Quand les jeunes diplômés prennent davantage le large, la fuite des cerveaux s’accentue

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Plusieurs jeunes Mauriciens diplômés et travailleurs qualifiés s’envolent pour le Canada et l’Australie, entre autres pays, en quête d’un meilleur avenir.

Plusieurs jeunes Mauriciens diplômés et travailleurs qualifiés s’envolent pour le Canada et l’Australie, entre autres pays, en quête d’un meilleur avenir.

Diplômés et qualifiés dans un domaine professionnel, ils ne voient plus de perspectives d’avenir à Maurice. Bon nombre de jeunes concitoyens claquent la porte et préfèrent émigrer au Canada, en Australie et en Europe. Ces migrations sont-elles en hausse actuellement? Vers quelles filières s’orientent ces Mauriciens ? Cet «exode» est-il dangereux pour notre main-d’œuvre ? Une étude de Business Mauritius sur cet enjeu sera bientôt publiée.

«Pendant  cinq ans, j’étais au chômage. Il y a peu, j’ai obtenu un emploi dans la restauration hôtelière. Les horaires sont infernaux mais je m’accroche car je ne veux plus rester à Maurice. Dès que j’ai une année d’expérience au minimum, j’entame mes démarches pour le Canada. Plus question de vivre ici», confie Laila, 35 ans. De son côté, Hema, mère de famille en instance de divorce, s’en sort à peine financièrement. «Je cumule déjà deux emplois pour joindre les deux bouts. Je ne me vois pas tenir longtemps ainsi. La vie est devenue si dure à Maurice. Elle n’augure rien de bon pour mes enfants et moi», explique-t-elle, dépitée. Aussi, elle étudie les possibilités d’immigrer au Ca- nada ou en Australie pour recommencer une toute nouvelle vie.

Idem pour Dany, 38 ans, détenteur d’une maîtrise en gestion de l’étranger. «Avoir une telle qualification compte pour du beurre. Je me retrouve avec plus de responsabilités avec un salaire moindre. J’ai essayé de décrocher un meilleur emploi mais c’était peine perdue. Le salaire correspondant était d’environ Rs 15 000 avec des horaires fixes. Je préfère retourner en Europe», souligne-t-il.

Ce discours se retrouve beaucoup chez bon nombre de jeunes Mauriciens. Diplômes universitaires ou expériences professionnelles en main, ils sont nombreux à plier bagage pour l’étranger. «La migration vers d’autres pays a toujours été visible. On note cela en particulier chez les jeunes de 20 à 40 ans pour y effectuer des études, vivre définitivement et assurer leur avenir et celui de leurs enfants», constate Manisha, représentante de l’agence Lifetime Immigration. Selon elle, ces derniers intègrent des filières variées. Elle ajoute que «beaucoup de diplômés optent pour l’émigration».

Azad Jeetun, économiste, fait le même constat. Pour lui, les possibilités d’emplois, de revenus et d’avenir à Maurice sont très limitées. C’est pourquoi les jeunes lorgnent de nouveaux horizons et optent ainsi pour la migration. «Ces Mauriciens qui partent faire leur vie ailleurs, c’est comme les Bangladais qui viennent dans l’île pour travailler. Nous allons vers une fuite des cerveaux car ceux qui partent sont de bons éléments. Hélas, c’est une perte pour Maurice», déclare-t-il. Est-ce alarmant ? D’après lui, une fuite de cerveaux l’est toujours pour une nation ayant investi dans l’éducation et la formation des citoyens qui, hélas, finissent par quitter le navire.

Une étude sur la fuite des cerveaux commanditée par Business Mauritius est d’ailleurs en cours. Elle devrait bientôt être publiée. Contacté à ce sujet, Pradeep Dursun, Chief Operating Officer, nous a déclaré que l’établissement y reviendra prochainement puisque son assemblée générale aura lieu cette semaine.

