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Question à... Sébastien Margéot, auteur-compositeur-interprète: «Je n’avais jamais entendu Ti Frer avant d’aller en France»

16 novembre 2015, 09:51

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Question à... Sébastien Margéot, auteur-compositeur-interprète: «Je n’avais jamais entendu Ti Frer avant d’aller en France»

Sébastien Margéot a lancé son album au récent festival Kaz’Out. S’il a grandi à Maurice, c’est en France qu’il découvre Ti Frer. L’occasion d’aborder le thème du repli des Mauriciens d’origine européenne.

 

Vous avez lancé votre album au festival Kaz’Out. Mais en fait, quand sort-il ?

Nous sommes au mixage chez Richard Hein. Je préfère prendre mon temps.

 

Du temps pour dire quoi ?

(Longue pause) J’ai envie de dire que j’aime ma terre, mon peuple, ma culture. J’aime les gens. C’est parler pour le peuple en tant qu’artiste. C’est un grand idéal, je sais.

 

À un moment lors du concert, vous vous êtes adressé au public en tant que Mauricien d’origine européenne, en lui demandant de prier pour vos semblables. Pourquoi ?

C’était la chose qu’il fallait dire ce soir-là. Il y a plein de gens qui sont venus me voir après le concert et qui m’ont dit que mes paroles avaient trouvé un écho en eux. Maintenant s’il faut développer le sujet…

 

Développons.

(Il réfléchit) La communauté des Mauriciens d’origine européenne est un cadeau. Elle a eu un grand rôle dans l’histoire du pays.

 

Vous pointez du doigt sa difficulté à intégrer la société mauricienne ?

(Hésitations) Mais peutêtre que je suis trop jeune pour en parler.

 

Vous avez quel âge ?

31 ans

 

Il faut avoir quel âge pour en parler ?

(Sourire) Je creuse encore la question pour savoir d’où ça vient. C’est délicat…En fait, on ne sait pas qui on est. C’est seulement les personnes d’un certain âge qui s’intéressent à la famille. On ne m’a jamais dit tu sais, tes ancêtres viennent de là

 

Dans votre famille, on ne vous a jamais parlé de Bretagne ?

En surface. C’est moi qui suis allé creuser. J’ai l’impression que la recherche identitaire  n’intéresse que les personnes d’un certain âge. C’est un passe-temps.

 

Vous avez étudié en France...

Oui, c’est là que j’ai fait des recherches. J’ai étudié la guitare classique et l’harmonie au conservatoire de Toulouse de 2002 à 2008. J’étais au centre de musique Didier Lockwood à Paris de 2008 à 2011 pour le jazz. J’ai aussi fait un bref passage au conservatoire de Paris.

 

Pourquoi est-ce qu’on n’a pas de conscience identitaire en tant que Mauricien d’origine européenne ? Qui sommes-nous ? Qu’est-ce qu’on apporte au pays ? C’est l’une des raisons pour lesquelles on se replie sur nous-mêmes. On a peur d’aller vers l’autre. On a peur de quoi ? Je n’en sais rien. Est-ce qu’on a peur de perdre notre identité ? Mais on ne sait même pas ce qu’est notre identité. Plus on se replie, moins on sait qui on est. C’est un cercle vicieux.

 

Votre famille a-t-elle soutenu votre choix de faire de la musique ?

J’ai été très encouragé. Mon tonton était Ernest Wiehe. J’habitais à un carreau de cannes de chez lui.

 

Cela aide ?

Bien sûr que ça aide (Grand sourire). Sans lui, j’aurais commencé à zéro. Ernest était quelqu’un… (longue pause) Je ne sais pas par où commencer. Il était très humble… Les mots sont pauvres… Il était un modèle de disponibilité.

 

C’est pour ça que vous faites du jazz ?

Clairement, il m’a influencé. Oui, je suis le neveu d’Ernest, oui j’ai habité chez lui, mais j’ai ma propre identité. Ce qui me fait profondément vibrer, c’est le séga. Quand j’ai découvert le vrai séga…

 

Celui de Ti Frer ?

Oui, il faut revenir au séga typique. Ti Frer certes, mais il n’est pas le seul. C’est ça l’essence de la musique mauricienne. Je ne suis pas un spécialiste, mais j’ai grandi ici. Je trouve que le séga a pris une tangente. Moi aussi je fais de la fusion, mais quand j’entends du séga avec des instruments électriques, je trouve que c’est fade. C’est tout plat.

 

D’où vous vient cette passion pour le séga typique ?

C’est en France, pendant mes études que j’ai découvert le séga. C’est à travers une amie de ma soeur que j’ai découvert le disque Hommage à Ti Frer de Radio France. C’était en 2002.

 

Vous avez grandi à Maurice jusqu’à vos 18 ans, vous n’aviez jamais entendu Ti Frer ?

Jamais.

 

Ti Frer n’est pas arrivé jusqu’à Mapou ?

Je ne sais pas si j’étais à l’ouest. J’écoutais la radio pourtant, mais on passe rarement du séga typique. Ce sont des étrangers qui sont venus mettre en valeur notre musique. En tant qu’État, on n’est pas capable de mettre en valeur ce patrimoine. Du coup, j’ai acheté tous les disques de la collection Radio France. C’est comme ça que j’ai découvert la culture de mon pays. J’étais en colère. On n’est pas foutu de valoriser tout ça.

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