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Accroître la visibilité du COMESA

7 janvier 2008, 20:00

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Ce qui pourrait passer pour un soupçon d?arrogance chez ce professionnel de 27 ans est en fait une grande assurance en ses capacités. Attitude résultant de sa réussite dans quasiment tout ce qu?il a entrepris jusqu?ici.

Senvy Maistry, fils cadet de Rajen, manager du département d?Industrial Estate à la Banque de Développement de Maurice et de Saroj, Chief Investigator à l?Independent Commission against Corruption, est le pur produit de l?éducation privée. C?est au Bocage International School qu?il effectue sa scolarité secondaire. D?un naturel franc, il explique que son actuelle passion pour l?économie et le monde des affaires, était au départ motivée par un désir d?impressionner son entourage, de paraître dans le coup. «Cela faisait bien de dire qu?on étudiait le business.» Au fur et à mesure qu?il découvre ces matières, il les apprécie. Son enseignant d?économie est si impressionné par sa dissertation de fin d?études portant sur la contribution de la Small and Medium Industries Development Organisation dans la progression des petites et moyennes entreprises à Maurice, qu?il a décidé de la faire publier dans les pages économiques de l?express.

Voulant approfondir ses connaissances en économie et business, Senvy s?en va étudier l?International Business Studies et tourisme à l?université de West of England à Bristol. Il choisit cette ville pour plusieurs raisons : le coût de la vie est inférieur à celui de Londres. La capitale britannique est trop cosmopolite à son goût alors que lui veut faire une immersion dans la culture anglophone. «Bristol est une ville estudiantine et bien qu?elle soit petite, elle est le berceau de films d?animation tels que Wallace et Gromitt, de même que celui de la musique électronique. La British Broadcasting Corporation y a aussi une antenne. Bristol est le centre sud-ouest.»

Dans le programme d?études du Bachelor of Arts en International Business Studies et tourisme, les étudiants sont envoyés pour un an en France, plus particulièrement à l?Ecole supérieure de commerce d?Amiens-Picardie avec qui l?université de West of England a des accords. Senvy se retrouve donc à Amiens et peut comparer ces deux types de formations. «Le système anglais est beaucoup plus rigoureux. Autant en Grande-Bretagne, l?apprentissage est basé sur les présentations et les déplacements, autant en France, on mise beaucoup sur l?image projetée, l?apparence, la tchatche et le networking. Par exemple, dans le programme d?études, il faut entre autres apprendre à jouer au rugby et à danser le tango car les Français partent du principe que les affaires ne se font pas qu?au bureau mais également lors des fonctions sociales. Il faut donc être très à l?aise dans ces fonctions.»

Ce que Senvy apprécie aussi, ce sont les cours ayant trait à la communication interculturelle. «On nous a appris comment faire des affaires avec les personnes d?autres cultures. Il faut par exemple savoir que les cadeaux ont toute leur importance dans la culture chinoise alors que dans un contexte français, ce serait surtout le vin.»

Comme ses études ont aussi trait au tourisme, Senvy effectue un stage à l?Office du tourisme d?Amiens. Au final, il lui est demandé de faire une dissertation sur les moyens d?augmenter le nombre de touristes et d?étendre le séjour de ceux qui ne font que transiter dans cette ville française. Et pourtant, la ville dispose de quelques atouts, notamment la plus grande cathédrale gothique au monde ou encore la maison où a vécu l?écrivain Jules Verne. Senvy suggère donc dans sa composition que l?Office du tourisme d?Amiens propose des tours incluant la visite des cathédrales gothiques du nord de la France, les cimetières de guerre et la maison de Jules Verne. C?est avec un First Class Honours que Senvy obtient son BA.

A son retour à Maurice, il prospecte le secteur touristique. On lui propose surtout des emplois dans l?hospitalité alors que c?est dans la stratégie que se situe son intérêt. Il envoie des demandes à plusieurs entreprises et une firme de consultants le recrute pour des études de marché. Mais Senvy qui est un homme d?action, se lasse d?être derrière un bureau à analyser les chiffres. Il réalise que c?est dans la communication et la relation publique qu?il veut être. Pour cela, d?autres études supérieures ne seraient pas de trop, estime-t-il. Il décide de faire un Masters en Media Practice, cours nouveau, proposé entre autres par l?université de Sydney en Australie. Ses économies y passent. Une fois sur place, il découvre l?univers de la relation publique et celui de la transmission multimédia d?informations.

