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Le « Jui Ying » conserve son sinistre secret

6 juillet 2008, 00:00

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C?est avec une macabre cargaison que le bateau de pêche, Jui Ying, a accosté le quai D dimanche dernier. Les officiers de la Criminal Investigation Division (CID) du port ont découvert dans la chambre froide deux cadavres, congelés et disposés dans deux caisses en bois. Si l?un des deux marins, Solihin, d?origine indonésienne, est décédé des suites d?une maladie, son collègue, Haijun Fu, aurait été victime d?une agression. C?est du moins la thèse privilégiée par les enquêteurs à ce stade.

À son arrivée à Port-Louis dimanche, le capitaine de ce bateau de pêche, n?avait pourtant rien signalé. Les noms des deux victimes ne figuraient d?ailleurs pas sur la liste des membres d?équipage, soumise aux autorités portuaires. Un « oubli » qui a conforté les policiers dans l?idée que ces décès pourraient avoir été provoqués.

Il a fallu l?intervention de quelques membres d?équipage pour que le pot aux roses soit découvert.

En effet, c?est après avoir été alertés par certains membres d?équipage à propos d?« irrégularités » que les officiers de la CID du port décident de monter à bord pour y effectuer une inspection. Leurs recherches les mènent vers la chambre froide où est stocké habituellement le produit de la pêche. « Quand les policiers sont entrés dans la chambre froide, ils n?ont pas tout de suite remarqué les deux caisses en bois qui se trouvaient dans le fond de la pièce. Mais lorsqu?ils les ont ouvertes, ils ont trouvé un cadavre dans chacune de ces boîtes qui ressemblaient à des cercueils », explique-t-on du côté de la CID du port. L?unité scientifique de la police est aussitôt alertée pour examiner la scène.

L?examen post-mortem, pratiqué par le Dr Sudesh Kumar Gungadin, Principal Police Medical Officer, et le Dr Maxwell Monvoisin, a attribué le décès de Solihin à une infection gastro-intestinale, alors que Haijun aurait succombé à une perforation du poumon droit. La victime présentait par ailleurs de multiples hématomes sur la surface du corps. Des détails qui laisseraient penser qu?elle pourrait avoir été agressée par un ou plusieurs autres marins.

Entre-temps, les policiers, qui penchent pour la thèse du crime, embarquent le capitaine du bateau de pêche, ainsi que trois autres membres d?équipage. Sur le moment, la confusion est totale entre les policiers et les suspects. Et la barrière de la langue n?arrange en rien la situation. Il faudra attendre l?arrivée d?un traducteur pour que débute l?interrogatoire.

« Personne ne veut parler »

Interrogés, les membres d?équipage du bateau de pêche, aidés d?un traducteur, ont expliqué que Solihin était tombé gravement malade en mer et qu?il a rendu l?âme le 6 avril dernier. Et selon les recoupements d?informations des enquêteurs, la seconde victime serait morte plusieurs semaines auparavant.

Les quatre suspects ont été présentés au tribunal de Port-Louis en début de semaine sous une accusation provisoire d?assassinat. « Nous sommes face à un cas de figure difficile car personne ne veut parler de ce qui s?est passé sur ce bateau. Nous comptons interroger de nouveau certains des membres d?équipage », laisse entendre l?un des enquêteurs. En attendant, immobilisé au quai D, le Jui Ying conserve son sinistre secret.

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