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Pétrole cher: Comment faire face

5 juillet 2008, 20:00

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<B>Et si je levais le pied ?</B>

À son passage, on sursaute. Double pot d?échappement en inox, la Honda Civic customisée vrombit dans les rues de Piton. Au volant, Yamesh, 25 ans, cheveux en pétard. Léger coup d?accélérateur pour faire chanter le moteur, appels de phares en direc-tion d?un « kamwad ». Le bonheur. Yamesh en frémit encore, mais « le tuning, c?est fini : trop cher en essence ».

La frime à fond la caisse, en effet, se paie « plein pot » à la pompe. Petites économies ? Pas sûr. Une récente étude britannique pour le compte du magazine auto What?s Car indique qu?à une vitesse de 96 km/h, une voiture consomme en moyenne 40 % de carbu-rant en plus qu?en roulant à 64 km/h. Alors, ça ne vaut pas le coup d?essayer ?

<B>Le calcul de Yamesh

Piton-Port-Louis cinq fois par semaine.</B>

Avant : Rs 300/trajet = Rs 6 500 de carburant mensuel.

Après : conduite plus souple = Rs 5 000 de carburant mensuel.

Économie : Rs 1 500 par mois.

<B>Je redécouvre le bus</B>

7 h 30 du matin, Ewell Brelu-Brelu (photo), 24 ans, qui habite à Vacoas, s?apprête à aller travailler à Quatre-Bornes. Son dernier réflexe avant de quitter son domicile : prendre ses clefs de voiture mais depuis la semaine dernière ces dernières restent chez lui. « Avec l?augmentation du prix du carburant, j?ai décidé de laisser ma voiture chez moi et de prendre le bus pour aller travailler », déclare Ewell.

Cela peut paraître inconcevable pour certains automobilistes, mais face au dilemme de l?augmentation du carburant, Ewell n?a pas hésité à faire un choix : prendre le bus.

Et depuis qu?il a opté pour l?autobus, il arrive plus détendu sur son lieu de travail et ne se sent plus préoccupé par le stress des embouteillages.

Par ailleurs, il enregistre une réduction de la consommation de carburant impressionnante et réalise, par conséquent, une véritable économie.

« Du lundi au vendredi, je fais l?aller-retour de Vacoas à Quatre-Bornes. En vingt minutes, j?arrive sur mon lieu de travail. Certes, en voiture, cela me prenait 15 minutes, mais les contraintes étaient plus nombreuses : embouteilla-ges et prix du carburant, et j?ai beaucoup plus à gagner en prenant le bus », conclut-il.

<B>Le calcul d?Ewell

Vacoas-Quatre-Bornes, cinq fois par semaine.</B>

Avant : Rs 100/trajet.

Dépenses mensuelles : Rs 2 200.

Après : Rs 40/trajet. Dépenses mensuelles : Rs 880.

Économie : 2 200-880 = Rs 1 320 d?économie.

Le vélo remis en selle</B>

Brume sur Baie-du-Tombeau. Mercredi se lève. Il est tôt, il fait froid, mais Michaello (photo) en a vu d?autres : « Je pédalerai plus vite. » Jusqu?à Port-Louis, pour garnir le frigo, picorer quelques CD, peut-être essayer une guitare. Le tout à vélo : c?est nouveau pour ce musicien de 59 ans.

Au premier carrefour, les freins se mettent à barrir. Michaello aussi. « Mon van est devenu un gouffre ! Pour aller jouer dans les hôtels, je n?ai pas le choix, je roule. Mais pour le reste, il fallait prendre une décision. Une heure dans Port-Louis me coûte Rs 500 d?essence. »

Le calcul a donc été vite fait. « Aller faire mes courses à bicyclette, c?est la meilleure solution. J?économise Rs 6 500 par mois, ça me permet de payer les études de ma fille et d?acheter mes médicaments. » De Baie-du-Tombeau à Pointe-aux-Piments, Jacques a aussi remis son vélo en selle. « J?habite à 6 km de mon travail », explique ce manager de l?hôtel Victoria. « J?y suis en 20 minutes sans forcer. Non seulement c?est économique, mais c?est bon pour la santé et c?est un plaisir. Si vous saviez comme ça me détend après une journée de boulot ! » Sur courte distance, le vélo apparaît ainsi en tête de peloton. Le seul mode de transport qui ne connaît pas de coup de pompe !

