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Henri Loo, l?architecte d?un musée filial

17 février 2008, 00:00

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Les Mauriciens, comptant au moins un demi-siècle au compteur, n?y apprendront peut-être pas grand-chose, mais y retrouveront avec délectation la boutique sinois de leur enfance et toutes les traditions ancestrales. Mieux encore, ils pourront, grâce au Musée des Traditions chinoises à Maurice, mis sur pied par l?architecte Henri Loo et par le Chinese Heritage Centre, mieux la situer dans un contexte historique et sociologique et la relier au concept de l?Empire céleste un et indivisible.

Notre civilisation de supermarchés et de grandes surfaces tue graduellement la boutique sinois de notre enfance, au service d?un village ou d?un quartier urbain.

Cette boutique sinois est le symbole même d?une économie au ras des pâquerettes, mais indispensable, vitale, salutaire même, où le boutiquier sert à la fois de banquier, de financier, d?intermédiaire, d?assistante sociale. Il achète les produits d?artisanat de ses clients et les met en vente dans sa boutique et chez ses associés à Port-Louis.

Il calme la soif (d?alcool) du père de famille et la faim de sa conjointe et de sa progéniture. Il fait parfois office de médecin et de pharmacien. Sa boutique sert d?arbre à palabre. Elle est ouverte 24 heures sur 24, l?imposte à l?arrière suppléant à la fermeture officielle de la devanture.

C?est tout cela que fait revivre agréablement le musée chinois d?Henri Loo et du centre patrimonial chinois. Il se situe dans l?enceinte de la pagode Fock Diack, à l?angle des rues Rémy-Ollier et Emmanuel-Anquetil. Ambiance garantie. Mélange harmonieux de pénombre et de zones illuminées par deux siècles de traditions chinoises, implantées sur le sol mauricien, pour se mettre au service de la population mauricienne, de la fraternité mauricienne.

D?entrée, le visiteur plonge dans l?histoire multimillénaire de la civilisation chinoise, des premiers cultivateurs de riz, regroupés, vers 5 000 ans avant Jésus Christ, sur les bords du fleuve Yang Tze jusqu?aux Jeux Olympiques de Pékin, en passant par les premières dynasties, le royaume céleste et les Etats vassaux, l?invasion mongole de Genghis Khan, la dynastie Ming, mettant fin à cette dernière, les Mandchous, la révolution de Sun Yat Sen et son héritage que se disputent Tchang Kai Shek et Mao Tse Tung, la Longue Marche de ce dernier, leur combat commun contre le cruel envahisseur japonais, la révolution victorieuse de Mao et le retranchement de Chan Kai Shek à Formose.

Touchante histoire de l?immigration chinoise

Suit plus loin, le mystère des patronymes chinois, tributaires d?un nombre limité de clans, mais dont les membres se comptent par dizaines de millions. Plus loin encore, la touchante histoire de l?immigration chinoise à Maurice. Elle commence et échoue avec les Hollandais qui traitent en esclaves ces premiers immigrants chinois. Pas plus de succès avec les Français. Arrive Farquhar qui les accueille à bras ouverts, mais leur impose un capitanat garant de leur bonne conduite. Capitanat confié à la Chambre de Commerce chinoise, au début du 20e siècle.

Le visiteur va d?émotion à émotion : des photos d?archives, un vieux vélo, le traditionnel bambou supportant les deux paniers, les huit pagodes portlouisiennes, les caractères d?imprimerie chinois, les collections de journaux d?expression chinoise, les fêtes chinoises et leur signification, la cuisine traditionnelle chinoise, la boutique sinois avec ses cornets en papier, ses morceaux de poisson salé à un sou pièce, ses bouliers, sa topette de rhum, ses balances à chaînes, etc.

Une réussite à tous points de vue. Une visite instructive, inoubliable qui s?achève en pèlerinage. Un musée se voulant un acte de foi, un geste de gratitude filiale. Un modèle à suivre. Une source d?inspiration.

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