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AfriNIC : Lignes brouillées
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AfriNIC : Lignes brouillées
AfriNIC, censé être un simple registre technique pour l’Afrique, est devenu, à Maurice, le révélateur d’une fracture institutionnelle inquiétante. Ce qui devait être neutre et apolitique a viré en champ de bataille entre exécutif, judiciaire et forces occultes. Résultat : une organisation paralysée, un pays ébranlé et une démocratie locale projetant au monde une image de défiance et de confusion.
Au départ, l’affaire n’était qu’une querelle sur l’attribution d’adresses IP. Mais le dossier a vite mis à nu un malaise plus profond : la porosité entre le droit et la politique, les conflits d’intérêts réels ou supposés, et la tentation récurrente de l’exécutif d’empiéter sur le terrain judiciaire. La nomination du juge Nicolas Ohsan-Bellepeau comme enquêteur spécial, décidée unilatéralement par la présidence, et aussitôt bloquée par une injonction, symbolise ce désordre. Quand un magistrat doit se retirer, pris entre loyauté à sa hiérarchie et pression politique, c’est l’équilibre des pouvoirs qui vacille.
Les acteurs de cette crise ne sont pas neutres. L’avocat Raouf Gulbul, figure incontournable des affaires politico-financières et mari de la Chief Justice, défend, une fois de plus, les «déchus». Son implication dans AfriNIC cristallise les soupçons de collusion entre avocats et juges. Quant au nouvel Attorney General, Gavin Glover, il incarne à lui seul les contradictions du système.
Ces enchevêtrements nourrissent une perception délétère : la justice se joue en cercle restreint, et l’exécutif s’autorise à redessiner les règles selon ses besoins. Ce n’est pas la première fois. On se souvient du projet avorté de Prosecution Commission en 2016, qui visait à restreindre les pouvoirs du Directeur des poursuites publiques. On entend aujourd’hui parler d’une Cour d’appel, composée de juges étrangers, en dépit des garde-fous constitutionnels. À chaque fois, le même réflexe : remodeler l’institutionnel pour l’adapter à l’agenda politique.
Le danger ne réside pas seulement dans les décisions prises mais dans la perception qu’elles laissent. La confiance des citoyens repose sur une conviction simple : la justice se doit d’être impartiale. Or, quand promotions, nominations et enquêtes spéciales paraissent dictées par les intérêts du jour, la croyance dans l’État de droit se fissure.
Au-delà des frontières mauriciennes, le dossier AfriNIC a des répercussions lourdes. L’Afrique, déjà en déficit d’adresses IP, regarde avec inquiétude un registre continental paralysé par des intrigues locales. Pékin investit massivement dans les infrastructures numériques du continent tandis que Washington brandit le spectre d’une fragmentation de l’Internet. Dans ce contexte, voir Maurice – longtemps vitrine de stabilité – s’enliser dans une crise de gouvernance, envoie un signal brouillé aux investisseurs comme aux partenaires internationaux.
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