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Edouard Lim Fat raconte les débuts de la ZF
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Edouard Lim Fat raconte les débuts de la ZF
Le Pr Edouard Lim Fat intervient lors d?un congrès international pour l?évangélisation des chrétiens de l?océan Indien, se déroulant à Maurice, à la mi-1983. Il choisit de parler de l?industrialisation de Maurice et plus particulièrement de notre zone franche manufacturière dont on peut légitimement le considérer le père, avec José Poncini et Benoît Arouff. Il ne manque pas de situer avec gratitude le rôle prépondérant joué, en la circonstance, par des Chinois de Hong Kong et de Taïwan. Il rappelle que le chômage est un des pires fléaux pouvant menacer un pays. Il entraîne, dans son sillage, la misère, la malnutrition et des troubles sociaux. Il rappelle également quelques records mondiaux de Maurice : plus forte densité démographique dans un pays agricole, nombre de congés publics par an (là haut 23), monoculture jusqu?en 1970 (95% des exportations par le seul sucre), l?harmonie multiraciale exemplaire, etc.
L?industrialisation commence, en 1963, avec l?émission de certificats de développement, avec exemption de taxes pendant cinq ans, pour encourager l?investissement. Le succès ne se fait pas attendre. En 1983, déjà, l?on compte 140 entreprises industrielles détenant un certificat de développement, produisant, pour le marché local, une grande variété d?articles et créant plus de 3 000 emplois. Il se plaît à souligner que les Mauriciens d?origine chinoise figurent en bonne place parmi les pionniers de cette industrialisation. Ils ont notamment donné le bon exemple en matière de production de biscuits, de meubles en rotin, de pâtisseries, d?amuse-gueules.
La zone franche manufacturière pour l?exportation est l?autre pas décisif en matière d?industrialisation. Les exemptions fiscales s?étendent jusqu?à douze ans, dans certains cas. Le libre rapatriement des capitaux investis est garanti. Tout comme l?absence de toute taxe de sortie sur les produits fabriqués. La matière première n?est sujette à aucune taxe douanière. De plus, Maurice, de par son adhésion à la Convention de Lomé, bénéficie d?un libre accès sur le marché européen pour les produits de sa ZF. Le succès de celle-ci dépend de plusieurs facteurs : encouragement de l?Etat, attitude positive de la population, absence de toute xénophobie, facilités diverses, main d??uvre disponible et faisant preuve de bonne volonté, disponibilité d?investisseurs et d?administrateurs locaux, stabilité politico-syndicale. L?industrialisation permet de réduire le fossé entre pays riches et pays pauvres. Nehru a raison de dire qu?aucun pays n?est réellement indépendant tant qu?il n?est pas industrialisé.
De 1970 à 1983, Maurice crée 120 entreprises de la ZF et 25 000 emplois. Elles contribuent à 35% de nos exportations. Edouard Lim Fat qualifie le succès de ce démarrage « d?unique et exemplaire ». En cela, la fermeture du canal de Suez aide Maurice de par la déviation des liaisons maritimes par la route du Cap de Bonne Espérance. Les troubles sociaux, survenant à Hong Kong, en 1967, nous rendent le même service. Nombre d?hommes d?affaires estiment alors imprudent de conserver tous leurs ?ufs dans le même panier. D?ailleurs 30 de ces 120 entreprises appartiennent à des Hongkongais ou à des Taïwanais. Ces derniers ont aussi le mérite d?implanter à Maurice leur savoir-faire et expertise. Maurice parvient ainsi à devenir le deuxième pays exportateur de pull-over Shetland au monde. Pas mal pour un pays ne possédant ni mouton ni laine.
Tout n?est pourtant pas rose. Le taux d?absentéisme, variant entre 5 et 10%, est jugé excessif. Le Mauricien considère trop facilement que les 21 jours de congé de maladie sont un droit acquis, y compris pour les bien portants. A Maurice, on se marie également n?importe quel jour de la semaine tandis que, dans d?autres pays industrialisés, les gens attend les congés de fin de semaine pour se marier et surtout célébrer leurs noces.
A Maurice, les jeunes résident plus longtemps qu?ailleurs chez leurs parents, à qu?ils remettent la plus grande partie de leurs salaires. Cela ne les encourage guère à parfaire leurs revenus salariaux en améliorant leurs primes de productivité et le nombre de leurs heures supplémentaires. Les parents rechignent également à permettre à leurs filles, employées à l?usine, à rentrer chez elles, après la tombée de la nuit.
Avant l?industrialisation, le comportement industriel n?existe pratiquement pas à Maurice. La formation industrielle doit se faire à partir de zéro ou presque. Il s?agit simplement de transformer des travailleurs agricoles et domestiques en ouvriers d?usine, rompus aux exigences du travail à la chaîne, au respect du rythme imposé au rendement, à la productivité. Ils doivent comprendre les exigences des livraisons, des échéances à respecter, de la nécessité des heures supplémentaires, celle de travailler davantage même si le besoin d?argent ne se fait pas sentir. La difficulté est d?autant plus grande que beaucoup entrent à l?usine non pas par vocation mais pour des raisons sentimentales comme rester avec un copain ou une copine.
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