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Sheela Baguant: «Pour que la vie d’un enfant ne s’arrête pas à l’abus qu’il a subi…»
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Sheela Baguant: «Pour que la vie d’un enfant ne s’arrête pas à l’abus qu’il a subi…»
Battus, sous-alimentés, agressés… Depuis le début de l’année, les cas de maltraitance d’enfants semblent plus fréquents. Comment remédier à la situation? Miser sur l’éducation, affirme Sheela Baguant.
Plusieurs cas de maltraitance d’enfants ont été enregistrés récemment. Quel est votre constat sur ce phénomène ?
La définition de «maltraitance» est vaste. Elle peut impliquer une situation où l’enfant est délaissé, sous-alimenté, privé de soins médicaux où encore victime d’abus physiques, émotionnels ou sexuels. Beaucoup d’enfants ne vont pas à l’école alors que c’est obligatoire. Et à 15-16 ans, ils n’ont même pas réussi au CPE. Ce qui me chagrine, c’est que malgré tous les développements économiques et structurels au pays, les cas d’abus et de maltraitance sont en hausse. C’est triste de lire ces cas dans les journaux. Même dans les collèges il y a des agressions où des jeunes sont armés de cutters ou ramènent de l’alcool. C’est très grave.
Pourquoi cette hausse de maltraitance d’enfants, selon vous ?
Il existe plusieurs raisons. Notamment, la structure de la famille qui a changé. Dans une famille nucléaire, les parents travaillent et l’enfant est souvent laissé à lui-même. Il y a aussi l’influence des pairs et l’exposition à Internet. D’autant que l’accès aux technologies est facilité grâce aux téléphones portables.
Il y a également des situations où une mère de famille peut avoir plusieurs partenaires. Nous assistons là à des situations d’abus où la mère, qui est économiquement dépendante du nouveau conjoint, défend ce dernier au lieu de son enfant. Dans de telles situations, la famille a tendance à cacher les faits.
Une autre raison est un changement d’attitude. Avant, les cas d’abus n’étaient pas rapportés. De nos jours, les autorités encouragent la dénonciation et il existe une plus grande médiatisation de ces abus.
Distinguez-vous des types d’abus particulièrement récurrents ? Pourquoi ?
Dix ans de cela, nous étions face à des cas d’abus sexuels principalement. Mais aujourd’hui, nous assistons de plus en plus à d’autres formes d’abus, dont l’abandon, la négligence et des situations à risque. Par «situations à risque», je veux dire des dangers spécifiques auxquels un enfant est confronté dans son environnement, comme des agressions sexuelles, la malnutrition et le manque d’hygiène.
Dans ce cas, la Child Development Unit (CDU) enlève l’enfant de cet environnement. De nos jours, nous observons des formes d’abus plus cruelles. Cela s’explique par l’omniprésence de la violence dans les films, sur la Toile et les jeux vidéo. De plus, si un enfant évolue dans une cellule familiale où le père se montre agressif envers son épouse, le petit va normaliser ce qu’il voit et probablement reproduire ce comportement plus tard.
Les autorités et structures mises en place pour venir en aide aux victimes d’abus ont reçu des critiques récemment. Qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans ce système ?
La CDU a déjà accompli un travail énorme mais elle a beaucoup de cas d’abus à traiter. Mais il est vrai qu’il y a un manque de personnel car beaucoup s’en vont après leur formation. Deuxièmement, il n’y a pas assez de travailleurs sociaux et de psychologues cliniciens dans les écoles. Et troisièmement, il y a le fait qu’après le placement au foyer, la victime peut réintégrer sa famille. Mais que se passe-t-il après ? Les autorités doivent assurer le suivi de l’enfant.
Comment les victimes sont-elles encadrées au sein de votre abri ?
