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Sida: témoignages poignants des proches des victimes
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Sida: témoignages poignants des proches des victimes
«Notre vie a basculé le jour où on a appris que notre père était atteint du virus du sida...» Owen, un adolescent habitant Quatre-Bornes, peine à parler de son père. La voix chargée d’émotion, il raconte que certains de ses amis n’ont plus voulu le voir. Il a livré un témoignage poignant lors d’un AIDS Candlelight Memorial, qui a eu lieu le samedi 24 mai à Mahébourg. Une cinquantaine de personnes s’étaient rassemblées pour rendre hommage aux personnes décédées des suites de cette maladie et soutenir les familles de ces dernières.
«Mon père se droguait», confie Owen, qui a eu à faire face aux conséquences que la maladie de son père a eu sur leur vie. Le jeune homme dit avoir été insulté, mis à l’écart. Et ses parents ne pouvant plus prendre soin de lui, il a été trimballé de foyer en foyer, vivant parfois même dans la rue.
«Il ne faut pas stigmatiser les personnes atteintes du sida. Au contraire, il faut leur venir en aide», plaide Owen. Car pour lui, la stigmatisation est encore plus douloureuse à vivre que la maladie elle-même.
«Lorsqu’il a su, il était déjà trop tard»
Les larmes aux yeux, Nalinee, une habitante de Mahébourg, indique avoir perdu son frère l’année dernière.«Divesh était atteint du virus.» La jeune femme de 28 ans, qui est venue accompagnée d’un ami, souligne que ses parents n’ont pas voulu venir. «Pour eux, Divesh a cessé de faire partie de la famille à partir du moment où ils ont appris qu’il était malade.»
Divesh a été diagnostiqué séropositif en 2008. Le jeune homme, qui travaillait dans le secteur de l’hôtellerie, a dû quitter son travail et le toit familial pour se réfugier chez des amis. «Lorsqu’il a su, il était déjà trop tard. La maladie était à un stade avancé», explique Nalinee.
«On se sent souvent seul et on est isolé dans le malheur», dit-elle, ajoutant que le Candlelight Memorial est un moyen de «rencontrer des gens qui vivent la même chose. Je suis contente d’être venue. Je vois qu’il y a des gens qui luttent encore et j’espère qu’ils auront plus de chance que mon frère».
«Je suis porteur du virus mais je ne suis pas malade»
Johny Erkhy, 42 ans, concède que la société a fait un pas en avant. «Avant les personnes atteintes du sida devaient se cacher. Lorsque j’ai su que j’étais séropositif, j’étais dévasté. Maintenant, les personnes qui ont le virus peuvent au moins aller se faire soigner.» Aujourd’hui, cet habitant d’un village du Sud dit qu’il ne se voit pas comme étant malade. «Je suis porteur du virus mais je ne suis pas malade».
Et il va encore plus loin : «il faut arrêter de percevoir les sidéens comme étant des malades inaptes à la vie active. Beaucoup d’entre nous sont capables de travailler et d’apporter notre contribution à l’économie. On ne souhaite pas susciter la pitié. On veut juste être considérés comme des individus normaux capables.»
«Un combat à vie»
«Bien souvent, on découvre qu’on est atteint de la maladie trop tard», explique Nicolas Ritter, fondateur et directeur exécutif de PILS. «A Maurice, les gens ne vont pas se faire tester d’emblée. C’est lorsqu’ils éprouvent de symptômes qu’ils vont à l’hôpital», déplore-t-il.
Même constat de Charon Narainsamy, de l’organisation Oasis Nu L’Espwar. Elle explique que c’est l’une des raisons pour lesquelles l’organisation a décidé de tenir son premier Aids Candlelight Memorial cette année. «Nous avons choisi Mahébourg parce que le sida fait des ravages ici.» Elle ajoute que de nombreux malades ne sont pas intéressés à suivre leur traitement. «De plus, ils ont peur du regard des autres. Alors ils ne se rendent pas à l’hôpital et ne se soignent pas.»
«Nous sommes conscients que c’est un combat à vie et nous souhaitons sensibiliser le plus grand nombre», précise Charon Narainsamy. Oasis Nu L’Espwar ne compte pas s’arrêter là. «Nous prévoyons d’organiser d’autres activités.»
L’Aids Candlelight Memorial existe depuis 1983, indique Nicolas Ritter. C’est rassemblement est organisé afin que les familles puissent rendre hommage à leurs proches et aux personnes décédées du sida. «Cette année, il y a eu 20 manifestations de ce genre, chaque village organise son Memorial Candlelight».
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