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L?amère ration
Du riz, il y en aura toujours dans les boutiques et les supermarchés. Importateurs mauriciens et exportateurs indiens en donnent la garantie. Mais à quel prix paierons-nous ce riz ? Après une valse-hésitation, certains se confient. Sous le couvert de l'anonymat. Au prix fort, car les prix ne cessent de grimper, alors que des gouvernements imposent un quota et une taxe à l'exportation du riz de luxe.
«Cette semaine, nous allons changer les prix de nos marques», nous confie un important distributeur. Quand on lui demande pourquoi va-t-il majorer le prix d'un ancien stock, sa réponse : «Le prix de cet ancien stock ne reflète pas le prix du marché mondial.» Tout bonnement.
L'Etat aura cette semaine une idée du prix, et donc du montant des subsides qu'il faudrait débourser, pour le riz de ration.
La récolte d?octobre très attendue
Les 20 000 tonnes de riz ration seront-elles suffisantes ? C'est la question que se posent certains importateurs. En effet, avec la majoration des prix du riz de luxe, plus de 100 % de majoration entre mars de l'année dernière et avril de cette année, on estime que plusieurs foyers feront un retour vers le riz ration qui ne coûte que Rs 10.80 le kg avec les subsides. Sans ces subsides de l'Etat, le prix aurait dépassé les Rs 27. De fait, le riz ration, qui était de 300 dollars la tonne, a dépassé les 1 000 dollars, alors que le riz basmati est passé de 1 200 dollars à 2 400 dollars.
Maurice consomme 70 000 tonnes de riz par an, dont 20 000 tonnes de riz ration acheté par appel d'offres sur le marché international. L?Inde, en raison de mauvaises récoltes, a récemment décidé un embargo sur l?exportation de riz, mais il a promis un quota à certains pays. Maurice n'a obtenu jusqu'ici que 10 000 tonnes de ce riz qui comprend 25 % de brisures.
L?importation de ce riz a été libéralisée, mais aucun importateur n'est intéressé à l'importer si l'Etat n'accepte pas de leur offrir des subsides identiques à celles accordées à la STC pour la vente de ce riz sur le marché local.
Jean How Hong, directeur de Peninsula Rice Milling Limited (PRML), une rizerie du groupe Innodis, qui blanchit et met sur le marché, entre 5 000 et 6 000 tonnes de riz Rimilda ou du Rosana, importé de l?Inde ou du Pakistan, n'entend pas importer du riz ration. Il voit grimper les prix de cette denrée, mais il est confiant de pouvoir toujours trouver sa cargaison annuelle.
«Il n'y aura pas de pénurie», affirme également Rajesh Ramdenee qui met sur le marché local toute une variété de riz de luxe. Son principal fournisseur indien, producteur du célèbre riz Basmati Kohinoor, donne également une garantie en ce sens. (Voir interview ci-contre).
Peut-on donc s'attendre à une stabilisation du prix du riz. «Oui», affirme Jean How Hong. «Avec la récolte d'octobre en Asie, les prix vont se stabiliser tout comme le prix du lait qui s'est maintenant stabilisé», affirme cet importateur d'expérience. Et il n'est pas le seul à partager cet avis basé surtout sur les prévisions d'une bonne récolte de riz cette année en Asie. Mais les prévisions restent des prévisions et ce sont les spéculations qui animent en ce moment le marché?
LE RIZ LE PLUS PARFUME AU MONDE SE VOLATILISE
Malgré le fait que ni le gouvernement indien, ni celui du Pakistan n'a imposé de restriction sur l'exportation du riz de luxe, l'approvisionnement du pays en Basmati n'est nullement garanti. En effet, Maurice aura à mettre le prix fort devant la forte demande venant des pays arabes et Européens pour ce riz qu'on ne peut cultiver que dans certaines parties de l'Inde (le Nord) et une partie du Pakistan. Le prix du Basmati qui est en général au moins 60 % plus cher que les autres riz de luxe, a doublé entre mars de l'année dernière et mai de cette année à Maurice.
