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Etats-Unis : le spectre de la récession se précise
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Etats-Unis : le spectre de la récession se précise
«Nous ne devons pas penser que la croissance va de soi» : c?est en ces termes, vendredi 4 janvier, que George W. Bush a réagi aux mauvais chiffres de l?emploi américain publiés plus tôt dans la journée. Avant de promettre de travailler avec les démocrates du Congrès à un plan de relance d?ici à la fin du mois dont il pourrait annoncer les principales mesures le 28 janvier, lors de son discours sur l?Etat de l?Union.
L?année 2007 s?est effectivement mal finie : seulement 18 000 emplois ont été créés aux Etats-Unis en décembre alors que les analystes misaient sur le chiffre pourtant modeste de 70 000. C?est le rythme de créations d?emplois le plus faible depuis août 2003 quand le pays sortait à peine de l?éclatement de la bulle Internet et entrait en guerre en Irak.
Dans ce contexte, le taux de chômage a grimpé de 4,7 % à 5 %, pour atteindre son niveau le plus élevé depuis novembre 2005, juste après le passage du cyclone Katrina. Sans les embauches du service public, qui a créé 31 000 emplois en décembre, et a donc plus que compensé les 13 000 destructions d?emplois dans le secteur privé, le solde aurait été négatif.
Les Bourses n?ont pas apprécié. Wall Street, tout comme les principales places financières européennes, ont vu leurs principaux indices chuter vendredi. Quant au billet vert, il a aussi encaissé le coup. L?euro est monté jusqu?à 1,4823 dollar vendredi ? à un plus haut depuis fin novembre 2007 ? dans la foulée de la publication des chiffres sur l?emploi. La perspective de voir la Réserve fédérale (Fed) baisser une nouvelle fois ses taux le 30 janvier ? après trois baisses depuis septembre ? pour soutenir l?économie n?a pas aidé la devise américaine.
Les effets de la crise des sub-primes ? du nom de ces crédits immobiliers hypothécaires accordés à des ménages précaires ? qui a débuté à l?été 2006 ne cessent de s?amplifier. Le détail des statistiques américaines publiées vendredi, l?atteste, c?est bien de là que viennent les soucis de l?économie. Mais, aujourd?hui, la crise initialement limitée aux secteurs immobilier et bancaire se propage au reste de l?économie. Jusqu?ici, l?emploi avait été préservé. Le fait qu?il flanche à son tour fait craindre un ralentissement de la consommation, le principal moteur de la croissance américaine puisqu?elle en représente près des deux tiers.
Il y a un an, le chômage affectait 4,4 % seulement de la population active. «Il a augmenté dans presque toutes les professions», a indiqué Philip Rones du Bureau des statistiques sur l?emploi. Et d?égrener les 236 000 emplois perdus dans le bâtiment depuis son pic d?août 2006, ou les 212 000 licenciements nets de l?industrie en 2007, en raison surtout des difficultés du secteur automobile... Au total, «l?économie a créé 111 000 emplois par mois en moyenne en 2007, contre 189 000 en 2006», a ajouté M. Rones. Les analystes jugent qu?il faut entre 110 000 et 140 000 embauches nettes chaque mois pour absorber la hausse de la population active et, donc, ne pas augmenter le taux de chômage.
Poussées inflationnistes</B>
Hausse du chômage, flambée des prix du pétrole dont le baril a atteint les 100 dollars cette semaine, crise immobilière, ralentissement industriel comme en atteste le dernier indice des directeurs d?achats paru mercredi 2 janvier, poussées inflationnistes... Alors que la campagne pour les élections primaires est entrée dans sa phase active, les problématiques économiques devraient en être un des principaux enjeux.
Les économistes sont aujourd?hui de plus en plus nombreux à penser que les Etats-Unis n?échapperont pas à un très brutal ralentissement, voire à une récession. La croissance américaine, qui s?était maintenue sur un rythme annuel de quelque 5 % au printemps et à l?été, semble, aujourd?hui, sur le point de caler.
«Il va sans dire que ces chiffres sont très mauvais. Après ça, même les plus optimistes, qui soutenaient l?hypothèse d?un simple ralentissement de l?économie, voient leurs certitudes remises en cause», a déclaré à l?AFP Al Goldman, analyste chez A. G. Edwards. «Les investisseurs sont de plus en plus nombreux à penser que la croissance américaine va se situer en territoire négatif cette année», a, pour sa part, souligné René Defossez, de chez Natixis. Pour Mark Zandi, chef économiste chez Moody?s Economy.com, «l?économie américaine est au bord de la récession».
<B>Virginie Malingre © Le Monde 2007
Chiffres</B>
Emploi. En décembre 2007, les Etats-Unis ont créé 18 000 emplois. Le secteur de la construction, particulièrement affecté par la crise des «sub-primes», a été le plus touché avec 49 000 licenciements nets. L?industrie a détruit 31 000 emplois malgré un dollar faible et des exportations en hausse. Et dans les services, le commerce de détail en a supprimé 24 000 malgré la saison des fêtes.
Rémunérations. Le salaire horaire a augmenté aux Etats-Unis de 0,4 % en décembre 2007 (+ 3,7 % en un an contre 4,3 % en 2006).
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