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Rita Venkatasamy: «L’enfant concerne tous les ministères»
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Rita Venkatasamy: «L’enfant concerne tous les ministères»
• On entend de plus en plus parler d’abus sur les enfants. Comment l’expliquez-vous?
On ne peut aborder la situation des enfants vulnérables – victimes d’abus, handicapés, inopérables et les enfants tout court – de façon isolée. Pour améliorer leur vie, la politique doit entrer en jeu.
• Que voulez-vous dire par là?
Il faut du good governance car les enfants imitent les adultes. Il n’y a pas meilleur éducateur qu’un adulte qui se comporte bien. Par exemple, lorsque des politiciens disent de gros mots, la radio répercutent ces propos et les enfants qui entendent feront de même car l’exemple vient d’en haut. Le comportement des gestionnaires de l’Etat, leur savoir être et savoir-faire, doivent être irréprochables. Si par exemple, un ministre de l’Education, sous n’importe quel gouvernement, se comporte mal, il aura beau mettre une bonne politique éducative en place, celle-ci ne sera pas suivie. Les politiciens doivent bien comprendre que s’ils veulent éduquer la population, ils doivent d’abord s’améliorer eux.
• Quels sont les dossiers prioritaires pour les enfants vulnérables?
Le Rehabilitation Youth Centre (RYC) doit être repensé pour être conforme à la Convention des Droits de l’Enfant qui dit que les enfants doivent être libres de leurs mouvements. Il y a deux ans, les enfants du RYC étaient scolarisés dans les écoles du CEDEM et certains d’entre eux ont même réussi leur CPE. Ils étaient heureux car ils quittaient l’univers carcéral, changeaient d’environnement.
Il y a un an, le Parquet a mis son veto en disant que c’est dans l’enceinte du RYC qu’ils doivent apprendre. Or, ce n’est pas la même chose! Même s’ils étaient des enfants difficiles, nous arrivions à les gérer. Là où ils viennent encore timidement, c’est au Jardin de la Paix où nous leur offrons des activités thérapeutiques. A la fin, ils ne veulent plus repartir.
Nous avons certes accès au RYC mais ce n’est pas pareil. Il faut repenser cette structure pour qu’elle soit conforme à la Convention. Pour cela, il ne faut pas réinventer la roue. Les Nations Unies ont publié une documentation importante sur le sujet. Il suffit de la lire, de faire appel aux compétences nationales et de l’appliquer. Je ne dis pas cela parce que les ONG sont intéressées par des nominations. Pas du tout. Elles ne sont pas des roder bout. Nous avons des choses à dire car nous avons l’expérience du terrain. Les ONG travaillent avec le gouvernement du jour, quel qu’il soit. Aucun adolescent ne veut rester enfermé dans un RYC et se coucher à 19 heures aujourd’hui.
• Quels dossiers concernant l’enfance vulnérable doivent être traités en urgence?
L’enfant souffrant de troubles psychiatriques est une de mes préoccupations. Cet enfant ne peut être encadré par la Child Development Unit et placé dans un abri où il n’y a pas de personnel formé pour s’occuper de lui.
Il faut arriver à comprendre ces enfants qui ont des réactions imprévisibles. Un enfant présentant des troubles psychiatriques peut, par exemple, subitement se déshabiller et courir nu dans la rue. Il a besoin d’une attention spéciale dans un centre spécialisé. Le placer tel qu’il est dans un abri, c’est courir de grands risques de rencontrer des problèmes avec lui par la suite. Il faudrait un centre spécialisé géré par le ministère de la Santé et la CDU avec un comité de gestion.
De temps à autre, les autorités nous demandent si nous avons un lit de disponible pour caser un tel enfant. Ce n’est pas une question de disponibilité de lits! Il faut revoir le processus de dépistage, faire une bonne évaluation psychologique avant de placer un enfant avec un trouble psychiatrique dans un abri. Souvent, on nous envoie des enfants et c’est à nous de découvrir leur profil psychologique. Encore heureux qu’au CEDEM, nous ayons une psychologue clinicienne capable de le faire rapidement. Le ministère de l’Egalité du Genre est considéré à tort comme un petit ministère mais il faut quelqu’un de mature à sa tête. Jusqu’ici, nous avons échoué parce que nous ne savons pas travailler en réseau alors que tout est lié.
