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Un Mauricien au soleil de l?eldorado mauricien

15 janvier 2008, 00:00

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Pendant des années, il galère dans les rues blafardes des villes françaises et belges, s?attendant à tout moment à être repéré et arrêté par des policiers chasseurs de sans-papiers, qu?ils embarquent de force dans des avions-négriers, reconduisant des travailleurs immigrés illégaux dans leurs pays d?origine où les attendent la honte et l?infamie de l?échec, de devoir expliquer à de moins aventureux goguenards les raisons de leur insuccès.

Il n?oublie rien de ce travail au noir, auquel il s?est soumis des années durant, de ces tâches taches car parfois inavouables, de ces journées et de ces nuits passées à se demander comment survivre, dans un monde si cruel où l?homme est réduit parfois à connaître la déchéance totale, alors qu?à côté une société de consommation et de jouissance étale complaisamment son opulence. Victor Siao Him Fa réussit pourtant l?exploit de passer graduellement d?un monde de totale détresse et d?insécurité tous azimuts à cette Jet Society où l?on prend l?avion pour passer d?un continent à un autre, comme d?autres prennent l?autobus pour passer d?une ville à une autre, d?un village à un autre. De retour à Maurice, après des années de vaches maigres et de vaches grasses, il raconte ses mésaventures comme sa bonne fortune, à ses amis auxquels il demeure intensément fidèle, dans le bien-être comme dans l?adversité.

En janvier 1983, il est en vacances à Maurice. Il a 34 ans. Il raconte à l?express ses exploits passés et présents. Les plonges incessantes dans un restaurant d?Anvers. Les francs belges amassés, sou par sou, un par un jusqu?à pouvoir acheter un billet d?avion pour le Brésil, la patrie d?Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé. Dame Chance commence, non pas à lui sourire, mais à le prendre en pitié. L?usine Braspedras, traitant les pierres précieuses comme l?émeraude et l?améthyste, l?emploie comme surveillant. Il possède une certaine expérience en la matière. A Maurice, il a été, entre autres emplois de fortune, tailleur de diamant à LSP Diamond Cutting Factory. Six mois après son embauche, il s?enhardit à donner un conseil à son patron, un immigré chinois originaire de Shanghai. Il lui suggère de remplacer le polissage des pierres précieuses par celui du diamant. La suggestion plaît au patron. Il lui donne carte blanche pour mener à bien son projet.

Il quitte Sao Paulo où se trouve l?entreprise Braspedras pour Diamentina, région montagneuse du nord-est du Brésil, réputée dans le monde entier pour ses diamants bruts. Le surveillant devient homme d?affaires. Il acquiert, le 21 avril 1976, pour le compte de son patron, la mine de diamant Empressa Acaiaea Emac, appartenant à des Américains, pour la somme d?un demi-million de dollars. Cette mine fonctionne depuis 1929. Il monte une usine de polissage de diamant qui devient une des plus importantes du Minas Gerais. Elle se situe parmi les premiers centres de production de diamant brut du Brésil. Le chiffre d?affaires monte en flèche. Reconnaissant, son patron lui accorde une participation de 30% dans le capital de l?entreprise. Il l?en nomme même directeur général. L?entreprise n?emploie pourtant que 90 employés dont 20 à l?usine et 70 mineurs.

La chance ne sourit qu?aux chanceux. Victor Siao Him Fa, Ah How pour les intimes, décroche un lot de Rs 4 millions aux pools du football au Brésil. Il se sent parfaitement intégré au mode de vie brésilien. Il épouse une ravissante Brésilienne en la personne de Maria Augusta Silveira. Elle lui donne trois enfants aussi charmants que leur mère. Ils sont Sheila, Ludmilla et Victor Hugo. En janvier 1983, ils ont respectivement 4 et 2 ans et deux mois.

La fortune sourit à présent à Victor Siao Him Fa mais sans lui faire perdre la tête. Il ne renie pas son pays natal ni ses parents et amis pour autant. Il revient les visiter et voir aussi souvent qu?il le peut. Il s?étonne que la vie puisse être plus chère à Maurice qu?à Diamantina où l?on peut, en 1983, se procurer une livre de viande pour cinq roupies doublement dévaluée. Il ne conseille toutefois à personne d?émigrer au Brésil où les lois anti-immigration illégales s?appliquent avec rigueur.

Question à mille euros : combien de nos chasseurs d?investisseurs ont tenté de se mettre en contact avec Victor Siao Him Fa depuis janvier 1983 ? Et dire que certains dénient à celui-ci le droit de vote, sous prétexte qu?un Mauricien de la diaspora ne saurait y avoir droit.

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