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Trafic de 1,5 tonne de cannabis et de haschich
Les sorties du Dornier ont été communiquées au capitaine du «Dreamer»
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Trafic de 1,5 tonne de cannabis et de haschich
Les sorties du Dornier ont été communiquées au capitaine du «Dreamer»
■ Suriya Samanboot, le capitaine du «Dreamer».
Le capitaine thaïlandais du yacht Dreamer, Suriya Samanboot, aurait été informé des sorties de l’avion Dornier, alors que celles-ci sont soumises à une chaîne d’autorisation et de communication au sein des services de surveillance maritime. Comment ces renseignements auraient-ils pu parvenir à un trafiquant présumé ? C’est l’une des principales questions auxquelles l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) tente de répondre dans le cadre de l’enquête sur l’importation présumée de 1,5 tonne de cannabis et de haschich depuis la Thaïlande.
L’exploitation du téléphone de Suriya Samanboot aurait révélé des échanges sur les mouvements des patrouilleurs, des coordonnées GPS, des indications relatives à des autorisations présumées ainsi qu’un document confidentiel de la National Coast Guard (NCG). Au 31 octobre, 17 personnes avaient été arrêtées, dont plusieurs membres de la NCG. Les enquêteurs cherchent désormais à identifier les personnes qui auraient alimenté le réseau en renseignements sensibles.
Du MAS à la NCG
L’un des éléments les plus sensibles découverts dans le téléphone de Suriya Samanboot concerne les mouvements de l’avion Dornier du Maritime Air Squadron (MAS). Selon les informations recueillies dans le cadre de l’enquête, le capitaine du Dreamer aurait été averti des sorties de cet appareil. Il aurait également reçu des indications sur la conduite à adopter si son yacht venait à être intercepté par les garde-côtes.
Ces révélations soulèvent des interrogations sur la circulation des informations au sein des unités chargées de la surveillance maritime. En effet, les sorties du Dornier répondent à un mécanisme de coordination impliquant le MAS et la NCG.
Lorsqu’un bateau suspect est repéré en mer, le commandant de l’unité de la NCG peut solliciter une surveillance aérienne afin de suivre les déplacements de l’embarcation. La demande est alors transmise au MAS, dont la chaîne de commandement intervient dans l’autorisation du vol.
Une fois celle-ci accordée, l’Operations Room de la NCG est informée du décollage. Cette communication permet aux unités concernées de coordonner leurs interventions et de suivre les opérations en cours.
L’Information Room intervient également dans le traitement des renseignements. Lorsqu’une unité dispose d’informations sensibles sur un bateau suspect, elle peut solliciter ce département afin d’engager les démarches nécessaires à une vérification maritime, conformément aux procédures de validation relevant de la hiérarchie policière et du bureau du commissaire de police.
C’est précisément ce circuit qui intéresse l’ADSU. Les enquêteurs veulent comprendre comment des informations relatives aux sorties du Dornier auraient pu parvenir au capitaine du Dreamer et identifier l’éventuel intermédiaire qui aurait assuré leur transmission.
Le téléphone du capitaine continue de livrer ses secrets
L’exploitation du téléphone de Suriya Samanboot aurait permis de mettre au jour plusieurs éléments susceptibles d’éclairer le fonctionnement du réseau présumé. Des échanges portant sur les mouvements des patrouilleurs de la NCG et sur des autorisations présentées comme des «feux verts» figureraient parmi les données examinées. Les enquêteurs auraient également retrouvé des photographies et des vidéos montrant des sacs soupçonnés d’avoir contenu du cannabis, ainsi que des opérations de transbordement présumées.
Un fichier intitulé «List of Yacht 18.10.26.doc», présenté comme un document confidentiel de la NCG, aurait aussi été découvert sur l’appareil. Sa présence soulève des questions sur l’accès aux informations opérationnelles et leur éventuelle transmission à des personnes extérieures aux services concernés. Des coordonnées GPS correspondant à des points de livraison présumés auraient par ailleurs été relevées. Elles pourraient aider les enquêteurs à reconstituer les déplacements des embarcations et les endroits où les colis auraient été transférés du yacht vers les vedettes rapides.
Un dispositif maritime préparé en amont
Pour les enquêteurs, l’acheminement présumé de 1,5 tonne de cannabis et de haschich depuis la Thaïlande ne semble pas relever d’une opération improvisée. Plusieurs intervenants auraient été mobilisés pour assurer le transport de la marchandise, son transbordement en mer, son débarquement et la récupération des colis.