Opportunités

Parallèlement, l’économiste Azad Jeetun mentionne que de nombreux Mauriciens effectuant des études à l’international ne reviennent plus au pays une fois celles-ci achevées. De meilleures perspectives leur sont offertes à l’étranger. Christine Faugoo, Country Manager d’IDP Mauritius, abonde dans ce sens. «La plupart des étudiants ne sont pas intéressés à revenir. Ils veulent avoir l’option de rester dans le pays d’études. Ils ont l’impression qu’il n’y a pas beaucoup d’emplois à Maurice. Le type de travail et le salaire correspondant sont aussi des facteurs importants. Je pense que la majorité des étudiants ne veulent pas retourner à Maurice», observe-t-elle.

«La vie est devenue si dure à Maurice. Elle n’augure rien de bon pour mes enfants et moi.»

Le ministère du Travail constate-t-il plus de Mauriciens qui partent vers l’étranger depuis les derniers mois ? Pourquoi ? Désormais avec les gardefous mis en place garantissant de vraies opportunités d’embauche au Canada, par exemple, les Mauriciens privilégient ces opérations où des entreprises sérieuses viennent ici pour faire les entretiens d’embauche, affirme un représentant du ministère. Cependant, il nous précise qu’on «ne peut parler d’exode». Mais il y a définitivement «des jeunes Mauriciens qui choisissent d’émigrer pour travailler au Québec, à Toronto et même en Nouvelle-Écosse car ces régions ont besoin de maind’œuvre. Les salaires y sont attractifs aussi.»

Manuel

D’après lui, ce phénomène est aussi la preuve de la qualité de l’éducation dispensée à Maurice. «Nous formons donc des professionnels qui peuvent aller exercer leurs talents ailleurs. Par exemple, nous avons beaucoup de Mauriciens diplômés en comptabilité, Bank & Finance qui travaillent dans des pays comme le Luxembourg, un pays qui a 140 000 compagnies opérant dans son secteur offshore», constate-t-il.

Pour Christine Faugoo, après leurs études, les Mauriciens rentrant au bercail, le font pour des raisons familiales ou pour travailler dans le secteur public. «Ceux qui vont étudier au Canada, en Australie ou d’autres pays peuvent faire une demande de visa temporaire en attendant la procédure de résidence permanente. Ils vont trouver un moyen pour ne pas revenir.»

Outre les diplômés, Azad Jeetun dénote une demande croissante pour les travailleurs qualifiés dans le domaine manuel comme la soudure, la plomberie etc. Comparativement, le barème salarial local et international diffère largement. «On n’est pas assez compétitif au niveau international. Pour réviser les nouveaux salaires, cela ne résoudra pas le problème. Puis, les perspectives de promotions pour les divers types d’emplois sont restreintes à Maurice. Il incombe de revoir tout cela», indique-t-il. Et comme les citoyens veulent avancer dans la vie, la migration se présente comme une des options pour y parvenir.

D’ailleurs, depuis les derniers mois, plusieurs avis de recrutement sont publiés pour des emplois à l’étranger. Le ministère de tutelle cite notamment la seconde édition des Journées Québec Maurice organisée par les autorités canadiennes et mauriciennes dans la restauration, dans le domaine de l’hébergement pour seniors, et de la production alimentaire entre autres. Au 30 juin 2022, environ 300 Mauriciens ont décroché des emplois dans ces secteurs d’activité au Québec.

302 Mauriciens recrutés au québec à juin 2022

D’après les chiffres du ministère du Travail, 147 Mauriciens ont été employés par le restaurant Normandin au Québec au 30 juin 2022. Ce chiffre inclut 91 cuisiniers, 24 commis à la production, un commis à la sanitation, sept préposés aux chambres, deux commis d’entrepôt et 22 plongeurs. À la Villa Saint Georges, qui est une maison de retraite, 12 Mauriciens ont été employés, notamment une cuisinière, quatre préposés à l’entretien ménager, deux aides-soignantes et cinq serveurs. Des avis de recrutement ont aussi été affichés par Phoenix GMI, toujours au Québec, pour sept postes sur le site mauritiusjobs depuis janvier 2022. À juin 2022, un total de 143 candidats ont été embauchés, soit 138 hommes et cinq femmes, par 19 employeurs québécois différents. Ainsi, cinq Mauriciens ont été embauchés dans la menuiserie, 17 dans la production alimentaire, 61 dans le domaine électrique et mécanique, et 60 dans le commerce en gros et au détail.


 

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