Seule l'annonce d'une bonne récolte pour octobre de cette année contribue en ce moment à stabiliser les prix.
Quoi qu'il en soit,les Mauriciens auront à payer le prix fort pour ce riz de luxe qui est aujourd'hui convoité par des consommateurs dont le pouvoir d'achat est des dizaines de fois supérieur à celui des Mauriciens.
Le riz basmati est un riz à grain long.
Son nom vient de l'hindi et signifie «reine du parfum» (Queen of Fragrance). C'est l'un des riz les plus parfumés au monde.
Il est vieilli pendant une année après moisson pour développer pleinement sa saveur.
Le riz basmati existe en brun ou en blanc. Les grains du riz basmati sont beaucoup plus longs que larges, et s'allongent encore pendant la cuisson.
Ils restent fins et ne collent pas. Il n'est toutefois pas plus nourrissant qu'un autre riz.
Le riz Basmati était à l'origine consommé uniquement localement dans le monde indien et son prix était très abordable. Cela devait cependant exploser dans les années 1990-2000. Elle a été introduite dans la cuisine internationale dans les années 1990 à travers des restaurants cinq-étoiles et des chefs de grande réputation.
La hausse du niveau de vie en Inde a aussi contribué à une plus grande consommation locale, alors que le Basmati prenait du galon dans les pays arabes et en occident (l'Europe a absorbé un tiers de la production l'année dernière, alors que de plus en plus d'Anglais, de Français et d'Allemands de souche découvrent et adoptent le riz Basmati dans leur alimentation quotidienne).
La production reste cependant limitée et n'arrive pas à suivre la demande. Raisons de cette offre limitée : le riz Basmati reste exclusivement cultivé près de la frontière indo-pakistanaise. C'est un riz fragile. Sa culture est difficile et demande une certaine expertise de la part des fermiers. Des tentatives pour produire ce riz hors de cette zone indo-pakistanaise se sont avérées impossibles.
L'offre n'arrive donc pas à suivre la demande avec cette impossibilité de cultiver une plus grande superficie.
Devant cette situation, il s'ensuit des phénomènes de hausses de prix pour le Basmati, et la pénurie est derrière la porte selon les experts.
D'autant plus qu'on n'est pas à l'abri des mauvaises récoltes, comme ce fut le cas l'année dernière.
«Je garantis à Maurice un approvisionnement en basmati»
● Devant la poussée de la demande et le pouvoir d'achat des pays arabes et de l'Europe pour le riz basmati, pourrez-vous fournir à Maurice ce riz de qualité dans les années à venir ?
Je garantis à Maurice une fourniture de ce riz, c'est-à-dire le meilleur basmati qui soit, le Kohinoor, ainsi que les autres marques de basmati que nous commercialisons. Notre souci est de veiller à ce que nos fournisseurs à travers le monde, de l'Allemagne aux Etats-Unis, en passant par la France, l?Iran ou l'Arabie Saoudite n?en manquent jamais. Laisser tomber un fournisseur veut dire laisser la place aux autres concurrents et après vous n'arriverez jamais à reprendre cette place. Pour cette raison, je vous garantis une fourniture en basmati.
● Vous êtes parmi les plus grands exportateurs de basmati de l'Inde. A quel point la demande pour ce riz a-t-elle augmenté ?
Tous les pays, y compris les Etats-Unis, ont une consommation en hausse de riz basmati. Je vous donne un exemple. L'Iran importait, il y a quatre ans, seulement 50 000 tonnes de basmati indien. Son importation a grimpé à 150 000 tonnes puis à 300 000 tonnes pour passer à 500 000 tonnes cette année. Je dois aussi vous dire que la consommation locale a aussi augmenté en Inde et ce pour toutes les variétés de riz. Ajoutez à cela le problème des mauvaises récoltes et des catastrophes naturelles, et vous aurez une idée de l'incidence que tout cela peut avoir sur le prix.
