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Morgan Tsvangirai rejette l?idée d?un gouvernement d?union
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Morgan Tsvangirai rejette l?idée d?un gouvernement d?union
Le chef de l?opposition zimbabwéenne Morgan Tsvangirai a rejeté mercredi une résolution de l?Union africaine (UA) prônant la formation d?un gouvernement d?union nationale au Zimbabwe, une idée qui avait été bien accueillie par le président Robert Mugabe.
Le dirigeant du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), qui a boycotté le très contesté second tour de l?élection présidentielle vendredi remporté par Mugabe avec 85,5 % des voix, a estimé que les conditions n?étaient pas réunies pour négocier avec le chef de l?Etat.
Il a demandé que Mugabe et sa formation, la Zanu-PF, mettent fin à leurs attaques contre les partisans de l?opposition et a exigé que toute négociation s?appuie sur les résultats du premier tour de la présidentielle du 29 mars où il est arrivé en tête. «Les conditions actuelles au Zimbabwe ne sont pas favorables à des négociations. Si un dialogue doit s?ouvrir, il est essentiel que la ZANU-PF mette fin à la violence, à la persécution des chefs du MDC et de ses partisans», a dit Tsvangirai lors d?une conférence de presse à Harare.
Il a ajouté que le MDC, qui a remporté les législatives également organisées le 29 mars, devait constituer le gouvernement légitime du pays.
Il a également estimé que des discussions n?auraient aucun sens si l?UA ne dépêche pas au Zimbabwe un envoyé permanent afin de poursuivre la médiation menée par le président sud-africain Thabo Mbeki, parfois critiqué pour sa complaisance supposée envers Mugabe.
Quelques heures auparavant, Mugabe avait favorablement accueilli la résolution de l?Union africaine en vue de la formation d?un gouvernement d?union nationale.
Mugabe prêt à discuter</B>
«La résolution de l?UA est conforme à ce que le président Mugabe a déclaré lors de son investiture, lorsqu?il a dit que nous sommes prêts à discuter pour résoudre nos problèmes», avait dit à Reuters le ministre de l?Information Sikhanyiso Ndlovu. «Nous sommes déterminés à discuter, pas seulement avec (le chef de l?opposition Morgan) Tsvangirai mais également avec les autres partis», avait-il ajouté.
A Bruxelles, la Commission européenne a affirmé que tout gouvernement de transition au Zimbabwe devrait avoir à sa tête Tsvangirai. «Nous soutenons totalement l?appel de l?Union africaine à un gouvernement d?union nationale», a dit John Clancy, porte-parole de la Commission pour le développement et l?aide humanitaire. «Tout gouvernement de transition doit avoir à sa tête Morgan Tsvangirai», a-t-il ajouté.
Mardi, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, dont le pays a pris la présidence tournante de l?Union européenne (UE), avait également souligné cette exigence d?un gouvernement dirigé par Tsvangirai. «Il faut être très précis : l?UE n?acceptera pas un autre gouvernement qu?un gouvernement dirigé par M. Tsvangirai», a-t-il dit.
Le gouvernement du Zimbabwe «est illégitime s?il n?est pas dirigé par le chef de l?opposition qui a eu 47 % des voix au premier tour», a-t-il ajouté. «L?Union africaine ne doit pas accepter autre chose que la direction de ce représentant du Zimbabwe».
Le président Robert Mugabe, 84 ans dont 28 au pouvoir, a été proclamé dimanche vainqueur de la présidentielle.
<B>Pourquoi les dirigeants africains refusent de désavouer Robert Mugabe</B>
Les chefs d?Etat et de gouvernement de l?Union africaine (UA), réunis à Charm el Cheikh ont adopté une résolution prônant la «formation d?un gouvernement d?union nationale» au Zimbabwe, après la réélection controversée du président Robert Mugabe.
Conduites par le Sénégal et l?Afrique du Sud, des tractations visent à amener le président Robert Mugabe à accepter un partage du pouvoir. Le chef de l?Etat resterait formellement à la tête du pays mais l?essentiel du pouvoir passerait entre les mains de son rival, Morgan Tsvangirai, nommé vice-président.
