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Élevé au rang de cardinal: Maurice Piat raconté par son cercle intime

19 novembre 2016, 05:14

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Élevé au rang de cardinal: Maurice Piat raconté par son cercle intime

C’est cet après-midi, samedi 19 novembre que Mgr Maurice Piat, évêque de Port-Louis, sera élevé au rang de cardinal par le pape François au Vatican. Si le parcours du religieux est familier, celui de l’homme dans son intimité l’est moins. Sa sœur, Philomène Avrillon, rencontrée avant son départ pour Rome, et le fils de celle-ci, Robert, dévoile quelques pans de leur vie…

 «Le couronnement d’un cheminement exemplaire»

Physiquement, Philomène Avrillon rappelle beaucoup son frère Maurice, qui est de quatre ans son aîné. Une ressemblance renforcée par la même coupe de cheveux. «Mais nous n’avons pas le même coiffeur», déclare en riant cette belle femme de 71 ans, qui fait dix ans de moins et qui sait se garder en forme.

La nouvelle de l’élévation de son frère au rang de cardinal l’a prise de court. «Nous savions qu’il était à la fin de son épiscopat. Nous nous attendions à ce que le pape lui demande de rester encore deux ans pour accompagner un évêque coadjuteur comme cela a été son cas avec Mgr Margéot. Mais cette élévation au rang de cardinal nous a surpris, d’autant plus qu’il venait d’être secoué par la maladie.»

 Nommé évêque de Port-Louis en 1993, le voici en compagnie d’Alix, sa mère.
 

 

Il y a deux ans, Mgr Piat a fait un malaise cardiaque et son état a nécessité la pose d’un stent dans une artère. L’objet n’ayant pas fonctionné, on a dû lui faire quatre pontages coronariens. Et récemment, il a fallu réguler son rythme cardiaque par la pose d’un stimulateur.

Pour son neveu, Robert Avrillon, qui est notaire, cette cérémonie d’aujourd’hui à Rome est le «couronnement d’un cheminement exemplaire d’un homme humble, sage, toujours là pour son prochain et sincèrement content de voir les autres heureux».

Son enfance

Pour sa sœur, le cardinal Piat restera avant tout son «grand frère», précise-t-elle avec beaucoup de respect. Philomène Avrillon et ses sept frères et sœurs ont d’ailleurs été élevés dans le respect de leurs aînés. Leur père Maurice travaillait au Syndicat des sucres et leur mère Alix était femme au foyer. Comment ne pas l’être avec huit enfants dont les deux aînés, Marcelle et Maurice, passent leurs premières années de vie à Moka chez la grand-mère Piat. Quelques années plus tard, leur père achète une maison avec une grande cour à Beau-Bassin à l’angle des rues Balfour et Victor Hugo.

Leur enfance s’y est déroulée de manière très heureuse. «C’était un grand bonheur de grandir au sein d’une famille aussi nombreuse. Pour les parents, j’ignore s’ils pensaient de même mais pour nous les enfants, ça l’était. D’ailleurs, des années plus tard, quand nos deux frères, Dominic et Jean-Marie sont décédés de complications cardio-vasculaires, nous nous sommes sentis comme amputés», confie-t-elle.

Les enfants Piat ont une scolarité primaire différente de celle des autres enfants car c’est une tante maternelle qui est leur tutrice à domicile. Maurice complète ses études primaires et est admis au collège du St Esprit et a pour amis Philippe Goupille (voir témoignage) et Gérard Sullivan, qui embrasseront plus tard, tout comme lui, la prêtrise. C’est à vélo que Maurice Piat se rend à l’école.

Amateur de jeux de cartes

La vie des enfants Piat est rythmée par l’école ; le tennis, que Maurice Piat pratique assidûment au Cercle de Rose-Hill ; les processions à l’occasion des grandes fêtes religieuses – «pour nous, c’était comme marcher à la suite de Jésus-Christ» – ; et immanquablement les messes du dimanche, suivies de visites aux cousins Koenig qui habitent à deux pas. «Nos cousins étaient nos amis. Nous jouions ensemble le dimanche.» Leur père n’ayant pas de voiture, les enfants Piat marchent beaucoup ou prennent l’autobus. Dans leurs moments libres, leur père les encourage à faire du jardinage en sa compagnie. «Pour nous, c’était fun.»

À la nuit tombée, après le repas, ils jouent aux cartes, une habitude qu’ils ont conservée depuis et transmise aux enfants de la famille. «Cela nous est resté. Jusqu’à l’heure, lorsque nous nous retrouvons, nous jouons aux cartes. Cela fait partie des vacances.» Congés au cours desquels la famille se rend à Roches-Noires chez les cousins ou à Poste-Lafayette.

À l’adolescence, il y a eu des fêtes. Mais à l’époque, les discothèques sont inexistantes. Et les copains et les copines ? «Dans ce temps-là, il n’y avait pas de copains et de copines attitrés», explique Philomène Avrillon. Dans la tête des plus jeunes de la famille, il ne fait pas l’ombre d’un doute que leur frère aîné Maurice ira faire son noviciat pour devenir prêtre. «Tout le monde se doutait qu’il pensait à la prêtrise. On savait que Philippe Goupille y pensait également. Il était appelé et c’était normal.»

