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Le mur du son
Il y a des hommes dont les souvenirs sont comme des livres. On prend plaisir à tourner les pages. Ces souvenirs, comme des chapitres, nous transportent dans des aventures palpitantes. Raouf Chuttun est ce genre d?homme dont les mémoires font office à la fois de trésor et d?héritage pour ceux qui veulent bien y prêter l?oreille.
Raouf Chuttun n?est pas un technicien du son comme les autres. Avec 41 ans de carrière à son actif, l?homme observe l?évolution des technologies liées au monde de la sonorisation. Il a pris du recul. Mais sa passion reste intacte. Il continue à faire des petits boulots ici et là.
Le premier chapitre de son histoire nous transporte à Rose-Hill dans les années 60. La vie tourne autour des cinémas et des petites sorties entre amis. Et, comme tous les jeunes de l?époque, Raouf Chuttun ne sait pas dire non à un bon ciné et aux déambulations dans les rues des Villes-Soeurs. C?est notamment une de ces petites marches sans but précis qui l?amène en 1964 aux abords du restaurant chic de l?époque, le Magic Lantern, qui a été par la suite transformé en une galerie marchande.
<B>Coup de foudre</B>
«J?ai entendu de la musique et j?ai voulu entrer pour voir qui jouait,» raconte Raouf Chuttun. «C?est le Magic Quintet,» lui lance un habitué des lieux. Notre interlocuteur n?avait jamais entendu parler de ce groupe mais, il est aussitôt tombé amoureux de leur musique et de la musique en général.
Curieux de nature, il décide de mener sa petite enquête. «On m?a dit qu?il y avait un dénommé Gérard Cimiotti qui faisait partie de ce groupe. Je suis parti le voir et je suis tombé amoureux de tous les équipements qu?il possédait,» raconte-t-il. Ce coup de foudre sonne aussi le début d?une belle et longue amitié entre les deux hommes. Une complicité qui dure toujours.
Dès lors, Raouf Chuttun commence à s?intéresser au monde de la sonorisation. L?apprentissage est rude, mais le désir de réussir est là. Il achète ses premiers équipements et se jette à l?eau. «Au début, on ne me sollicitait que pour des mariages. On appelait ça ?met gramophone?, et c?était des contrats de deux à trois jours,» raconte Raouf Chuttun.
Las de ces petits contrats saisonniers, il commence à travailler avec les professionnels de la sonorisation d?alors. Une collaboration qui lui a permis de faire 42 fois le trajet Maurice/île de la Réunion pour divers concerts.
Dans les années 70, Raouf Chuttun se lance dans la sonorisation des meetings politiques. Ils sont nombreux, les grands messieurs de la politique d?antan, à solliciter l?aide de Raouf Chuttun pour les rassemblements du 1er mai ou autres élections. Ces petits boulots pour les politiciens lui permettent de rencontrer Sir Gaëtan Duval avec qui il se lie d?amitié.
<B>Pouvoir d?adaptation</B>
«C?était un grand homme qui était toujours là pour ses amis. A une époque je ne travaillais que pour lui et cela me suffisait amplement.
Je me souviens d?un de ses anniversaires au Club Med.
Il m?avait demandé d?assurer la sonorisation pour un concert avec Enrico Macias, Carlos et Chantal Goya,» se souvient-il.
«Je me rappelle aussi de l?époque où huit gros baffles suffisaient à sonoriser le stade de Rose-Hill et d?autres grands événements,» ajoute-t-il avec humour.
Depuis les années 60 et son gramophone, Raouf Chuttun a fait son petit bonhomme de chemin. Il a travaillé sur beaucoup de grands concerts au cours de ces quarante dernières années. «La technologie a beaucoup évolué et on n?a pas eu d?autre choix que de s?adapter,» confie Raouf Chuttun.
Mais sa passion pour le son, le pousse à continuer son métier. Il n?est pas rare de le voir au Port-Louis Waterfront installant un système de sonorisation pour les chanteurs de passage. Et si vous allez lui parler, c?est sûr qu?il vous contera une belle histoire.
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