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«Article IV consultations»
Le FMI salue les réformes budgétaires, mais incite à aller plus loin
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«Article IV consultations»
Le FMI salue les réformes budgétaires, mais incite à aller plus loin
Une mission du FMI dirigée par Mariana Colacelli était à Maurice du 22 avril au 4 mai 2026 pour des consultations sur l’article IV, menant aux conclusions publiées le 15 juillet.
Dette publique, guerre au Moyen-Orient, inflation, politique monétaire et compétitivité : le FMI valide le cap du gouvernement tout en mettant en garde contre les défis qui persistent.
Le Fonds monétaire international (FMI) apporte un soutien mesuré à la stratégie économique du gouvernement mauricien. Dans les conclusions de son Executive Board, publiées le 15 juillet à l’issue des consultations au titre de l’Article IV pour 2026, l’institution de Washington estime que l’économie mauricienne demeure résiliente malgré un environnement international particulièrement difficile. Elle salue les premiers résultats de la consolidation budgétaire engagée par les autorités, tout en estimant que des efforts supplémentaires seront indispensables pour remettre durablement les finances publiques sur une trajectoire soutenable.
Le constat du FMI est nuancé. D’un côté, Maurice a réussi à préserver sa stabilité macroéconomique malgré les chocs extérieurs. De l’autre, la guerre au Moyen-Orient, les tensions géopolitiques persistantes et un contexte mondial plus incertain fragilisent les perspectives de croissance, alimentent les pressions inflationnistes et compliquent davantage la tâche du gouvernement.
Le FMI relève que la croissance économique a ralenti à 3,2 % en 2025, après le rebond observé suivant la pandémie. Cette modération reflète notamment le ralentissement du secteur de la construction, conséquence directe de la consolidation budgétaire, tandis que les services, notamment le tourisme et les services financiers, continuent de soutenir l’activité. Pour 2026, la croissance devrait encore ralentir pour atteindre 2,8 % ; les répercussions du conflit au Moyen-Orient devant peser sur les arrivées touristiques, renchérir les importations énergétiques et alimentaires et affaiblir la demande mondiale. Toutefois, il est prévu qu’elle passe à 3,2 % à moyen terme.

Le rapport souligne que cette guerre constitue désormais le principal facteur de risque pour l’économie mauricienne. La hausse des cours du pétrole et des matières premières exerce déjà une pression importante sur les prix domestiques. Après avoir fortement ralenti au début de l’année, l’inflation repart à la hausse. Le FMI prévoit qu’elle atteindra 6,4 % à la fin de 2026, sous l’effet combiné de l’augmentation des prix de l’énergie, des denrées alimentaires et des ajustements des prix administrés. Dans un scénario où le conflit s’aggraverait durablement, l’inflation pourrait même grimper jusqu’à 8,5 %, tandis que la croissance tomberait à seulement 1,9 %.
Face à ces risques, le FMI estime que le gouvernement a pris la bonne direction en engageant une consolidation budgétaire destinée à restaurer les marges de manœuvre des finances publiques. Les administrateurs du FMI reconnaissent que l’exécutif a hérité d’une situation particulièrement délicate, marquée par une forte progression des dépenses sociales au cours des dernières années, notamment des pensions de vieillesse.
Selon le rapport, les dépenses primaires de l’État sont passées d’environ 22 % du PIB au milieu des années 2010 à près de 32 % du PIB en 2024-2025. Dans le même temps, la dette publique est à 86 % fin juin 2025, illustrant les déséquilibres structurels qui se sont progressivement installés.
Le FMI considère que les premiers efforts de consolidation budgétaire entrepris en 2025-2026 vont dans la bonne direction. Il note que le déficit primaire a été significativement réduit grâce à une meilleure maîtrise des dépenses publiques, notamment par la rationalisation de plusieurs programmes de soutien et le ralentissement de la progression des dépenses courantes.
L’institution estime toutefois que cette trajectoire demeure insuffisante pour atteindre l’objectif fixé par les autorités de ramener la dette publique à 75 % du PIB d’ici juin 2031. En l’absence de nouvelles mesures, la dette resterait proche de 87 à 88 % du PIB au cours des prochaines années, bien au-dessus du seuil de 80 % considéré comme un ancrage de soutenabilité.
Le FMI juge donc indispensable de poursuivre les réformes budgétaires, principalement du côté des dépenses. Il soutient la réforme des pensions engagée par le gouvernement, notamment le relèvement progressif de l’âge d’éligibilité à la pension universelle de 60 à 65 ans. Cette mesure devrait, selon ses estimations, générer des économies importantes au fil des années et contribuer au redressement des finances publiques.
Cibler les aides sociales
L’Executive Board insiste toutefois sur la nécessité de préserver les ménages les plus vulnérables. Les aides sociales devront être mieux ciblées et davantage orientées vers les personnes qui en ont réellement besoin plutôt que de prendre la forme de subventions généralisées, jugées coûteuses et peu efficaces. Le rapport souligne également que les autorités devront améliorer davantage le recouvrement fiscal, réduire certaines exonérations et renforcer la gestion des finances publiques afin d’accroître la crédibilité de leur stratégie budgétaire.
Sur le plan monétaire, le FMI considère que la Banque de Maurice a adopté une orientation appropriée en relevant son taux directeur à 4,75 % en mai dernier afin de contenir les pressions inflationnistes. Les administrateurs estiment néanmoins que le cadre opérationnel de la politique monétaire pourrait être renforcé afin de rendre les signaux de politique monétaire plus efficaces.
Ils recommandent notamment de mieux aligner les opérations de liquidité avec le taux directeur et d’améliorer la communication de la banque centrale afin de renforcer la crédibilité de son objectif de stabilité des prix. Le FMI souligne également que Maurice doit continuer à privilégier un régime de change flexible tout en n’intervenant sur le marché des changes qu’en cas de tensions exceptionnelles.
Le secteur financier demeure, selon le rapport, globalement solide. Les banques restent bien capitalisées, liquides et les créances douteuses continuent de diminuer. Le FMI attire néanmoins l’attention sur certains risques émergents, notamment ceux liés aux activités financières transfrontalières et au secteur non bancaire.
L’Executive Board salue par ailleurs les investigations en cours sur la Mauritius Investment Corporation ainsi que la décision des autorités de procéder à un audit de cette entité. Selon le FMI, ces démarches témoignent d’une volonté de renforcer la surveillance du secteur financier et de préserver la confiance dans les institutions financières, même si elles mettent également en évidence les défis de gouvernance auxquels le pays reste confronté.
Au-delà des mesures budgétaires et monétaires, le FMI insiste sur la nécessité d’accélérer les réformes structurelles afin de renforcer la compétitivité du secteur privé, stimuler l’investissement et améliorer la productivité. Face au vieillissement de la population et au ralentissement de la croissance potentielle, Maurice devra miser davantage sur l’innovation, la digitalisation, les services financiers, le tourisme à forte valeur ajoutée ainsi que les investissements dans les énergies renouvelables.
Enfin, les administrateurs rappellent que la réussite des réformes dépendra également de la capacité du gouvernement à convaincre l’opinion publique de leur nécessité. Une communication claire et transparente sera essentielle pour expliquer les contraintes budgétaires, les bénéfices attendus des réformes et les mesures destinées à protéger les catégories les plus vulnérables.
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