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Nouvelle augmentation du ticket de bus : subir et médire
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Nouvelle augmentation du ticket de bus : subir et médire
Le simple fait de prononcer le mot «augmentation», équivalait à allumer le feu sous une marmite à pression. Impossible d?aborder la question d?augmentation ? de Rs 2 à Rs 5 ? du ticket d?autobus, sans qu?inévitablement, le passager n?en vienne à déplorer que «tou pe monte, lalimyer, dile, taler diri pa kone ki pou fer...»
A tous les coups, c?est la litanie. Sauf peut-être pour Linda, une retraitée. Paisiblement, elle mâchouille sa paire de dholl puri. C?est qu?elle a tout son temps. Là, à la gare Victoria. Du côté de l?arrêt, direction Albion. Elle va voir ses «ti zanfan». Juste avant, Linda a posé son cabas entre ses pieds pour apaiser le petit creux qui la tiraille.
Autour d?elle, on s?agite. On s?indigne. Sur le même banc, Naseem Dhooky patiente. Impatiente de voir revenir son mari, parti livrer des samoussas faits maison. C?est leur gagne- pain à tous les deux, habitants de Forest-Side. Leurs livraisons, ils les font par bus uniquement. Le matin même, ils ont vu leur ticket de Port-Louis à Curepipe passer de Rs 21 à Rs 26. Par jour, cela fait Rs 52, donc Rs 104 pour un couple. Si de Curepipe à Forest-Side, ils prennent une autre navette, cela alourdira le budget, alors Nasseem, elle, préfère patienter un peu plus à la gare pour attraper un bus qui passe par La Brasserie. Ce qui lui évite de payer un deuxième ticket d?autobus.
«Tou dimoun pou bizin mont bisiclet»</B>
Un peu plus loin, Raj Ramlagun, son uniforme de garde de sécurité sur les épaules, attend. Ses trajets seront remboursés, ce n?est pas là le problème. Son grief à lui c?est qu?il lui faudra patienter jusqu?à la fin du mois pour voir reporter l?augmentation sur sa fiche de paie. En attendant, il doit payer de sa poche. Et c?est dur. Sans paraître exagérer, il prévoit déjà qu?il lui faudra, «manz impe moins laviann sa moi la». Exemple extrême ? Démagogie ? A chacun l?ampleur de ses problèmes.
Marie Christine Christophe, habitante de Dagotière, est intarissable quand il s?agit des siens. Femme au foyer, elle a profité de ce premier lundi de mai pour «desann Port-Louis, aste bisiklet pou mo tifi ki finn gagn dezan». Ce qui doit être une fête, une sortie en famille, devient vite sujet de grincement de dents, dès que nous abordons le sujet du ticket d?autobus.
Avant l?augmentation d?hier, elle payait Rs 19 de son village à la capitale. Depuis hier, c?est passé à Rs 24. Donc pour trois adultes ? son mari, sa fille aînée et elle-même ? cela fait Rs 144 aller-retour. Sans compter le taxi train de Dagotière à Verdun, qui coûte Rs 8 par personne. «Ki sann la ki pou ranbours moi ? Mo enn fam o foye.»
L?enchaînement est tout trouvé. «Mo kroir tou dimoun ale ale, pou bizin mont bisiklet.» Elle rit. Jaune. Son mari, qui se mêle alors à la conversation, a les yeux méchants. «Koze pa servi narien, plaigne pa servi narien. Depi gramatin mem tou dimoun ti bizin pa al travay, lerla kitfoi nou ti kapav koze. La, nou pe perdi letan.»
<B>Climatiseurs eteints</B>
Rafina Allybaccus, elle, ne rate pas la moindre occasion. D?allécher le client. Marchande ambulante à la gare Victoria, cette habitante de Vallée-Pitot n?en finit pas de vouer aux gémonies son ticket d?autobus qui est passé de Rs 10 à Rs 14. Au milieu des bouteilles de parfum à bon marché, des sandales, des collants, des mouchoirs et des épingles de nourrice, elle détaille son budget : location, Rs 3 000, eau et électricité, Rs 1,000, trois enfants à charge, pas de mari. «Ena zour, mo pa mem fer baptem», insiste-t-elle.
Du côté de la ligne Blue Line, même mécontentement. Juste un peu plus feutré. A peine tempéré par la climatisation. Le bus est à l?arrêt ? climatiseurs éteints. Les passagers qui s?éventent avec le journal disponible à bord. N?y tenant plus, un passager lance : «Alim klimatizer, nou pe paye pou sa, taler pou pran plis kass ar nou.» A plusieurs reprises, le receveur devra dire, «Rs 29 aster». Le passager compte et recompte la monnaie. Demande des précisions. Réponse d?un receveur : «Blue Line, li a par, bis ordine mont par RS 5, ici Rs 7.» Haussement de sourcils, d?épaules. Enfin...
Mais Ranjita Seechurn ne changera pas ses habitudes pour autant. C?est qu?elle préfère le confort de cette ligne, «bis la pli prop, kan ou ariv biro ou ankor fre». Elle le sait. Tout a un prix. Alors, elle paiera.
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