe aurait procédé à des transactions précipitées. Il reste à établir qui a autorisé l’assistant commissaire de police, Dunraz Gangadin, et l’assistant surintendant de police (ASP), Rajcoomar Seewoo, à effectuer des retraits de Rs 1 million par jour. Ces flux financiers laissent présager un mouvement d’argent organisé.
Rappelons que Dunraz Gangadin a été arrêté le jeudi 24 juillet par la FCC dans le cadre de l’enquête sur le Reward Money. Celle-ci concerne des transactions totalisant Rs 160,3 millions, réalisées entre janvier 2023 et novembre 2024. Ces fonds, répartis en 13 chèques bancaires, provenaient directement du compte officiel de la police, alors sous la responsabilité du CP Anil Kumar Dip. Une large partie, soit Rs 76,8 millions, a été transférée sur le compte du sergent Yeshdeo Seeboruth, lui aussi arrêté par la FCC. Entre le 18 octobre et le 7 novembre 2024, pas moins de Rs 14 millions ont été retirées en espèces du compte de Dunraz Gangadin auprès de la State Bank of Mauritius (SBM), à raison de Rs 1 million par jour ouvrable.
Ces retraits dépassent largement les plafonds imposés par la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act, qui fixe une limite de Rs 500 000, ainsi que la politique interne de la SBM, plus stricte encore, avec un plafond de Rs 350 000 pour ses clients ordinaires. Ces opérations exceptionnelles soulèvent de sérieuses questions : qui a donné l’ordre de procéder à ces retraits ? Était-ce une directive hiérarchique de la police ? Sous quelle autorité la SBM a-t-elle accepté de contourner ses propres règles et celles de la loi ? Et la Banque de Maurice a-t-elle accordé une dérogation spéciale ? À ce jour, aucune trace officielle n’a été révélée.
Quant à Rajcoomar Seewoo, 54 ans, habitant Montagne-Longue, ASP et ancien membre de la Special Intelligence Division de la Special Support Unit, et actuellement affecté à l’Eastern Division, il a été arrêté le jeudi 21 août sous une accusation provisoire de blanchiment d’argent, en vertu des sections 36(1)(b) et 38 de la FCC Act. Entre septembre 2024 et aujourd’hui, Rs 34,75 millions ont transité sur son compte bancaire au titre de Reward Money censé être redistribué aux informateurs. En novembre 2024, plusieurs retraits d’un montant de Rs 1 million chacun ont été enregistrés.
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