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Jour des morts

Dans les cimetières, les vivants font revivre les souvenirs

3 novembre 2026, 15:00

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Des fleurs aux couleurs éclatantes, des bouteilles et des galons d’eau, des tombes que l’on nettoie avec soin… À l’occasion du Jour des morts, célébré hier, les cimetières ont pris des airs de lieux vivants. À Goodlands, Petite-Rivière ou Saint-Jean, les familles se sont succédé, chargées de bouquets et de souvenirs. Derrière chaque visite, un même geste : honorer ceux qui ont compté et qui continuent de vivre dans les mémoires.

Le soleil monte doucement dans le ciel. Dans les allées du cimetière de Belmont, à Goodlands, les visiteurs se croisent. Certains viennent avec des fleurs, d’autres avec un seau ou une bouteille d’eau. On nettoie une tombe, on enlève quelques feuilles, on replace délicatement un bouquet. Puis vient le moment de s’arrêter quelques instants. Le cimetière, habituellement silencieux, bruisse ainsi de petites conversations et de pas. Les couleurs des fleurs tranchent avec les pierres tombales. Le blanc, le rouge, le jaune ou le rose viennent égayer les sépultures. Ici, la Fête des morts se vit dans des gestes simples. Mais derrière chacun d’eux se cache une histoire.

Express.mu (620 x 330) ■ Une poignée de fleurs, quelques gouttes d’eau et un instant de silence… Dans les cimetières, chaque geste était une manière de dire aux disparus : «Nous ne vous oublions pas.»

À quelques pas des tombes, les marchands ont installé leurs bouquets. Pamela Pillay est déjà sur place depuis 7 h 30. Elle ne quittera son emplacement qu’à 18 heures. Depuis cinq ans, elle exerce cette activité uniquement durant la semaine de la Fête des morts. Ses fleurs sont vendues à partir de Rs 75, tandis que les plus gros bouquets peuvent atteindre Rs 300 à Rs 500. Elle affirme avoir maintenu ses prix malgré l’augmentation des coûts. «On achète les fleurs et on les paie déjà cher. On est allé loin les acheter et on a aussi les frais de carburant.» Pour elle, le calcul est simple. Entre l’achat des fleurs, le transport, la main-d’œuvre et les pertes éventuelles, le marchand doit lui aussi pouvoir s’y retrouver. «Tout est cher en ce moment. On fait face à la cherté de la vie. Si je vends ces fleurs à Rs 25, qu’est-ce que je vais gagner en retour ?»

L’eau : chacun prend ses précautions

Une réalité comprise par certains visiteurs, même si plusieurs trouvent les prix élevés. Mais lorsqu’il s’agit de rendre hommage à un proche, beaucoup acceptent malgré tout de faire cet effort.

Express.mu (620 x 330) (1) ■ Un moment de recueillement devant la tombe d’un proche.

Autre élément indispensable dans les cimetières en cette période : l’eau. À Belmont, Sylvie Pierre Louis se montre rassurée. De l’eau est disponible sur place et les visiteurs peuvent remplir leurs bouteilles. «On a eu de l’eau. On ne peut pas se plaindre. On est venu au cimetière et nous sommes en train de remplir nos bouteilles. Franchement, nous sommes satisfaits.» Un réservoir est également disponible afin de répondre aux besoins des visiteurs durant cette période de forte affluence.

À Petite-Rivière, le même souci d’anticipation semble avoir porté ses fruits. Des réserves ont été constituées et de nombreuses personnes ont préféré venir avec leur propre eau. Radha, venue se recueillir auprès de ses proches, constate cependant que les fleurs pèsent davantage sur le budget. «Les fleurs sont chères, comparées à l’année dernière», dit-elle.

Express.mu (620 x 330) (2) ■ Les cimetières ont connu une affluence particulière.

Pour Georges, qui habite Richelieu, cette dépense passe au second plan lorsqu’il s’agit d’accomplir ce qu’il considère comme un devoir. «C’est un devoir de venir rendre visite aux membres de ma famille qui reposent en paix ici.» Et sa tournée des souvenirs ne s’arrêtera pas à Petite-Rivière. Il ira ensuite à Bambous, où reposent d’autres membres de sa famille. «À Bambous, ma fille qui y est allée a payé une rose à Rs 50. C’est cher payer.»

Venir, se recueillir… et ne pas oublier

À Saint-Jean, Bruno arrive lui aussi avec son propre galon d’eau. La veille, il s’est rendu au cimetière Saint-Martin, où son père vient d’être enterré. En voyant des galons d’eau proposés à la vente, il a préféré prendre ses dispositions. «Hier, j’étais au cimetière Saint-Martin vu que mon papa vient d’y être enterré. J’ai vu qu’on vendait des galons d’eau. Aujourd’hui, je suis venu rendre visite à ma maman et j’ai pris mes précautions : j’ai apporté mon galon d’eau.»

Express.mu (620 x 330) (3) ■ Des visiteurs remplissant leurs bouteilles et bidons d’eau au cimetière.

Dans les allées, les mêmes gestes se répètent. Une tombe est lavée. Une autre est débarrassée des feuilles. Des fleurs sont déposées. Un visiteur reste quelques minutes en silence. À Belmont, certains profitent également de cette période pour attirer l’attention sur l’état des toilettes. Ils souhaitent un nettoyage plus régulier et, pour certains, une rénovation des installations, alors que l’affluence augmente considérablement durant la Fête des morts. Mais l’essentiel est ailleurs.

Dans ces lieux où reposent les disparus, les vivants viennent entretenir bien plus que des tombes. Ils entretiennent un lien. Celui qui unit une famille à ceux qui l’ont précédée. Ceux qui ont élevé, soutenu, aimé, conseillé, travaillé et contribué, chacun à leur manière, à construire les vies de ceux qui viennent aujourd’hui leur rendre hommage. Pour beaucoup, c’est un rendez-vous avec la mémoire. Et surtout, un devoir.

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