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La revanche du Sud
L?aide des pays riches au développement des pays émergents a reculé de plus de 8 % en 2007. Le développement de ces pays s?est pourtant poursuivi avec force. Selon le Fonds monétaire international, il en sera de même cette année : le taux de croissance des Etats-Unis va tomber à 1,3 %, celui de la zone euro à 1,5 %, quand les pays émergents, Chine et Inde en tête, continueront de galoper au rythme de 6,7 %. L?avenir est là, en Asie d?abord, mais aussi au Brésil, dans la moitié d?Afrique qui s?est accrochée à la mondialisation, sans oublier les pays producteurs de matières premières, Russie comme émirats du Golfe. Les capitaux privés y affluent : plus de 1 000 milliards de dollars en 2007, selon un rapport publié le 10 juin par la Banque mondiale.
Une page se tourne sur la révolution industrielle, qui avait établi la suprématie de l?Europe puis de l?Amérique pendant deux siècles. Un monde multipolaire se crée à vitesse accélérée. Le Sud, pour schématiser, prend sa revanche sur le Nord.
Le renversement se traduit concrètement par la naissance d?entreprises géantes qui ambitionnent à leur tour de gravir les échelons de la puissance et par des fonds «souverains», détenus par les Etats, qui cherchent à investir nos commerces, nos usines, nos banques. Cet argent est souvent bienvenu, il est parfois menaçant, quand il s?agit de Gazprom, par exemple, bras armé d?un néo-impérialisme russe qui ne cache pas que ses visées ne sont pas seulement commerciales. Il serait pourtant malvenu de ne pas autoriser ces entreprises à venir ici quand nos multinationales se déploient dans leurs pays. Le développement des pays émergents doit aussi croiser la possession du capital ou des marques.
L?essentiel du monde neuf est l?interdépendance. Si le Sud gagne en autonomie et tire profit d?intégrations régionales, la «globalisation» a accru les échanges de produits, de capitaux, de savoir-faire et d?hommes à l?échelle de la planète. Les problèmes de ressources rares et d?environnement sont globaux. Pour écarter les menaces protectionnistes qui enflent, les Etats-Unis et l?Europe doivent accepter de faire de la place aux nouvelles puissances dans les organisations internationales. En retour, le Sud doit assumer ses nouvelles responsabilités.
© Le Monde 2008 (Editorial paru le 12 juin)
Distribué par The New York Times Syndicate
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