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Histoire timbrée
Apprendre l?Histoire. Sans livres. Vijay Kissoondoyal est un grand-père préoccupé. Comment transmettre le goût de l?histoire au petit dernier qui a quatre ans ? Il n?est jamais trop tôt pour bien faire.
Alors, quand le petit est là, papi Vijay prend son temps. Un à un, il étale sa collection de timbres ? environ 200 pièces ? sur son lit «ou soi amba mem». Il attire le petit sur ses genoux et ensemble, ils s?émerveillent sur les couleurs, les formes et les symboles qui ornent les timbres de Maurice. «Je crois que nos timbres sont plus gais, plus colorés que ceux de nombreux autres pays.» C?est le patriote qui parle.
Ce retraité du ministère de la Jeunesse et des Sports, qui a pris la peine ce matin, d?aller au musée de la poste. «Kot ete sa ?» Essayez autour de vous. Vous serez étonnés de constater combien de ceux qui traversent la capitale chaque jour, n?ont aucune idée de l?emplacement du musée de la poste.
Notre philatéliste est venu acheter l?émission du premier jour, sortie pour les 40 ans de l?indépendance. Iswarnath Govind, le préposé au musée de la poste, lui présente une enveloppe avec dans le coin à droite, une photo de la poignée de main entre Seewoosagur Ramgoolam et sir John Shaw Rennie. Dans le coin opposé, le timbre à l?effigie du dodo. Iswarnath Govind précise : «C?est un timbre qui est sorti l?année dernière. Il n?y a pas eu de timbre spécial pour le 40e anniversaire». En philatélie, les prescriptions sont strictes. Les émissions spéciales célèbrent les cinq ans, dix ans, 25 ans, 50 ans, 75 ans? Vijay Kissoondoyal anticipe déjà.
«On ne peut pas comprendre ce plaisir de les voir ; ce plaisir de feuilleter des albums comme si c?était des livres d?images. Et par-dessus tout, le plaisir de léguer quelque chose de valeur.»</I>
D?ailleurs, quand on lui demande pourquoi il collectionne des timbres, il est un peu surpris. Il vous regarde droit dans les yeux et vous retourne la question : «Ou pa kolektioner ou ?» ce qui visiblement explique tout. Explique qu?on ne peut pas comprendre «ce plaisir de les voir». Ce plaisir de feuilleter des albums comme si c?était des livres d?images. Et par-dessus tout, le plaisir de «léguer quelque chose de valeur». Parce qu?entre nous, la descendance de Vijay Kissoondoyal, «li pa ankor kompran so valer», nous confie le grand-père.
Louis Laurenty, lui, a compris depuis longtemps. Au point où sa collection est conservée dans une banque. Une mesure «nécessaire», selon lui. Ce Belge marié à une Mauricienne est venu demander ? comme beaucoup de visiteurs ce jour-là au musée ? l?édition spéciale indépendance.
Au détour des timbres, Louis Laurenty nous racontera une histoire extraordinaire. Chez lui, c?est Comblain-au-pont, près de Liège. Ce collectionneur de timbres anciens et oblitérés est un jeune homme à la Seconde Guerre mondiale. «Chez moi, c?était une grande maison ; on a accueilli 44 soldats américains.» Louis est d?autant plus content de les héberger que ces soldats lui donneront des timbres. Mais voilà, au moment de les ranger dans ses albums ? déjà garnis de la collection héritée de sa grand-mère ? c?est la stupeur. Les albums sont là. Mais vides.
Dégoûté, Louis, un horticulteur, abandonnera la collection. Pour recommencer «presque à zéro», des années plus tard, vers 1955. Depuis, «ma collection de timbres du grand-duché du Luxembourg est complète, celles de la Belgique et de la France sont en bonne voie.» Pour Maurice ? «Il m?en manque 67», dit Louis avec une précision mathématique. Quand il signera le livre des visiteurs, il écrira d?ailleurs que c?est sa seizième visite. C?est avec la même régularité que Shareef Doumun «interese avek tou seki koz lor Moris». Ce qui explique pourquoi il a quitté son «ti bizness» toutes affaires cessantes pour chasser le timbre spécial.
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