Le calcul de Michaello

Circuit dans Port-Louis trois fois par semaine.</B>

Avant : = Rs 500/trajet = Rs 6 500 de carburant mensuel.

Après : vélo + huile de coude = aucune dépense.

Économie : Rs 6 500 par mois.

<B>Ces transports doux venus d?ailleurs

Pour limiter les dépenses de carburant, des formules font leur preuve partout dans le monde. Pourquoi pas chez nous ?

● La bicyclette en libre-service :</B>

De Paris à Pékin, ce système astucieux réinvente les déplacements en ville. Vous vous présentez devant une borne, muni d?une carte automatique, et vous choisissez votre vélo. Vous le déposerez plus tard à n?importe quelle station, distantes les unes des autres de quelques centaines de mètres.

L?auto-partage (car-sharing) :</B>

Le dernier-né des modes alternatifs de déplacement propose à ses membres de disposer d?une voiture pendant une période de courte durée (entre une heure et un jour). Vous réservez sur Internet ou par téléphone, vous allez chercher votre auto sur le stationnement le plus proche de chez vous, vaquez à vos occupations et rapportez la voiture au même endroit, à l?heure convenue.

Cette formule permet d?emprunter une voiture et de n?en payer que l?usage. De la Californie à l?Australie, en passant par l?Italie, le Japon et la Finlande, les réseaux d?auto-partage sont implantés dans plus de 600 villes.

● <B>Le ramassage scolaire pédestre :</B>

Ce mode d?accompagnement est destiné aux élèves de maternelle et de primaire. Il est encadré par deux ou trois adultes « pilotes » qui empruntent un itinéraire précis menant aux portes de l?école avec, au maximum, une quinzaine d?enfants. La formule prospère un peu partout en France.

Coller des pubs sur son véhicule :</B>

Bien sûr, l?idée de se retrouver pendant un mois avec un autocollant de serviettes hygiéniques plaqué sur le capot peut paraître un peu raide. N?empêche, cela permet à des automobilistes de rouler gratuit, en gagnant suffisamment d?argent pour payer l?assurance et l?essence.

Je « covoiture »</B>

C?est un concept original pour dépanner des collègues, tout en rentrant dans ses frais. Et elle a pour nom covoiturage. « Il y a des règles à respecter. On se rencontre le matin, la voiture doit démarrer à 7 heures, on attend les retardataires, au maximum jusqu?à 7 h 15. Passé ce délai, la voiture démarre et les retardataires prennent le bus », explique Nadège (prénom modifié), 35 ans, une adepte du covoiturage.

Elles papotent et rigolent en roulant vers Port-Louis. Nadège, qui habite Vacoas, ainsi que trois de ses amies, effectuent ensemble le même trajet matin et soir. « Nous habitons toutes à Vacoas et nous allons travailler à Port-Louis. Plutôt que de partir chacune de son côté, j?ai proposé de conduire tout le monde. Chacune participe aux frais de l?essence », souligne-t-elle.

Le covoiturage est ainsi une idée simple, qui permet de concilier l?écologie et l?économie. « Cette solution m?aide énormément dans mon budget consacré à l?essence et me permet de financer jusqu?à la moitié de ce que je consomme », se réjouit-elle.

Le calcul de Nadège

Vacoas-Port-Louis, cinq fois par semaine.</B>

Avant (sans covoiturage) : Rs 180 par trajet. Dépenses mensuelles : Rs 4 000 par mois.

Après (covoiturage) : Rs 1 914 par mois, par trajet (Rs 87 participation aux frais par trajet).

Dépenses mensuelles : Rs 2 086.

Economie 4 000 ? 1 914 = Rs 2 086.

