Publicité

«Sakifo 2026»

Missty : «À La Réunion, on dit qu’il y a trop de badinages dans le séga. Notre musique peut aller encore plus loin»

7 juin 2026, 18:30

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Figure incontournable du séga réunionnais, Missty, de son beau nom Karen, est l’une des artistes attendues de cette édition du Sakifo 2026. Pour sa toute première participation au célèbre festival réunionnais, la chanteuse a accordé un entretien à l’express.

Entre attachement aux racines, modernisation du séga, transmission culturelle et engagement contre les violences faites aux femmes, l’artiste livre une réflexion profonde sur la musique qui l’anime depuis plus de 14 ans. Pour Missty, cette première scène au Sakifo est l’aboutissement d’un long travail. «C’est mon premier Sakifo*. Cela se prépare sur plusieurs semaines, voire un ou deux mois de répétitions avec les musiciens et les danseurs. Il faut construire une histoire, un spectacle et choisir les chansons adaptées au festival*.»

Très appréciée à Maurice, où plusieurs de ses titres sont connus du public, la chanteuse rappelle également les liens étroits qui unissent les artistes des deux îles. «Je travaille beaucoup avec l’île Maurice sur mes chansons. Les deux îles sont très attachées. Nous partageons le même amour pour notre culture et notre musique

Depuis ses débuts, Missty s’est illustrée par sa capacité à faire évoluer son univers musical tout en restant profondément ancrée dans le séga. «J’ai essayé plusieurs styles de musique, mais je reviens toujours à la source : le séga, le séga piqué, le séga moderne. On avance avec le temps et on essaie de moderniser pour toucher toutes les générations

Aujourd’hui, l’artiste affirme être davantage tournée vers la transmission. Curieuse de l’histoire des musiques de l’océan Indien, elle cherche désormais à rapprocher le séga et le maloya afin de sensibiliser les plus jeunes à leur patrimoine culturel. «J’ai envie que la nouvelle génération se dise qu’à La Réunion, nous avons une très belle musique qui nous appartient. J’essaie de la moderniser pour les attirer vers cette richesse culturelle

«Un bon séga doit raconter une vraie histoire»

Interrogée sur l’évolution du séga et sur ce qui fait, selon elle, une bonne chanson, Missty ne mâche pas ses mots. «Il faut un bon texte. Il faut une vraie histoire. À La Réunion et à Maurice, nous connaissons cela. Il faut de la crédibilité, du vécu.» Et l’artiste lance alors une réflexion qui fera sans doute réagir les amateurs du genre : «Des fois, la musique est belle, mais si l’histoire n’a pas de sens. À La Réunion, on dit qu’il y a trop de badinages dans le séga. Pourtant, notre musique peut aller beaucoup plus loin.»

Pour elle, la qualité d’un séga repose sur l’équilibre entre des paroles porteuses de sens et une musique capable de faire danser. Au-delà de l’ambiance festive, Missty revendique également un rôle social à travers ses chansons. L’artiste s’est notamment engagée ces dernières années contre les violences faites aux femmes. «Je suis d’abord une femme et une mère de famille. Je m’engage à porter la voix de toutes ces femmes qui luttent dans leur foyer, contre les violences, les discriminations ou encore les agressions

Ses textes abordent également des sujets de société comme la vie chère ou les difficultés du quotidien. «J’ai envie d’apporter du bien au public qui m’écoute, de rappeler que tout le monde a le droit d’exister et que chacun a une mission sur cette terre

Pour Missty, cette invitation au Sakifo représente avant tout une marque de confiance du public réunionnais qui la suit depuis plus d’une décennie. «C’est parce que La Réunion m’a portée pendant ces 14 années que ma musique peut aujourd’hui entrer dans les grands festivals. Je remercie cet événement de me donner cette chance.»

Et pour les nombreux admirateurs mauriciens qui espèrent la revoir bientôt sur scène, la chanteuse conclut avec affection : «J’embrasse l’île Maurice entière. Merci pour le respect que vous portez à la musique locale de chez vous et de chez nous. J’espère revenir très bientôt

À travers sa première participation au Sakifo, Missty confirme qu’elle demeure l’une des voix majeures du séga réunionnais : une artiste attachée à ses racines, tournée vers la transmission et convaincue que la musique peut aussi être un puissant vecteur de changement social.

Publicité