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La face islamique de notre industrie sucrière

1 juillet 2008, 00:00

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Une possible disparité entre les indications que donne M. Brijan Burrun, à la mi-juin 1983, au sujet de l?ancien poste de police de Baie du Cap (voix l?express d?hier) et les données contenues dans l?Histoire des domaines sucriers de M. Guy Rouillard, incite à approfondir la question. Pour M. Burrun, se basant sans doute sur l?inscription, se trouvant sur la plaque scellée dans la muraille de ce bâtiment historique (le Ciel fasse qu?aucun voleur de ferraille, pas même politicien, ne soit un lecteur assidu de nos réminiscences), écrit, à cette date, que M. H.J.H Ahmed construisit le poste de police de cette localité, entre autres avec les débris du navire naufragé, Clan Campbell, «sur l?ordre» de M. Nakoda Ludhaboy Corjee.

M. Rouillard semble ne pas connaître ce dernier, du moins n?en pas fait pas mention, dans la partie «Bel Ombre» de son précieux livre, auquel il est bien le seul, à Maurice, à lui trouver des erreurs, le rendant, de ce fait, impropre à toute réédition, pour utile que puisse être celle-ci et attendue de tous. Selon l?irremplaçable historien de nos domaines sucriers, la filière des propriétaires musulmans de Bel Ombre Sugar Estate commence, en 1886, avec MM. Sulliman Taleb, Allam et Ismaël Mamojee. Ils vendent cette propriété sucrière, l?année suivante, à M. Hajee Joosub Hajee Jackaria Salemahomed. En 1898, le propriétaire en devient M. Hajee Jackaria Ahmed qui la cède, en 1910, à la Compagnie sucrière de Bel Ombre. La question demeure : Qui peut bien être ce Nakoda Ludhaboy Corjee, assez puissant ou influent pour donner des instructions à M. H.J. Ahmed, propriétaire de Bel Ombre Sugar Estate, en 1905 ?

M. Moontaz Emrith n?est pas d?un plus précieux recours. L?index de son précieux livre, History of the Muslim in Mauritius, ne fait pas non plus mention de Nakoda Ludhaboy Corjee, à qui nous devons pourtant l?ancien poste de police de Baie du Cap. Mais il n?y a, semble-t-il, que cette plaque à signaler son intérêt pour ce bâtiment historique. Si celle-ci vient à disparaître, à l?instar des nombreuses stèles funéraires en métal du cimetière de l?Ouest, il nous faudra craindre le pire pour le souvenir durable de la philanthropie de M. Corjee. Dans le paragraphe, consacré aux industriels musulmans du XIXe siècle, M. Emrith mentionne pourtant MM. Allam et Ismaël Mamojee, H.J.H. Saleh Mohamed et H.G. Ahmed (Bel Ombre) mais aussi MM. Abdoola Goolam Dustagie et Esmaël Peermamode (Joli Bois S.E.), Ajum Goolam Hossen (Bon Air S.E.), les frères Atchia (Industrie S.E., New Mill Fibre Factory, sans oublier leur centrale hydro-électrique du Réduit ni leur glacière de Rose-Hill), Dawojee Mohammad Vayid (Valetta S.E.) et Hajee Alhaman Sohawon, gros planteur cannier du Sud. On peut aussi voir en M. Corjee un promoteur étranger, ayant investi à Maurice, et donnant ses instructions à son fondé de pouvoir sur place, M.H.G. Ahmed. Dans la même veine, M. Rouillard nous parle des héritiers de Tiroumoudry, demeurant à Pondichéry, mais possédant Bon Espoir S.E., à l?entrée du village de Piton, de 1852 à 1914.

Aux noms à résonance musulmane que donne M. Emrith, M. Rouillard ajoute les propriétaires musulmans d?établissements sucriers suivants. MM. Hajee Mamode Aboo, Affoo (No 1438), Omar Hajee Allarakia, D. Atchia, Carrim Boccus Auleear, Ally Burgenis, Abdoula Calipa (connu pour ses tentatives électorales ayant inspiré plus d?un coreligionnaire), M. S. Carrim, Merwanjee Eduljee, Ismaël Gannety (Ganty ?), Abdoula alias Calipa Goolamdasdagur, Ajum Goolam Hossen, Goolam Mohamed Issac, I. et S. Issop, Haji Jackaria, Madarboccus Jameer, Abdool Hanane Jeeban, Cassim Jeena, G.M. Jeewa, Hamoo (Hanoo ?) Mamjee, Pestonjee Manackjee, G. Mohamed, les frères Mumhurrun, J. et S. Nahaboo, Amode Ajum Peeperdy, Ramjan Peerbaccus, Ismaël Peermamode, Mamode Sayed, Ahlaman Suhawon, Ahmode Suhawon, Hadjee Isop Mamode Sulliman, Mamode Sullivan Taleb, Coodruth Toofany et Ismaël Toorawa.

En revanche, M. Rouillard ne donne aucune explication quant aux réminiscences islamiques de deux établissements sucriers, voisins de surcroît : Médine et La Mecque. L?honneur échoit à Henri Koenig de substituer, en 1850, le nom de la ville sainte de Médine à celui de La Thébaïde, appellation donnée par un nouvel acquéreur, Victor Thébault, à la concession initiale de François de Chazal. Il en va de même pour La Mecque. M. Rouillard nous dit seulement que les terres de cette propriété sucrière font partie d?abord du domaine de La Thébaïde. Les frères Doger (François de Spéville et Jean Veckranges) y cultivent du coton sur 415 des 625 arpents de la propriété. Deux douzaines de moulins manipulent ce coton. L?usine sucrière est démolie en 1858. Elle produisait 100 tonnes de sucre à partir de 60 arpents de cannes.

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