Le Dreamer aurait servi de navire de transport jusqu’aux eaux mauriciennes. La cargaison aurait ensuite été répartie entre plusieurs vedettes rapides avant d’être acheminée vers différents points du littoral.
Les enquêteurs examinent notamment la piste de deux équipes de skippers, l’une opérant dans le Nord et l’autre dans l’Est. Ils cherchent à établir comment les déplacements de ces embarcations auraient été coordonnées et si les renseignements sur les patrouilles maritimes les auraient facilités.
L’hypothèse d’une organisation structurée, dans laquelle les responsabilités auraient été réparties entre plusieurs intervenants, constitue ainsi l’un des axes majeurs de l’enquête.
Deux policiers interpellés
Les informations sensibles retrouvées dans le téléphone du capitaine ont conduit les enquêteurs à s’intéresser à plusieurs membres de la NCG. Le constable Kevin Rangilal, 27 ans, affecté à l’Operations Room de la NCG, a été arrêté dans le cadre de cette affaire. Les enquêteurs cherchent à établir s’il aurait communiqué des renseignements sur les mouvements des unités et les opérations maritimes à un intermédiaire, qui les aurait ensuite transmis au capitaine du Dreamer. Un autre membre de la NCG, le garde-côte Bhavish Dhruv Bhunjun, 29 ans, affecté à l’équipage du CGS Observer et domicilié à Mon-Goût, Pamplemousses, a également été interpellé. Il est soupçonné d’avoir transmis au capitaine thaïlandais des informations sur les patrouilles de la NCG.
Les enquêteurs tentent désormais de déterminer si les deux hommes auraient été en contact avec un même réseau ou si leurs rôles présumés s’inscrivaient dans des circuits de communication distincts.
Un «Terminal Officer» à la CHCL soupçonné
Les investigations se sont également étendues au secteur portuaire avec l’arrestation de Brian Foo Kin Lew Tin Wah, 34 ans, Terminal Officer à la Cargo Handling Corporation Limited (CHCL).
Ses domiciles, situés à Résidence Roche-Bois et Calodyne, ont été perquisitionnées. Son téléphone portable a également été saisi pour être analysé par les enquêteurs.
L’ADSU cherche à déterminer si son rôle présumé se limitait à une assistance logistique ou s’il entretenait des contacts avec d’autres membres du réseau.
L’île Ronde et l’îlot Mangénie fouillés
Parallèlement à l’exploitation des téléphones et des documents saisis, les recherches se poursuivent sur le terrain afin de retrouver la cargaison présumée. Vendredi après-midi, plusieurs équipes de l’ADSU ont mené des opérations dans différentes régions du pays. L’île Ronde et l’îlot Mangénie ont notamment été inspectés. D’autres sites susceptibles d’avoir servi au stockage ou au transit de la marchandise ont également été fouillés.
Les opérations ont aussi concerné Résidence Barkly, Grand-Gaube et Trou-d’EauDouce. Les enquêteurs tentent de retrouver les colis qui auraient été débarqués après le transbordement en mer. Ils cherchent également à établir si certains endroits auraient servi de points de récupération ou de stockage temporaire avant la distribution de la drogue.
Dix-sept arrestations et une piste familiale
Au samedi 31 octobre, le bilan de l’enquête faisait état de 17 arrestations : neuf Thaïlandais, deux membres de la NCG, trois habitants du Nord et trois de l’Est. Les investigations s’intéressent également à l’entourage familial de certains suspects. Un membre de cette famille aurait récemment été arrêté dans une autre affaire liée au cannabis, portant sur une quantité de drogue évaluée à Rs 1,4 million. Les éventuels liens entre les deux dossiers restent toutefois à établir.
En parallèle, des démarches d’entraide judiciaire entre Maurice et la Thaïlande sont envisagées afin d’obtenir des informations complémentaires sur les déplacements du Dreamer, son équipage et les éventuelles ramifications du réseau à l’étranger.
Au-delà de la cargaison présumée de cannabis, l’affaire prend désormais une dimension institutionnelle. L’ADSU doit déterminer comment des renseignements sur les sorties du Dornier, normalement échangés dans le cadre d’une chaîne de commandement, auraient pu se retrouver entre les mains du capitaine d’un yacht soupçonné d’avoir servi au transport de stupéfiants. La circulation de ces informations constitue désormais l’un des principaux enjeux du dossier Dreamer.
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