Au Conseil de sécurité des Nations unies, les Etats-Unis ont fait circuler lundi un projet de résolution contre le Zimbabwe. Le texte prévoit un embargo sur les armes et des sanctions ciblées contre des personnes accusées d?avoir entravé «le processus démocratique» dans le pays. La négociation pour obtenir le vote de la résolution sera «dure», a admis le représentant américain à New York. Mais c?est au sommet africain que les divisions sur la conduite à tenir pour sortir de la crise s?étalent au grand jour.
«Nous avons (...) accueilli Mugabe comme un héros», a lancé, goguenard, le président du Gabon, Omar Bongo, peu après l?ouverture du sommet, avant d?ajouter : «Il a été élu, il a prêté serment, il est là avec nous. Alors, il est président.» Une provocation de la part du doyen des chefs d?Etat africains ? Pas complètement. Manipuler les élections pour l?emporter tout en sauvant les apparences par des gestes (la prestation de serment) ou un comportement (l?apparition au milieu de pairs) est une recette familière à nombre de présidents.
Même si la démocratie gagne du terrain en Afrique à chaque scrutin, parmi les 53 pays membres de l?UA, une douzaine est dirigée par des présidents élus dans des conditions aussi contestables que celles de Robert Mugabe, au pouvoir depuis 1980.
Qui peut croire que Zine El-Abidine Ben Ali rassemble sur son nom 95 % des suffrages en Tunisie ? Hosni Moubarak en Egypte, Omar Al-Bachir au Soudan, Teodoro Obiang Nguema en Guinée-Equatoriale affichent des scores aussi improbables. Ils ne sont pas les seuls. Des résultats aussi peu crédibles vont de pair avec des mandats qui s?éternisent. Le Burkinabé Blaise Compaoré est au pouvoir depuis vingt et un ans tout comme son homologue ougandais, Yoweri Museveni, et le Tunisien Ben Ali; Lansana Conté ? un autre militaire ? dirige la Guinée depuis vingt-quatre ans. La palme de la longévité revient à l?insubmersible Bongo arrivé au pouvoir en 1967...
A ce club de présidents inamovibles, prêts à s?accommoder d?un Robert Mugabe parti pour un cinquième quinquennat présidentiel, s?opposent d?autres dirigeants conscients que la crise du Zimbabwe ? une inflation hors de contrôle, une monnaie en chute libre, des problèmes alimentaires ? pèse sur les pays voisins et au-delà.
Le premier ministre du Kenya, Raila Odinga, illustre ce changement d?attitude. Peut-être parce qu?il est lui-même contraint de cohabiter avec un président qui a manipulé les urnes pour se maintenir au pouvoir (au prix de 1 500 morts), le chef du gouvernement a parlé samedi, à Nairobi, d?élections «truquées» au Zimbabwe. Lundi, Odinga a récidivé et exhorté l?organisation africaine à «suspendre le président Mugabe jusqu?à ce qu?il permette à l?UA de faciliter (la tenue) d?élections libres et équitables». Le président de la Sierra Leone a également tenu des propos très fermes.
<B>Ménager le vieux chef</B>
Les précautions des dirigeants de l?UA, le souci de ménager le vieux chef d?Etat zimbabwéen contrastent avec l?hostilité des Occidentaux. Et, en particulier, celle de la Grande-Bretagne, l?ancienne puissance coloniale qui, épaulée par les Etats-Unis et, dans une moindre mesure, l?Union européenne, a pris la tête de la croisade anti-Mugabe.
L?hostilité affichée de Londres et du premier ministre Gordon Brown à l?endroit de Mugabe et de sa «coterie» est telle que le président du Zimbabwe, jouant de son passé de combattant nationaliste, a pu se draper dans les habits de défenseur de l?Afrique noire face au retour du colon blanc.
Dès lors, oser dénoncer à Charm El-Cheikh le potentat au pouvoir à Harare, c?est courir le risque d?apparaître comme un allié des Occidentaux. Très peu de chefs d?Etat présents dans la station balnéaire égytienne ont osé le prendre.
<B>Jean-Pierre TUQUOI © Le Monde 2007 Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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