Lorsqu’il se décide, leur père demande à leur aînée Marcelle d’attendre deux ans que son frère termine ses études au collège du St Esprit pour qu’ils aillent faire leurs études supérieures ensemble en Irlande. Et c’est ce qu’elle fait. «Lorsque Marcelle est partie étudier et que Maurice l’a accompagnée pour aller faire son noviciat, pour les plus jeunes de la famille, c’était une déchirure, comme la fin d’un monde», dit-elle. D’autant plus qu’à l’époque, les communications se bornent aux courriers qui prennent plus de 15 jours pour arriver. Il n’y a pas de téléphone non plus. «C’était une réelle coupure. Pendant les 11 à 12 ans qu’a duré sa formation de prêtre, Maurice est revenu une seule fois au pays.»

La colonne de la famille

Lorsqu’il le fait six ans après avoir quitté l’île, Philomène est déjà mariée au Dr Raymond Avrillon et mère de deux enfants. Maurice Piat est ordonné prêtre dans son île natale en 1970 et repart la même année pour y revenir l’année suivante. Il enseigne pendant un temps au collège du St Esprit avant d’être envoyé à la paroisse de Pamplemousses et curé à l’église de Rivière-du-Rempart.

En 1974, la famille Piat vit un drame. Leur père Maurice fait un accident vasculaire cérébral et reste hémiplégique dix ans avant de s’éteindre. «Il a fallu que les enfants prennent les choses en main et cela nous a rapprochés davantage. Maurice est devenu la colonne de la famille. On l’écoutait. C’était notre grand frère.» Robert Avrillon, qui n’avait à l’époque que six ans, se souvient de ce coup dur – lorsque les sœurs et les frères Piat, dont son «Tonton Momo», dormaient sur les coussins dans le salon, croyant que leur père allait mourir à tout moment. «Mon père et le Dr Pierrot Piat ont trouvé un traitement médicamenteux qui a permis à mon grand-père de vivre encore dix ans mais il est resté paralysé. J’ai bien senti tout au long de ces années à quel point Tonton Momo avait été un poteau pour nous.»

Maurice Piat a ensuite été muté au Thabor où il a assuré la formation des laïcs jusqu’à ce qu’il soit responsable du lieu. La suite, on la connaît. Bien qu’il soit très occupé, il garde des liens très étroits avec sa famille. «On se téléphone régulièrement pour prendre et donner des nouvelles de notre grande famille. Nous n’allons pas le déranger pour des peccadilles mais lorsque nous avons besoin d’un conseil ou de partager quelque chose de fort, quelque chose qui nous touche, on l’appelle. Sachant que son jour de congé est le jeudi, s’il y a un événement à organiser, nous le faisons ce jour-là pour qu’il puisse y assister.» Lorsque son beau-frère, le Dr Avrillon, a fait une grosse dépression dans les années 80 et s’est rendu à l’étranger pour des soins pendant quelques mois, c’est encore le «Tonton Momo» qui a soutenu le plus sa sœur. «Il a été très présent durant cette absence de papa et a soutenu tant maman que la famille», confie Robert Avrillon.

Selon Philomène Avrillon, Mgr Piat est non seulement disert mais aussi très drôle. «Il est très amical et très drôle. Il a une mémoire extraordinaire des événements du passé. Il se souvient de toutes les histoires des parents que nous n’avons pas connus. Souvent lorsque nous nous retrouvons en famille, ses neveux et nièces lui demandent de raconter tel ou tel épisode. Il le fait si bien qu’on lui a même demandé de les écrire.»

Les occasions de rencontres familiales que Maurice Piat ne rate jamais sont les déjeuners de Noël, du 1er janvier et de Pâques. «Lorsque des enfants reviennent en vacances aussi, il vient déjeuner ou passe à un moment ou à un autre les voir. Parfois, nous allons faire une marche ensemble.»

Robert Avrillon le côtoie à divers moments. «Nous jouons encore à la belote ensemble. Il adore prendre un bain de mer à Grand-Gaube, savourer sa bière et un bon déjeuner.» Sachant que son «Tonton Momo» se serait fait architecte s’il n’avait pas été prêtre, il lui a demandé son avis lorsqu’il a fait construire sa maison. «Je l’attends maintenant pour bénir ma maison du bonheur.»

Une partie de la famille réunie pour cet «événement exceptionnel»

Pour Philomène Avrillon, qui est à Rome avec ses trois filles, de même que l’aînée de la famille, Marcelle, établie en Irlande avec son mari et leurs enfants, «il s’agit d’un événement exceptionnel. Le fait d’être ensemble à Rome et de retrouver plusieurs membres de la famille avec nos enfants respectifs autour de Maurice sera extraordinaire». Elle trouve aussi très touchant cette «reconnaissance du pape François pour ce qui se fait à Maurice, qui est un petit coin de l’océan Indien».