• «Nous» comme qui ?
En premier lieu, ce sont les ministères qui ne savent pas le faire. Si un ministre ne fait pas avancer un dossier, on va piétiner. Nous avons échoué parce que nos décideurs politiques n’ont pas travaillé en réseau jusqu’ici et les ONG ne peuvent que faire du colmatage.
Je ne dis pas que la collaboration n’existe pas. Dans certains cas, elle a fonctionné, comme par exemple pour les enfants des abris qui n’avaient pas d’actes de naissance ou qui l’avaient perdu. Le ministère de l’Education et celui de l’Egalité du Genre ont collaboré et ces enfants ont pu être scolarisés.
L’éducation est le nerf de la guerre. Ce travail entre ministères est important. Tout n’est pas qu’une question d’argent mais d’état d’esprit. Or, dans la pratique, chacun veut tirer le drap sur lui. Les gestionnaires de l’Etat doivent être éduqués et ils doivent collaborer.
Ce qu’il faut aussi, c’est une pédagogie active dans les écoles primaires d’Etat. Les enfants ne chantent pas à l’école alors que la musique est la nourriture du cerveau. Tout comme le sont la danse, les sketchs, les histoires, les marionnettes. Ces activités cassent le rythme du travail et les enfants apprennent en jouant. L’enseignant d’aujourd’hui doit être à la fois un acteur, un clown, un pédagogue, un ami qui va stimuler l’enfant et éveiller sa conscience. Dans les écoles du CEDEM, nous appliquons cette pédagogie active et cela calme l’enfant. On parle de problèmes de discipline dans les écoles. Ces problèmes existent parce que des activités créatrices n’y sont pas appliquées.
• Il y a pourtant eu des améliorations dans le secteur de l’éducation spécialisée.
Certes mais c’est largement insuffisant. Ce n’est pas possible de faire des politiques à la va-vite. De nombreuses ONG dans le secteur font du bon travail. Il faudrait que les gestionnaires de l’Etat leur donnent les moyens et que la formation soit une de terrain pour permettre à l’enseignant d’être efficace et qu’il soit soutenu par des éducateurs pédagogiques.
Par rapport à la santé de l’enfant en situation de handicap, il est temps que le ministère de la Santé mette en place un Very Fast Track à l’hôpital. Vous évoquiez les abus sexuels sur les enfants. Comment s’en étonner car les logements sociaux sont des boîtes d’allumettes. L’abus sexuel est aussi une question de promiscuité. Le ministère du Logement a son rôle à jouer et doit revoir les logements sociaux.
• Vous venez d’être nommée membre du conseil d’administration de la fédération internationale des centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active et à ce titre, vous avez la responsabilité de l’océan Indien. Que faut-il mettre en place pour la région à cet égard?
Ma responsabilité concerne les loisirs éducatifs. Il est temps que ce gouvernement pense à une politique de loisirs sains car les jeunes se tournent les pouces en période scolaire. La place de cinéma est à Rs 250, faire une balade en bateau coûte Rs 150, le ticket d’autobus est cher. Or, l’accès aux loisirs éducatifs permet à l’enfant de s’épanouir. Je milite pour cela. Il faut, par exemple, des jardins d’enfants constamment entretenus et pas uniquement lorsque l’on coupe le ruban. La rue est le jardin des enfants de rue et ce n’est pas normal. Il faut des parcs pour eux. Lorsqu’on laisse des enfants jouer, il n’y a plus de problèmes de discipline.
C’est quoi être en vacances aujourd’hui pour les enfants? Nous sommes des insulaires et la moitié de notre population ne sait pas nager, les enfants inclus. Un des enfants du CEDEM m’a demandé l’autre jour si Agaléga était un autre pays et s’il fallait un visa pour y aller! Où est notre insularité? On va trouver que je mets mon nez partout mais l’enfant concerne tous les ministères. Celui qui ne réfléchit pas en ce sens va échouer dans son travail.
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