Il est également initié aux techniques de dissémination d?informations à travers plusieurs médiums : la presse écrite, la presse audiovisuelle, le Net. Il effectue aussi une analyse comparée d?articles touristiques publiés en Australie sur le Kenya, la Zambie, le Bostwana et des travaux académiques qui trouvent que l?image que projette la presse des pays développés sur ces pays en voie de développement est souvent négative.

«Les chercheurs trouvent que les médias de l?ancien monde appliquent des théories post coloniales au tourisme dans ces pays et des qualificatifs renforçantcette idée reviennent constamment dans les écrits : ?inchangé?, ?barbare?, ?effréné?, ?authentique?.Et c?est vrai que ces qualificatifs sont très présents. De quoi décourager les investisseurs potentiels de s?installer dans ces pays.»

Senvy fait aussi de l?analyse d?illustrations et note que les médias des pays développés tendent à montrer l?Africain sous un jour plutôt dévalorisant. «Les Africains sont généralement montrés comme serviteurs ou aide ou même utilisés pour planter le décor en arrière plan pendant qu?un présentateur européen est en gros plan.» Tout comme il a noté que les médias des pays en développement se concentrent surtout sur les actions des agences internationales dans les pays en voie de développement et font souvent l?impasse sur les réponses locales en première instance.

Son esprit critique ainsi aiguisé, il réussit sa maîtrise avec distinction et regagne Maurice. Et il recommence à envoyer des lettres d?application aux entreprises, y compris à la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) et à la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC). La MTPA réagit en premier et lui propose un emploi d?Events and Communication Officer. Il travaille sur le contenu de brochures et sur l?image de marque de Maurice. La MBC réagit deux mois plus tard et lui offre un package qui ne se refuse pas pour la création d?une nouvelle émission en anglais sur l?économie et les affaires. «Comme l?anglais et les affaires sont mes points forts, j?ai accepté.» C?est en janvier 2006 qu?il prend son poste à la MBC, étant au départ affecté au desk anglais. Ainsi que naît «Business Insight». Il finit par réaliser l?émission, coiffant non seulement le chapeau de journaliste mais aussi celui de réalisateur et ne se faisant aider que d?un technicien pour le montage. Ce qu?il apprécie, c?est de côtoyer des personnalités de haut calibre, dont de nombreux gurus du management qui l?ébahissent par leur humilité et leur simplicité. Senvy est aussi ravi d?aider à vulgariser le monde de l?économie et des affaires. «Business Insight» change de nom et devient «Business Watch».

«Ce sera tout aussi excitant d?aller dans des pays moins stables. Je suis sûr que ce sera deux ans de pur plaisir.»

Son aventure audiovisuelle se serait sans doute prolongée s?il n?avait vu un communiqué du Common Market for Eastern and southern Africa (COMESA) cherchant à recruter un expert en relations publiques. Senvy qui croit avoir le profil voulu pour ce poste et qui rêve de faire valoir ses mérites auprès d?une organisation internationale, fait une demande et prend deux jours de congé quand il faut aller passer l?entretien à Lusaka en Zambie. Il est choisi au final et a pour tâche de conseiller le manager des relations publiques, qui est un Rwandais, sur les moyens d?augmenter la visibilité du COMESA dans l?information internationale et par de multiples biais. «Le COMESA ne veut pas seulement renforcer ses relations avec les médias mais aussi développer ses relations multimédias. Cela signifiera créer un nouveau site Web et des forums de discussions sur le Net, réaliser nos propres images que nous donnerons aux stations de télévision, travailler avec People TV, network international qui réalise «Business Africa» et «Initiative Africa». En bref, il faudra être plus agressif dans le bon sens du terme, proactif. Cette instance comprend 20 pays membres et a toute son importance dans la région. Il faut accroître sa visibilité dans les médias internationaux.»

Senvy, qui a pris un congé sans solde de deux ans auprès de la MBC, est tout excité à l?idée d?assumer ses nouvelles responsabilités et ce, dès le 14 janvier. «Je suis jeune, sans attaches sentimentales et c?est un défi à relever.» Si la Zambie est stable, d?autres pays du COMESA dans lesquels il sera appelé à voyager, le sont moins. Senvy est décidé à ne voir que le côté positif des choses. «Ce sera tout aussi excitant d?aller dans des pays moins stables. Je suis sûr que ce sera deux ans de pur plaisir.» C?est tout le mal que nous pouvons lui souhaiter?

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