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L?art d?embellir les lettres

10 juin 2008, 00:00

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Quand il prend connaissance du concours de La plus belle écriture l?an dernier, il est trop tard pour s?inscrire. Il en est profondément déçu. Convaincu qu?il aurait bien fait. Il prend son mal en patience pendant un an. Se dit que cette fois-ci, il ne va pas passer à côté? Yeswar Doolub ne passe en effet pas à côté. Ni du concours, ni de la première place d?ailleurs. Celadans la catégorie calligraphie.

Il raconte qu?il était confiant de remporter la victoire. Etant donné qu?après l?épreuve, Yeswar «in get kat cote» pour juger du niveau des autres. Son verdict : «ce ki mo ti fer ti inik» avec un large sourire. Les 1 886 participants des quatre catégories confondues étaient jugés sur la symétrie, la netteté, l?originalité et la lisibilité de leur écriture.

Il a du métier, Yeswar. Il l?avoue. S?il ne se rappelle pas trop d?où lui est venue sa «fascination» pour l?art des caractères, il sait en tout cas que cela lui est venu tôt. Et seul. «Dès l?école primaire de Rose-Belle, je me souviens que je cherchais des écritures différentes pour les reproduire.» En art au collège, c?est la partie qui l?intéresse le plus. Mais le sujet est offert uniquement en Form I.

«L?important, c?est que l?écriture soit lisible. La plus belle écriture n?est rien si celui qui lit n?arrive pas à déchiffrer les lettres. C?est de l?art gaspillé.»</I>

Faute d?avoir pu faire montre de son talent à l?école, il le fera des années plus tard. À la prison de Beau-Bassin, où il travaille comme gardien de prison. Dès qu?il a un moment de libre, il imite toutes les écritures qu?il juge intéressantes. Celles qu?il voit dans les journaux, celles de ses collègues. Leur signature aussi ? «Je peux le faire. Mais je m?en garde bien», dit-il en riant. «Au début, personne ne voulait croire que c?était moi qui écrivais ainsi. Ils croyaient que j?utilisais un pochoir.»

À 42 ans, sa passion est intacte. «Je suis toujours à l?affût de nouvelles écritures. Courantes ou des temps anciens, tout y passe. On n?a jamais fini d?apprendre,» dit-il en montrant une carte d?invitation de mariage. Il les collectionne. «Il y a de très belles polices de caractère dessus. Vous avez vu celle-là, je peux facilement faire pareil en un rien de temps. Ou même mieux.»

Et il s?exécute. Avec un des stylos Parker qu?il vient d?obtenir en prix après sa victoire au concours. Tout en précisant n?avoir «pas besoin de plume calligraphique pour faire une écriture spéciale. Je sais le faire avec n?importe quelle plume.» Et il précise, «C?est plus compliqué certes, mais? Il faut juste savoir où faire des lignes plus épaisses et où faire des lignes plus minces.»

Son v?u le plus cher : vivre de sa passion. En travaillant par exemple au bureau de l?Etat civil, à moins que l?informatique n?ait pris le dessus. Yeswar se rappelle qu?il y a une quinzaine d?années quand il est allé déclarer Harsha, son premier enfant, un des officiers à l?Etat civil l?avait félicité quand il avait écrit le nom de sa fille. «Il m?avait confié que lui-même ne pouvait faire aussi bien que moi.» Ce qui a encouragé notre ami à prendre quelques travaux, tels des enseignes pour des magasins, des panneaux d?affichage, des poèmes sur des cartes de v?ux?

Yeswar fait ressortir qu?en calligraphie, «l?important, c?est que l?écriture soit lisible. La plus belle écriture n?est rien si celui qui lit n?arrive pas à déchiffrer les lettres. C?est de l?art gaspillé.» Ce qui serait de l?art gaspillé, serait que ceux qui l?entourent ne puissent profiter de son talent. Son v?u, c?est que l?an prochain, toute sa famille participe au concours. Yeswar compte les initier à son art le plus vite possible. Sahil, son benjamin en Standard II semble le suivre sur cette voie. «Ce serait génial si ma famille remportait toutes les catégories du concours.» Il a du pain sur la planche. Alors, on va le laisser dans ses ?uvres.

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