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Santé publique

Obésité : un défi croissant et urgent

18 août 2025, 08:00

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Obésité : un défi croissant et urgent

■ Scènes de la rue mauricienne... hommes et femmes sont touchés par le surpoids.

Maurice fait face à un défi de santé publique pressant : l’augmentation alarmante de l’obésité dans la population. Cette problématique mondiale prend une tournure inquiétante dans le contexte local, où près de 36,2 % des adultes sont concernés. Elle soulève des préoccupations majeures pour la santé collective et la nécessité de mesures concrètes pour inverser cette tendance.

Pour le Dr Fazil Khodabocus (photo), directeur par intérim des services de santé publique au ministère de la Santé, l’obésité et le surpoids sont devenus des enjeux cruciaux pour la santé publique mauricienne. Dans le dernier rapport du NCD Surveillance de 2021 (il y en a tous les cinq ans), environ 36,2 % de la population adulte – 29,9 % des hommes et 41,6 % des femmes – sont considérés en surcharge pondérale (36.0 %) ou obèse (36.2 %). Ces chiffres sont alarmants, si l’on considère que 72,2 % des Mauriciens ont un poids supérieur à la normale.

Express.mu (620 x 330) (33).png Dr Fazil Khodabocus, directeur par intérim des services de santé publique au ministère de la Santé

? C’est quoi exactement l’obésité ?

La définition médicale repose sur l’indice de masse corporelle (IMC ou BMI en anglais). C’est le rapport entre le poids et la taille, calculé en divisant le poids (en kilogrammes) par la hauteur (en mètres) au carré. Un IMC supérieur à 25 indique un surpoids, tandis qu’un IMC supérieur à 30 qualifie une personne d’obèse. À Maurice, ces chiffres témoignent d’un phénomène croissant, alimenté par des modes de vie plus sédentaires et une alimentation riche en calories. Plusieurs facteurs expliquent cette montée.

D’abord, l’évolution du mode de vie, marqué par la sédentarité et l’augmentation du temps passé devant les écrans. La popularité des smartphones, des réseaux sociaux et la réduction d’activités physiques ont contribué à un mode de vie plus «assis». Selon le Dr Khodabocus, «rester assis pendant de longues périodes est devenu aussi nocif que fumer». La consommation accrue de fast-food constitue un autre facteur déterminant. À Maurice, cette nourriture est riche en calories, matières grasses, sucres et sels, qui favorisent la prise de poids. Ces options faciles d’accès, rapides et pratiques séduisent surtout les jeunes et les familles occupées, au détriment d’une alimenta- tion équilibrée.

? Un cercle vicieux

Les conséquences de l’obésité sont multiples et graves. Elle augmente le risque de diabète de type 2, maladie chronique qui, autrefois, concernait principalement les personnes âgées. Désormais, on observe des cas chez des jeunes de 20 ans, voire moins, ce qui est préoccupant. Le diabète de type 2 entraîne une surcharge en glucose dans le sang, pouvant mener à des complications graves comme la cécité, l’insuffisance rénale ou des maladies cardiovasculaires. L’obésité est liée à d’autres problèmes de santé – hypertension, maladies cardiaques, cancers et autres troubles comme l’apnée du sommeil. Chez les femmes, elle peut entraîner des compli- cations comme l’infertilité ou des troubles hormonaux.

? La réalité quotidienne

Tarun, 50 ans, illustre bien cette problématique. Ancien adepte de nourriture rapide et aliments gras, il a négligé son alimentation pendant des années. Son mode de vie sédentaire et ses excès alimentaires ont conduit à une obésité sévère, une occlusion artérielle et un pontage coronarien. Aujourd’hui, conscient des risques, il essaie d’adopter une alimentation plus saine et pratique régulièrement des exercices physiques.

Sandra, 38 ans, mère de deux enfants, avoue man- quer de temps pour préparer des repas équilibrés pour sa famille. Elle privilégie souvent les options rapides, comme drive-thru ou food courts, pour gagner du temps. Cependant, elle reconnaît que cette facilité a un coût sur sa santé et celle de ses enfants.

Roxanne, 29 ans, souffre de diabète lié à l’obésité. Elle n’était pas consciente de l’importance d’une alimentation saine jusqu’à ce que sa condition se dégrade. Son histoire montre à quel point la négligence et le manque d’éducation alimentaire peuvent avoir des conséquences dévastatrices.

? Les défis à relever

Face à cette crise, plusieurs professionnels de la santé insistent sur une approche globale. Le Dr Khodabocus souligne l’importance de combiner éducation, prévention et traitement. Il insiste sur le rôle des écoles, des familles et des médias pour sensibiliser la population. Une équipe multidisciplinaire – médecins, diététiciens, psychologues et éducateurs physiques – est essentielle. Il faut encourager la consommation de fruits et légumes, en assurant leur accessibilité à un prix abordable. Par ailleurs, il faut promouvoir une activité physique régulière, adaptée à chaque âge et condition.

Plusieurs barrières empêchent la population de faire de l’exercice ou d’adopter un mode de vie plus sain. Le manque d’infrastructures sécurisées ou de lieux accessibles pour une activité physique constitue un frein. La sécurité dans certains quartiers est aussi une préoccupation. Les médias sociaux jouent également un rôle ambigu. Si leur utilisation excessive contribue à la sédentarité, ils peuvent aussi être un levier pour sensibiliser et des campagnes de santé publique. La gestion du temps est un autre défi majeur, surtout pour les jeunes et les familles occupées, limitant les efforts individuels.

? Des solutions concrètes

Pour lutter contre cette épidémie, il faut instaurer des habitudes durables : se lever plus tôt pour faire de l’exercice, planifier des repas équilibrés, limiter le temps devant les écrans. Des espaces publics sécurisés pour la pratique sportive – pistes cyclables ou parcs – sont également primordiaux. Les écoles, en renforçant l’éducation physique, en sensibilisant à la nutrition et en impliquant les familles, peuvent contribuer à changer les comportements.

La sensibilisation doit aussi passer par des campagnes de communication qui expliquent les risques liés à l’obésité et proposent des solutions accessibles en adaptant l’environnement à ses besoins. Les autorités doivent garantir que les fruits et légumes sont abordables, que les infrastructures sportives sont accessibles et sécurisées, et que la population dispose d’informations fiables pour faire des choix éclairés.

? Un enjeu collectif

L’obésité à Maurice n’est pas une fatalité. La lutte nécessite une mobilisation collective, impliquant le gouvernement, le secteur privé, les écoles, et chaque citoyen. Comme le souligne le Dr Khodabocus, «il faut agir avant que cela devienne irréversible». La prévention, l’éducation et l’aménagement d’un environnement favorable à la santé sont des piliers essentiels. Maurice peut inverser cette tendance inquiétante et garantir un avenir plus sain pour ses générations futures. La sensibilisation, l’engagement collectif, et des actions concrètes sont indispensables pour relever ce défi et préserver la santé de la nation mauricienne.

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