Robert Avrillon, son neveu, regardera sans nul doute la retransmission télé- visée de cette cérémonie vers 14 heures, n’ayant pu se rendre à Rome en raison de ses activités professionnelles. Pour lui, cardinal ou pas, Maurice Piat restera avant tout son «Tonton Momo» avec qui il «parle de tout sans tabou» et avec qui il partage les événements heureux de sa vie comme ses traversées du désert, et ce, depuis son plus jeune âge.

Maurice Piat, qui vient d’être ordonné prêtre en 1970, est entouré ici des membres de sa famille.

 

Mercredi, Philomène Avrillon et son frère Maurice Piat se sont retrouvés comme par le passé. «Lorsqu’il y faisait ses études de théologie, mon mari et moi sommes partis en vacances à Rome. Maurice s’est rendu disponible pour nous faire visiter la capitale italienne et c’était très agréable de l’avoir pour guide.»

Les yeux des Mauriciens seront braqués sur le Vatican aujourd’hui pour vivre ce moment somme toute exceptionnel. Il y a fort à parier que le 27 novembre, ils seront encore nombreux à faire bon accueil à leur nouveau cardinal au monument Marie Reine de la Paix.

«De toute épreuve naît une nouvelle vie»

Nous sommes à Aix-en-Provence. Alors que Robert Avrillon entame sa troisième année de droit, il fait un terrible accident de ski et perd l’usage de ses jambes. C’est Mgr Piat qui est chargé d’annoncer la triste nouvelle à ses parents. Si le Dr Avrillon passe un mois avec son fils au centre hospitalier universitaire de Grenoble, Mgr Piat rend un jour visite à son neveu et célèbre la messe. Celui-ci est sur le point de sombrer car lorsqu’il balise son avenir, il n’y voit aucune issue, aucune perspective. «J’ai été à la messe célébrée par Tonton Momo et ce matin-là, l’Évangile du jour disait que de toute épreuve naît une nouvelle vie. J’ai eu l’impression que Tonton Momo me parlait. Son sermon ce jour-là, de même que les visites d’une octogénaire, Mme Audras, qui avait promis à mon père de me rendre visite régulièrement, ont fait que j’ai eu une perspective plus positive de la vie et j’ai réalisé qu’il fallait désormais que je sois un exemple de vie.»

Depuis, Robert Avrillon n’a eu de cesse de montrer qu’un fauteuil roulant ne défait pas un homme, sortant major de sa promotion de droit, réussissant son diplôme d’études supérieures spécialisées en droit et exerçant comme notaire respecté par ses pairs depuis maintenant 20 ans.

Déjà évêque à 15-16 ans !

Le père Philippe Goupille, contemporain de Maurice Piat, garde en tête des épisodes spécifiques de leur adolescence, notamment au collège du St Esprit. Lorsqu’ils avaient 15-16 ans, le Dramatic Society du collège avait mis en scène une pièce de théâtre de l’Écossais Norman McKinnel, «The Bishop’s Candlesticks», adaptation d’une section de «Les Misérables» de Victor Hugo et qui a trait au vol des chandeliers de l’évêque par le bandit Jean Valjean. Maurice Piat a été désigné pour camper le rôle de l’évêque. Il portait «une belle soutane noire avec des boutons violets. Je pense même qu’on lui avait trouvé une calotte prêtée par Mgr Liston, évêque de Port-Louis, qui venait souvent au collège où il avait été recteur. Maurice Piat a très bien joué ce rôle. Le metteur en scène avait certainement remarqué ses qualités de leadership et de sérieux. Dieu seul sait s’il faut lire dans cet événement un signe prémonitoire de sa vocation future».

Ce que le père Goupille retient de Maurice Piat ? Sa ténacité et son désir de ne jamais baisser les bras. «Nous faisions partie d’un club de tennis et nous avions remarqué que dans les tournois, Maurice Piat allait toujours plus loin que nous, même s’il n’était pas forcément le meilleur à l’entraînement. Il réussissait mieux que nous à vaincre le trac ou le doute qui nous empêchaient parfois de jouer au maximum de nos moyens au stade final de la compétition.»

Philippe Goupille n’oublie pas non plus l’amour de Maurice Piat pour la voile. Les deux amis attendaient avec impatience les vacances d’août pour aller faire des régates dans la région de Roches-Noires et de Poudre-d’Or. Il fallait beaucoup de calme et d’expérience pour ne pas chavirer et virer au plus près pour se positionner et gagner, dit-il. «Faut-il lire dans ce souvenir un lien avec la devise qu’il a choisie plus tard comme évêque, à savoir ‘Pousse vers le large’ ? Je l’ignore. Mais je le sentais souvent émotionné quand à Rodrigues ou plus tard à Maurice l’assemblée chantait ‘Pous to bato dan dilo’.» Tous deux ont fréquenté l’université grégorienne à Rome.

 

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