Lorsque la CDU place un enfant dans notre abri, nous recevons des informations sur le milieu familial dans lequel il a grandi, la nature du problème, de possibles allergies, etc. Nous inscrivons l’enfant au registre de l’abri et lui donnons tout ce dont il a besoin pour survivre. Le petit est entendu par un psychologue. Parfois, il ne se confie pas immédiatement. Il faut lui donner du temps. Nous sommes à son écoute et bâtissons un lien de confiance. Nous discutons aussi avec les autres enfants afin qu’ils puissent le mettre à l’aise. Il y a alors une intégration.
À partir de là, nous confions à l’enfant des petites responsabilités comme entretenir sa chambre. Puis nous l’initions à des tâches collectives, dont servir le petit-déjeuner aux plus jeunes. Parallèlement, des activités récréatives sont organisées, notamment le jardinage, la cuisine ainsi que le camping une fois par an.
Nous misons beaucoup sur l’apprentissage. L’éducation est la clé. On donne également des leçons particulières ainsi que des formations professionnelles aux victimes. Nous sommes fiers de compter parmi nos filles, trois qui ont brillamment réussi aux examens du School Certificate et du Higher School Certificate cette année. Nous faisons tout pour que les enfants comprennent que leur vie ne s’arrête pas à l’abus. Comme je leur dis toujours, on est là pour les aider à tourner une nouvelle page et leur apporter l’affection nécessaire.
Que se passe-t-il après la prise en charge de l’institution ?
Après les 18 ans des victimes, celles-ci peuvent réintégrer leur famille. Il arrive que certaines d’entre elles souhaitent rester à l’abri. Dans ce cas, nous entreprenons des démarches pour que la victime fasse des études supérieures ou ait un placement. Malheureusement, il arrive aussi que nous n’ayons pas assez de place pour continuer à héberger ces victimes d’abus. Tous les abris, même ceux de l’État, sont souvent remplis. Nous faisons de notre mieux pour encadrer ces enfants après les malheurs qu’ils ont vécus.
Qu’en est-il des risques de récidive d’abus lors de la réintégration familiale ?
Le retour dans la famille peut entraîner une récidive. Comme nous avons déployé les efforts nécessaires pour la réhabilitation de la victime, il y a une évolution dans la manière d’être de cette dernière. Mais est-ce que sa famille a connu une amélioration ? L’environnement est-il le même ? L’enfant va-t-il se sentir à l’aise dans sa réintégration ou sera-t-il soumis à plus de conflits ?
Hélas, il est possible que ce retour soit marqué par une résurgence du problème initial. Il faudrait trouver des moyens pour travailler parallèlement avec la famille. Ainsi, on sera en plus en mesure d’améliorer l’environnement de l’enfant et de mieux préparer son retour dans le milieu familial.
Quelles sont les stratégies nécessaires pour remédier à ces abus ?
Les autorités ont beaucoup fait en termes de causeries et de sensibilisation. Mais les résultats ne sont pas là. On a beaucoup parlé d’école des parents. Or, dans la réalité, beaucoup d’entre eux ne s’impliquent pas. Il y a toute une éducation à faire autour de leur responsabilisation. Mon seul espoir réside dans l’éducation des générations futures. Les enfants que nous avons pris en charge sont maintenant outillés. Ainsi, j’espère que l’on réduira les cas de maltraitance. Une autre stratégie est de créer des activités pour les jeunes après les heures de classe. Que se passet-il après 15 heures ? Les parents travaillent et les écoles sont vides. L’Enhancement Programme était efficace car il préconisait des activités ludiques avec les enseignants. Les enfants pouvaient s’occuper dans un lieu sûr. De plus, cela contribuait à l’optimisation des infrastructures et une meilleure protection des enfants
Le travail social un héritage
<p>Depuis 57 ans, Sheela Baguant se consacre au travail social. Elle a commencé le bénévolat à l’adolescence après le passage du cyclone Carol. Les écoles étaient alors remplies de réfugiés. Elle a alors aidé lors des campagnes contre la typhoïde. C’est son père, également travailleur social, qui l’a inspirée. Sheela Baguant a dédié sa vie à l’abri Women and Children in Distress depuis 1995 et occupe le poste de présidente.</p>
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