● Parlons-en de cette augmentation qui inquiète beaucoup ces jours-ci ?
Ce que je peux vous dire, c?est qu?en octobre dernier, le basmati était à 1 200 dollars la tonne. Aujourd'hui, c'est-à-dire sept mois après, ce prix est passé à 2 400 dollars, soit le double. Il faut vous dire que ce riz se vend à l'encan, contrairement aux riz de moindre qualité sur lequel il y a un contrôle du gouvernement. Je ne peux donc pas acheter directement des fermiers et je subis les lois du marché. Mais je peux vous dire que cette année, en raison du prix élevé, beaucoup de fermiers ont choisi de planter le basmati. L'offre doit donc être plus conséquente pour la prochaine récolte en octobre. Je crois que les Mauriciens ne doivent pas s'inquiéter. Votre approvisionnement est garanti, y compris en riz «ration». Malgré l'interdiction d'exporter, le gouvernement indien a fait une exception pour Maurice.
Maurice a tendance à se tourner vers Madagascar pour sa production de riz. D'aucuns se souviennent du temps où Maurice importait un riz de luxe de Madagascar, le riz «Perles de Madagascar» n'est aujourd'hui qu'un lointain souvenir, car Madagascar doit importer du riz pour satisfaire sa consommation.
Ce pays pourra-t-il produire pour Maurice ? Oui disent les experts, dont Cyril Monty de la Chambre d'Agriculture.
Cependant des investissements conséquents sont nécessaires pour exploiter les milliers et milliers d'hectares qui pourront être mis sous culture de riz. Des routes,des facilités d'irrigation et de stockage font cruellement défaut.
Quoi qu'il en soit, les Malgaches ont une connaissance ancestrale en riziculture et n'ont jamais cessé de produire, bien souvent dans une agriculture de substance, le riz qui est le principal aliment des Malgaches. Le riz est cultivé un peu partout à Madagascar (photo), y compris à Tananarive. On estime à environ 40 % la superficie des terres placée sous culture de riz dans ce pays qui doit malgré tout importer pour sa consommation. Les derniers chiffres disponibles indiquent qu'en 2003, 63 % des ménages malgaches ont cultivé le riz. En milieu rural, 73 % des ménages sont des riziculteurs.
En 2003, la production de paddy est de 2 800 000 tonnes, soit une hausse de 7,06 % par rapport à 2002 grâce notamment à des conditions climatiques favorables, à l'augmentation des superficies cultivées et aux impacts des programmes et actions entreprises par le gouvernement à l'augmentation des superficies cultivées et aux impacts des programmes et actions entreprises par le gouvernement dont le Programme d'action pour le développement rural (PADR), les divers projets de développement, le développement de la recherche, la facilitation de l'accès au crédit, l'opération engrais, l'opération petits matériels agricoles, les mesures d'exemption fiscale au matériel et équipement agricole.
Toutefois, le développement de la filière riz est entravé par des problèmes de production et de commercialisation en l'occurrence des conditions climatiques défavorables (dépressions ou cyclones tropicaux et amplitude de variation des pluies), l'enclavement de certaines zones de production, un prix au producteur peu incitatif, l'état défaillant des réseaux d?irrigation, une mauvaise maîtrise de l?eau, un faible taux d?équipement, une faible utilisation d'intrants, une faible application d?itinéraires techniques améliorés, des coûts élevés de main-d??uvre, la rareté et cherté du crédit et l'insécurité foncière.
Néanmoins, la production de paddy est passé de 1,2 million de tonnes en 1960, (alors que la population malgache était de 5,5 millions d'âmes), à 2,8 millions de tonnes en 2003 alors que la population se montait à plus de 16 millions de personnes.
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