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Des bancs de l?école à la piste de danse
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Des bancs de l?école à la piste de danse
Jeudi, 11 h 15. Sept étudiants d?un collège de la région de Flacq sont réunis aux abords de la gare routière. Malgré l?heure tardive, ils ne comptent aucunement se rendre en classe. Et pour cause, ce groupe d?amis se donne rendez-vous une fois par semaine dans une discothèque de la localité pour « kas enn poz ». Au programme de la journée : des parties de cartes, boissons alcoolisées et déjeuner avec leurs petites amies qui ont, elles aussi, fait l?école buissonnière.
Une discothèque ouverte en plein jour ? Bien sûr, nous répondent ces étudiants délurés qui nous indiquent la direction d?un établissement situé un peu plus loin, au bout d?une rue déserte. Le bruit sourd d?une sonorisation, étouffée, nous parvient de loin. Il nous faudra parcourir plusieurs centaines de mètres tout de même avant de trouver l?endroit.
Situés au premier étage d?un bâtiment décrépit, les lieux sont volontairement plongés dans une semi-obscurité. Ici et là, quelques étudiants, qui discutent entre eux, peinent à se faire entendre à cause de la musique, trop forte. Au-dessus des têtes flotte une épaisse fumée provenant des cigarettes. Rien de très surprenant si ce n?est que ces étudiants, vraisemblablement mineurs, auraient dû se trouver sur les bancs de l?école à cette heure de la journée. Lorsqu?on demande au barman s?il y a des mineurs dans l?établissement, il se contente de hausser les épaules, indifférent.
Une situation décriée par des commerçants installés à proximité de cette boîte de nuit. Irshad, qui tient un petit snack, de l?autre côté de la route, est l?un d?entre eux. « Il y a quotidiennement des étudiants, en uniforme, qui se rendent dans cette discothèque sans que les autorités ne fassent quelque chose », soutient-il, sous les regards approbateurs de quelques clients, qui disent être confrontés aux actes de délinquance perpétrés par des jeunes « oisifs ».
Ces derniers, explique-t-il, consommeraient de l?alcool à l?intérieur de la discothèque et causeraient ainsi des troubles au moment de reprendre l?autobus pour rentrer chez eux. « Il est arrivé plus d?une fois que des parents viennent récupérer leurs enfants, complètement ivres, devant mon restaurant », lâche Irshad, visiblement irrité par la situation qui prévaut dans la région. Et d?ajouter qu?il a, à maintes reprises, attiré l?attention des autorités, mais en vain.
La situation n?est guère mieux dans la région des Plaines-Wilhems. Les renseignements glanés auprès de quelques étudiants nous mènent vers une pool house à la devanture défraîchie. Ici encore, des étudiants en uniforme s?adonnent à une partie de billard, en compagnie de leurs petites amies, qui ont, elles, pris le soin de se changer. Malgré cette astuce, difficile de ne pas se rendre compte qu?il s?agit d?étudiants qui devraient être en classe à cette heure de la journée.
Le gérant de cette maison de jeu ne semble, quant à lui, être aucunement concerné. « Quand je leur demande leur âge, ils me répondent qu?ils ont 18 ans. Je ne peux rien faire de plus. De toute façon, ils ne font rien de mal ici », se défend-il. S?il est vrai qu?il ne dispose d?aucun véritable moyen pour contrôler l?entrée de son établissement, il ne met rien en ?uvre pour dissuader les mineurs de le fréquenter.
Un endroit discret où passer la journée
Si cette pool house est très appréciée des étudiants des Plaines-Wilhems, c?est parce qu?elle offre un endroit discret où passer la journée loin des salles de classe. En effet, une seconde pièce, plongée dans la pénombre, a été transformée en discothèque. Quelques tables bordent une minuscule piste de danse. L?installation est plutôt sommaire. Qu?importe, les étudiants présents n?ont aucune intention de faire montre de leur talent de danseur.
« Nu finn vinn la zis pu kas enn poz », disent-ils, entre deux bouffées de nicotine. « On sait qu?on peut avoir de gros ennuis si les policiers font une descente, mais comme il y a très peu de chance pour que cela arrive, on n?y prête pas trop attention », lâche Jonathan, un étudiant de SC dans un collège des hautes Plaines-Wilhems. Tout comme la dizaine d?élèves présents ce jour-là, Jonathan est un habitué des lieux. « On y vient surtout à l?approche des vacances, lorsqu?on a terminé le programme scolaire à l?école », explique, pour sa part, Rajiv, un adolescent de 15 ans. Une explication qui, si elle ne tient pas la route, lui donne bonne conscience.
Face au nombre croissant d?étudiants qui sèchent les cours, les autorités ont décidé de prendre les choses en main. C?est ainsi que la Brigade des mineurs effectue régulièrement des descentes de police dans les lieux qu?elle sait très fréquentés des étudiants. Mais malgré toute leur bonne volonté, les officiers de cette unité de police peinent à juguler le problème de l?absentéisme à l?école. « L?école étant obligatoire jusqu?à l?âge de 16 ans, nous n?avons aucun recours légal contre des étudiants majeurs trouvés dans une discothèque en pleine journée ou dans une pool house. Nous pouvons simplement prendre leurs noms et prévenir l?établissement scolaire. C?est ensuite à eux de décider de la marche à suivre », explique-t-on du côté de la Brigade des mineurs, qui reste impuissante face au nombre croissant de mineurs qui manquent à l?appel à l?école.
Que risque véritablement un mineur qui ferait l?école buissonnière ? En fait, pas grand-chose. Du point de vue légal du moins. Il sera emmené au poste de police en attendant d?être récupéré par ses parents. L?établissement scolaire est bien entendu mis au courant.
Le gérant d?une game house ou d?une discothèque qui aurait ouvert ses portes en dehors des heures légales et qui, de surcroît, accueillerait des mineurs risque, quant à lui, gros. Les autorités peuvent en effet ordonner la fermeture de l?établissement et initier des procédures légales contre lui. C?est justement le sort subi par le propriétaire d?une discothèque de Flacq il y a quelques mois.
Une sanction sévère qui semble pourtant n?avoir que peu d?effet. « Il est vrai qu?il nous arrive d?ouvrir quelquefois en dehors des heures réglementaires, mais on ne peut nous accuser d?inciter les jeunes à ne pas se rendre à l?école. C?est aux parents et à la direction des écoles de prendre les mesures qui s?imposent pour s?assurer que ces jeunes aillent à l?école », soutient, pour sa part, le gérant d?une discothèque. Ici comme ailleurs, tout le monde se renvoie la balle?
Impuissance face à l?absentéisme
Le ministère de l?Education fait, lui, comprendre qu?il sera intransigeant envers les établissements de jeux et autres discothèques dans lesquels se trouveraient des mineurs. « Les prévenir des risques encourus est une chose. Vérifier s?ils respectent effectivement la législation en vigueur en est une autre », concède un haut fonctionnaire, conscient de la difficulté de la tâche. Les recteurs d?école ne cachent, par ailleurs, pas leur impuissance face au phénomène de l?absentéisme à l?école. Un problème qui prend des proportions de plus en plus inquiétantes durant le troisième trimestre, avec l?approche des examens de fin d?année.
En attendant de retrouver les bancs de l?école le lendemain matin, Jonathan, Rajiv, et les autres profitent des quelques heures qui leur restent, avant de rentrer chez eux. Cette fois encore, ils feront comme si de rien n?était. Et une fois de plus, leurs parents n?y verront que du feu.
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