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Le traumatisme Ballack
Le choc de la défaite passé, l?Allemagne, groggy, se relève et analyse les raisons de son échec en finale de l?Euro 2008 dimanche. La victoire archi méritée des conquistadors espagnols souligne la cruauté du destin d?un capitaine : Michael Ballack.
Le football, comme la vie, est ainsi fait de ces histoires belles ou tristes à pleurer. Belle comme le sacre espagnol après 44 ans de frustration. Un mauvais sort conjuré pour les nouvelles générations qui n?ont pas connu la seule grande victoire ibérique de 1964 et qui collectionnaient les défaites à chaque grand événement footballistique.
Aujourd?hui ils peuvent hurler sur tous les toits : ?Olé torro, arriba Espana? ! La fatalité n?est pas éternelle. Ils peuvent dire merci à leurs jeunes compatriotes qui, avec 26 ans de moyenne d?âge (la deuxième plus jeune équipe de l?Euro), ont imposé leur style de jeu et leur stratégie collective au Vieux Continent.
Il n?y pas une individualité en particulier qui a dominé, c?est un tout avec Xavi le si précieux petit chef d?orchestre, Casillas le portier impérial, Villa l?homme aux quatre buts, Torres le matador de la finale et les savoureuses découvertes Senna et Silva. Que de beau monde qu?on retrouvera avec envie dans deux ans au Mondial sud-africain.
Mais, hélas, on ne fait pas d?omelettes sans casser des ?ufs. Et en survolant cet Euro 2008 en Suisse et en Autriche, l?Espagne a fait une superbe victime. C?est l?histoire déchirante de Michael Ballack. Qu?on l?aime ou pas, qu?il joue à Leverkusen ou à Chelsea, il est de la lignée des grands leaders allemands en digne successeur de Lothar Matthaus. Il a d?ailleurs le regard et la gnac de ce dernier? avec la poisse en plus !
Ballack c?est quand même le meilleur footballeur allemand du siècle avec Oliver Kahn, mais il a perdu deux finales de Ligue des champions en club (2002 et 2008), s?est blessé avant la finale perdue par son pays au Mondial 2002 contre le Brésil et a dû s?avouer vaincu à nouveau dimanche dernier, lui qui était diminué et incertain avant le match (touché au mollet droit).
Cela fait dix finales perdues pour lui dans sa carrière? Un sacré chat noir vous l?avouerez ! Sans oublier ses deux places de second deux ans de suite en Premier League. Du reste, les seules finales qu?il a gagnées n?étaient que des coupes domestiques, pas des épreuves internationales.
?Pourquoi Ballack ne peut-il pas gagner une finale ?? se demandait hier avec un désarroi évident le tabloïd berlinois B.Z. ?Il s?est battu, il a saigné, il a perdu. Le traumatisme continue.? Du haut de ses 87 sélections et ses 38 buts, Ballack est pourtant un battant, qui ne ménage pas ses efforts.
Toutefois, vu le calendrier de plus en plus hallucinant des grands championnats, ça ne m?étonne pas vraiment que Ballack n?ait pas eu les ressources physiques pour réveiller ses troupes dimanche et aussi face à la Turquie(car il convient de rappeler que la qualification allemande tenait du miracle ce soir-là, comme l?a largement souligné la presse allemande).
C?est pour cela qu?il est trop facile de lui tomber dessus et lui faire porter seul le chapeau aujourd?hui. Diminué, Ballack a fait ce qu?il a pu. Son coup franc supersonique contre l?Autriche et son grand match face au Portugal resteront comme ses temps forts de l?Euro.
Pas si mal pour un joueur qui aura 32 ans le 26 septembre prochain. Est-il déjà trop tard pour effacer cette réputation de grand joueur maudit ? Seule l?histoire nous le dira. Il est vrai que l?histoire s?acharne contre lui, mais le soutien des 300 000 compatriotes qui sont venus acclamer la Mannschaft hier après-midi à Berlin lui ont fait chaud au c?ur. Rien de tel qu?un bon bain de foule pour soigner un grand traumatisme.
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