<B>Ma petite entreprise? fait face à la crise</B>

Si cette hausse du prix du carburant inquiète les particuliers, le professionnel de la route, contraint de circuler plus longtemps, a aussi développé des astuces pour économiser la consommation de carburant. « Le carburant représente 30 % de nos coûts de consommation. Le gouvernement a mis en place un système dans lequel une partie des frais est remboursée. Il s?agit d?un montant fixe, et par conséquent, la différence est à nos frais. C?est pourquoi nous demandons à nos chauffeurs d?être plus vigilants quant à leur façon de conduire et nous tenons à réviser les bus régulièrement », explique Swaley Ramjane, directeur de United Bus Service (UBS). La distribution de guides aux chauffeurs pour qu?ils adoptent une conduite pouvant réduire la consommation de carburant, c?est l?une des solutions choisies par UBS.

« Dans ce guide, on leur explique de ne pas s?arrêter brusquement et de ne pas accélérer trop vite, parce que cela consomme trop de carburant. On leur conseille aussi de maintenir une certaine vitesse sur les longues distances », souligne Swaley Ramjane.

Mais modifier le comportement des chauffeurs n?est pas l?unique solution. Ainsi, chez UBS, on avoue qu?un bon réglage des bus est tout aussi important. « Les autobus sont régulièrement révisés. Bien régler les pompes d?injection et les moteurs permet de réduire la consommation en carburant », conclut-il.

Carburant cher, grosse colère</B>

Maurice est loin d?être le seul pays à assister à la hausse du prix du carburant. Certains pays enregistrent des flambées exorbitantes et chacun manifeste sa colère à sa manière. Petit tour d?horizon des protestations les plus insolites.

■ Au Japon, c?est le numéro un du sumo, le Mongol Asashoryu (photo) qui, au nom de l?ensemble des lutteurs, a réclamé une hausse de 10 % de salaire ou de se faire rembourser les déplacements entre les centres d?entraînements et les lieux de tournoi. Payés par l?association de sumo, les lutteurs touchent 2,82 millions de yens par mois, soit près de Rs 715 000, et n?avaient pas réclamé de hausse depuis sept ans.

■ 4 millions, c?est le nombre de camionneurs ayant manifestés en Inde, mercredi, suite à l?augmentation du prix du carburant. Une hausse de 37,5 % qui a conduit tout un corps de métier à se mobiliser.

■ C?est en déversant un jerrycan d?essence sur sa BMW et en y mettant le feu, qu?un Allemand a exprimé sa colère face à l?augmentation du prix du carburant. Ce dernier a expliqué qu?il n?avait plus les moyens d?utiliser son véhicule à cause de l?augmentation du prix de l?essence. Un litre d?essence ordinaire coûte environ 1,55 euro (environ Rs 60) en Allemagne. L?homme, au chômage, risque une inculpation pour violation de la législation sur l?environnement.

<B>Roulez malin !</B>

Il faut prendre votre véhicule à tout prix ? Pasde panique, la possibilité de grappiller des roupies existe. D?ailleurs, tous les garagistes vous le diront : c?est au volant qu?on économise le plus de carburant. En changeant vos petites habitudes de conduite, vous pouvez économiser entre 10 et 30 % de carburant. Voici cinq pistes pour rouler moins cher.

<B>Adoptez « l?écoconduite »</B>

Le style de conduite peut faire varier de 30 % la consommation d?un véhicule. Tout est question de doigté : démarrage en douceur, vitesse constante sans à-coups, et conduite au compte-tours. Entre 3 000 et 3 500 tours/minutes, votre consommationest optimale.

<B>2. Un moteur bien réglé</B>

Un carburateur ou une injection mal réglés et c?est une consommation de 10 % en plus.

Même tarif pour un filtre à air et des bougies mal réglées. Au final, la surconsommation peut atteindre 50 %.

3. Attention à la climatisation</B>

À elle seule, la climatisation peut vous faire consommer de 10 à 30 % en plus. S?en passer ?

En roulant vitre ouverte à grande vitesse, la surconsommation serait la même. Solution moins radicale : la climatisation électrique.

4. Des pneus bien gonflés</B>

Rouler avec des pneus sous-gonflés, c?est dangereux et ruineux : trois-dixièmes de bar en moins, c?est près de 3 % de consommation en plus.

5. Roulez léger</B>

Videz votre coffre des objets inutiles. Une surcharge de poids gaspille de l?essence.

De quoi se compose le prix d?un litre de carburant ?

En juillet 2008, en Rs/L

(*) : Incluant les frais d?importation.

(**) : Contribution à la Road Development Authority.

Source : State Trading Corporation.

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