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La partie est ouverte

16 février 2008, 00:00

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<B>Par Nazim ESOOF</B>

Il avance d?un pas dans sa critique. Il recule de deux pour ne pas provoquer l?ire de son Premier ministre. Rama Sithanen compose donc. Il fait dans le compromis. Il n?a pas tellement d?autres choix. Un nouvel épisode d?une démission soumise et puis reprise le confirmerait dans le burlesque. Il ne peut prendre ce risque. Il demeure qu?aujourd?hui le ministre de Finances n?a pas pleinement les moyens de ses ambitions. Cela doit être rageant pour un homme qui se signale surtout par sa conviction de détenir la solution à de nombreuses apories économiques.

D?un côté, il soutient réussir ses paris, notamment en faisant passer au vert certains indicateurs économiques. De l?autre, il fulmine contre le fait qu?on ne lui laisse pas mettre en place sa politique de ciblage. Tout cela ne relève pas d?un épiphénomène. Sûrement pas à quelques mois de la présentation du prochain budget. Cela pourrait bien faire partie d?une stratégie de gestion de l?opinion publique en cette période de préparatifs budgétaires. Il doit pouvoir convaincre que la situation s?améliore et que les difficultés qui demeurent sont surmontables. Parallèlement, si les gens ne se sentent pas mieux, ce n?est pas de sa faute mais de ceux qui sont hypocrites et qui font preuve d?un manque de «courage politique». Rama Sithanen joue avec le feu. Parce que les chiffres ne sont pas les seules considérations de Navin Ramgoolam.

Il l?a clairement démontré cette semaine à l?ouverture d?un bureau de la Banque mondiale. Il a en effet plaidé pour que les bénéfices économiques puissent se faire sentir positivement sur le plan social. Le Premier ministre sait que les statistiques que claironne son ministre des Finances ne suffisent pas à alléger la douleur d?une grosse majorité de la population qui vit dans l?endettement et qui a vu son pouvoir d?achat chuter drastiquement.

Au chapitre politique également, Navin Ramgoolam dispose de suffisamment d?arguments pour ne pas se montrer aveugle à la signature Sithanen. Le Premier ministre ne peut en toute légitimité accorder de blanc-seing à son ministre des Finances. Ce serait suicidaire pour lui de se mettre à dos des ministres qui ne sont pas sur la même longueur d?onde que le grand argentier. Et comme celui-ci ne peut faire preuve de la même sollicitude que ceux qui jouent de la susceptibilité du Premier ministre à même le poil de la flagornerie, il a une opposition qu?il dédaigne mais dont il ne peut faire abstraction.

Quant au Premier ministre, il sait fort bien qu?il se doit de jouer des oppositions des subalternes pour asseoir son pouvoir. Et il le fait si bien. Chacun aujourd?hui se dispute une proximité particulière avec lui. C?est toujours bon de prétendre une complicité avec le prince ! Mais le souverain n?a aucun intérêt à donner à voir que Nita Deerpalsing est sa préférée à la place de Sithanen. C?est une question d?ego. C?est toujours celui dont l?ego se conjugue davantage au moi qui aura le dernier mot. A ce niveau, ni une Deerpalsing ni un Sithanen ne peut rivaliser avec un Navin Ramgoolam.

La politique, c?est comme une partie de bonneteau. C?est celui qui a l??il fureteur qui gagne. A ce jeu-là, le ministre des Finances a peu de chances de s?imposer, tant son côté impulsif risque de se retourner contre lui.

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