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Jocelyne, guérisseuse de «tambave»
Certains l’associent à la sorcellerie. D’autres soutiennent que c’est un lieu béni, où les voeux sont exaucés. Mais ce qui fait surtout la renommée du village de Malakoff, ce sont les guérisseuses de «tambave». Elles sont quatre dans le village à «traiter» cette maladie propre à l’enfance et devant laquelle les médecins se disent impuissants. Jocelyne s’est confiée à nous.
«Le village est renommé à travers l’île pour cela. Les gens viennent de tous les coins pour faire soigner leurs enfants», affirme un habitant de Malakoff en évoquant les guérisseuses de tambave. Il dit en voir défiler au quotidien.
Guérir cette «maladie» infantile est propre à ce village. Il s’agit d’un art, d’un don, d’une tradition qui se transmet de génération en génération. Elles sont au moins quatre à «traiter» la «tambave» dans le village. Si la plupart sont réticentes à en parler, Jocelyne a accepté de nous rencontrer.
Dites, c’est quoi la «tambave» ? «C’est une sorte d’inflammation qui provoque boutons, rougeurs et autres inconvénients chez le nouveau-né jusqu’à ses deux ans. C’est souvent un vrai casse-tête pour les parents et les médecins qui n’arrivent pas à savoir ce qui se passe vraiment», explique la dame.
C’est alors que les guérisseuses entrent en jeu. Jocelyne indique que les parents viennent frapper à sa porte lorsque les médecins se montrent impuissants contre la maladie.
«Il y a même des médecins qui conseillent de venir mark tembav et les réfèrent à moi», confie-t-elle. D’ailleurs, dans certaines communautés, cela fait partie de la tradition, l’enfant passe par ce rite sept à huit jours après sa naissance.
Un enfant qui souffre de «tambave» devra venir se «faire marquer» pendant trois jours consécutifs. Après, la guérisseuse donnera des feuilles, dont elle a le secret, à la maman. Cette dernière devra faire une décoction qu’elle donnera au petit et il faudra aussi qu’elle en mette dans l’eau de son bain.
«En fait, il y a un secret pour cela. Ma belle-mère m’a donné une pierre et trois morceaux de bois. Elle-même les a reçus de son père qui pratiquait aussi cela. Ce sont ces écorces qui permettent de guérir cette maladie.» C’est en effet de sa belle-mère que Jocelyne a appris son art. À l’époque, confie-t-elle, sa belle-mère jouissait d’une certaine notoriété dans le village. «Les gens venaient tout le temps. C’est quand elle a commencé à se faire vieille et qu’il y avait tellement de monde que j’ai commencé à l’aider», se souvient-elle. Puis, avant son décès il y a quelques années, sa belle-mère lui a définitivement passé le flambeau.
Compte-t-elle passer le secret à la génération suivante ? Oui, à sa fille, souligne Jocelyne. Elle se dit surprise de constater que malgré les progrès de la médecine, les gens continuent à venir pour se faire «marquer».
Devant l’incapacité de la médecine moderne à guérir ce mal propre à l’enfance, cette pratique de la culture populaire a encore de beaux jours devant elle, semble-t-il…
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