Publicité

Dortoirs mal entretenus: le ministère du Travail enquête

14 janvier 2016, 17:01

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Dortoirs mal entretenus: le ministère du Travail enquête

Ils n’ont pas perdu de temps. Mardi, des officiers du ministère du Travail se sont rendus dans deux dortoirs pour travailleurs étrangers, à Terre-Rouge, pour faire un état des lieux. Ce même jour, l’express avait publié un article intitulé «Travailleurs étrangers: une nuit au dortoir» pour mettre en lumière les conditions de vie exécrables dans lesquelles vivent ces Bangladais, Sri Lankais et Indiens.

Une source autorisée au ministère du Travail affirme que ces cas seront référés au ministère de la Santé et aux Fire Services une fois qu’un  rapport aura été rédigé : «Nous avons noté que dans le second dortoir, il y a effectivement des punaises. Nous prenons cela en considération. Le ministère de la Santé devra prendre la relève. Il y a aussi des produits inflammables. C’est le département Fire Services qui s’en charge.» Quant au premier dortoir, c’est la structure qui poserait problème.

Ensuite, le ministère de la Santé et le département de Fire Services devront, à leur tour, faire  un rapport et le remettre au ministère du Travail pour décider de la marche à suivre. «Les deux dortoirs ont des permis. On ne peut pas prendre des sanctions contre eux. Il faut attendre les deux rapports avant», indique-t-on du côté du ministère du Travail.

Les rapports seront par la suite déposés devant l’Occupational Safety & Health (OSH) Committee. Les OSH (Employee’s Lodging Accomodation) Regulations 2011 stipulent que chaque employeur doit fournir à son employé, dans sa chambre, une armoire ou un casier convenable. La loi précise également que chaque  employeur doit désinfecter ledortoir tous les trois mois, ou quand c’est recommandé. Il faut attendre au moins 12 heures avant que les employés ne rejoignent leur dortoir après que celui-ci a été désinfecté. De plus, excepté pour des raisons médicales, aucun produit inflammable ni aucune substance dangereuse ne doivent être conservés dans la chambre. La loi recommande que les substances inflammables soient gardées dans un meuble résistant.

Maison peuplée

C’est le mardi 12 janvier que l’express a visité deux dortoirs dans la région de Terre-Rouge où résident des travailleurs Bangladeshis, Sri lankais et Indiens. Il est 20h30, nous arrivons devant une maison à étage, sise à côté d’une station-service. Une maison très peuplée, avec 41 Sri Lankais qui occupent le rez-de-chaussée et 16 Bangladeshis qui dorment à l’étage. «C’est une pratique courante que les maisons soient converties en dortoir», explique Faisal Ally Beegun, alors que nous montons les escaliers.

Traditionnellement, au Bangladesh, les hommes ne cuisinent pas et ne font pas le ménage. Mais ici, ils n’ont pas le choix, «nous devons le faire», confie Imran* qui s’active derrière les fourneaux. Au menu du soir: margozes et patoles. «On est végétariens», confie le travailleur.

Dans la cuisine, il n’y a que l’essentiel : une plaque à gaz, quelques ustensiles, un réfrigérateur. Dans un coin, un évier et un buffet. Il n’y a ni table ni chaise. Pour manger, les locataires s’installent à même le sol. Shoaib*, qui a passé trois ans dans le dortoir, est celui qui y a passé le plus de temps.

«Il y a sept chambres dans la maison. Dans certaines, il y a quatre personnes qui vivent et dans d’autres six.»

Le doyen, vêtu d’un lungi, sert de guide. «Il y a sept chambres dans la maison. Dans certaines, il y a quatre personnes qui vivent et dans d’autres six», explique-t-il. Dans l’une d’elles, un ventilateur tourne à plein régime, dans une vaine tentative de rafraîchir l’atmosphère étouffante. Un courant d’air chaud transperce les morceaux de tissu qui font office de rideaux et traverse la chambre.

Cette sensation de chaleur est renforcée par la promiscuité des lieux et le désordre qui y règne. Car il y a des vêtements partout: sur des cordes à linge, sur les lits, sur les quelques meubles qui envahissent la pièce. Chaque travailleur n’a droit qu’à un petit casier cadenassé pour ranger ses vêtements, ce qui est loin d’être suffisant. «Péna plas, samem lasam an dézord», déplore le syndicaliste.

Quatre lits sont entassés dans le mince espace disponible, avec des matelas qui ne font quelques centimètres d’épaisseur. «Kouma zot kapav dormi lor enn matla mins koumsa ? Zot pa pou gagn douler?» demande le syndicaliste. Ces Bangladeshis ont entre 22 et 45 ans. À l’usine, ils travaillent en shift, de 7 heures à 17 heures ou de 18 heures à 7 heures. Ils ont tous une famille au Bangladesh qui compte sur eux.

«Je suis endetté. C’est pour cela que je suis venu travailler à Maurice.»

Mohamed* est arrivé à Maurice avec son épouse pour travailler dans une usine à La Tour Koenig. Le couple a trois enfants en bas âge, restés au pays natal sous la garde de leur grand-mère paternelle. «Je suis endetté. C’est pour cela que je suis venu travailler à Maurice», explique-t-il. Ce père de famille cumule les heures supplémentaires pour subvenir aux besoins de sa famille.

Quelques pâtés de maisons plus loin se trouvent un second dortoir, qui accueille 20 Bangladais et quatre Indiens. C’est une maison à étage qui, de l’extérieur, a bonne allure. Mais une fois qu’on y met les pieds, on se rend compte que c’est une tout autre histoire. Punaises et moustiques prolifèrent. Pour tuer ces insectes, un mélange de diesel et d’eau est placé dans un récipient à côté d’un lit. «Zot respir sa. Pa bon pou zot lasanté», s’insurge Faisal Ally Beegun. Sans oublier les conséquences désastreuses si un incendie venait à éclater dans la maison avec la présence d’un tel combustible.

Un des locataires, un jeune homme âgé de 22 ans, explique qu’ils doivent rester dans cette maison pendant deux ans et «il nous reste encore un an et demi». Ils s’occupent eux-mêmes de l’entretien. Mais la salle de bains et les toilettes, dans un état déplorable, fuient. Pourtant, les nouvelles recommandations de l’Occupational Health & Safety Act sont claires. Elles préconisent des conditions de vie décentes et un environnement propre pour les travailleurs étrangers.

La loi recommande également que les travailleurs étrangers puissent jouir d’espaces verts, d’un système d’aération et d’un éclairage approprié. Un minimum qui est loin d’être devenu une norme.

* prénoms modifiés

Publicité