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Debriefing post-budgétaire
Nouvel horizon économique : IA, durabilité et autonomisation des jeunes
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Debriefing post-budgétaire
Nouvel horizon économique : IA, durabilité et autonomisation des jeunes
Des étudiants et de jeunes professionnels ont écouté les «junior ministers» Dhaneshwar Damry et Fabrice David commenter le Budget hier à Ébène. (Photos : © Dev Ramkhelawon)
Une séance de débriefing interactive post-budgétaire, réunissant les junior ministers Dhaneshwar Damry et Fabrice David, le député Kaviraj Rookny, des étudiants et de jeunes professionnels, s’est tenue au SABV Tower d’Ébène hier. Pendant plus de deux heures, les discussions ont porté sur les mesures budgétaires relatives à la grande orientation économique choisie par le gouvernement, l’intelligence artificielle (IA), l’avenir des jeunes professionnels dans une économie en mutation, la fintech, la place des femmes dans le monde du travail, la sécurité alimentaire et les petites et moyennes entreprises.
Le junior minister aux Finances Dhaneshwar Damry a débuté les discussions en décrivant les grandes lignes du Budget 2026-2027 présenté par le Premier ministre et ministre des Finances le 19 juin. Selon lui, notre économie est dans la «bonne direction» car notre déficit budgétaire «pe sorti 6 % pe vinn 3,7 %». Dans le même élan, notre recurrent balance (la différence entre les recettes courantes de l’État telles que les impôts et ses dépenses courantes telles que les salaires et les frais de fonctionnement) «li pe sorti negatif li pe vinn pozitif».
De son côté, Fabrice David, junior minister à l’Économie bleue et à la pêche, a salué le Budget présenté par le Premier ministre, qui selon lui, s’oriente vers l’avenir et «vise à encourager de nouveaux secteurs, métiers et technologies, pour renforcer la croissance de la République de Maurice». Il rappelle que depuis les années 60, l’économie mauricienne a connu plusieurs phases de transformation et de diversification, débutant avec l’agriculture, le textile, puis le secteur du tourisme. «Plus récemment, nous avons évolué vers le secteur des services, notamment le secteur numérique, renforçant notre cyber société, qui est essentielle pour engager la jeunesse et améliorer sa qualité de vie.»
Abordant le sujet du vieillissement de la population, Fabrice David observe qu’actuellement, près de 550 000 Mauriciens sont en âge de travailler, mais face à une population vieillissante, le ratio entre la population active et celle à la retraite est inquiétant. «Ce déséquilibre entre le vieillissement et la diminution prévue de la population active pose un risque pour l’économie du pays. Le gouvernement travaille avec détermination pour faire face à ces enjeux futurs, en regardant les 30 prochaines années plutôt que les prochaines élections. Un chef d’État se doit de rassembler, alors qu’un chef de parti cherche à gagner les élections. L’accent doit être mis sur la réussite, car les générations futures détiennent un potentiel immense, apportant des opportunités dans divers secteurs économiques.»
Pour Fabrice David, l’avenir de Maurice sera bâti sur des secteurs comme l’intelligence artificielle, la fintech, les énergies renouvelables, l’économie verte et bleue. «Ces cinq secteurs représentent l’avenir et doivent guider votre formation et carrière professionnelle. Le gouvernement se concentrera sur ces domaines pour vous donner les outils nécessaires pour réussir.»
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Séance questions
Voitures hybrides et électriques
Plusieurs questions très pertinentes ont été adressées aux deux junior ministers. À une question de savoir pourquoi le gouvernement n’a pas abaissé les taxes sur les voitures hybrides et électriques, Dhaneshwar Damry a expliqué que les émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par le secteur des transports représentent 21,3 % des émissions à Maurice. Le gouvernement s’est engagé à réduire les GES, mais cette ambition se heurte à des défis considérables. Un des points soulevés est que même avec l’avènement des moteurs électriques, le réseau électrique de Maurice repose encore à 80 % sur des énergies fossiles, ce qui complique les efforts de réduction des émissions. Cela signifie qu’utiliser une voiture électrique à Maurice n’entraîne pas nécessairement une réduction des émissions de GES par rapport à une voiture à moteur thermique, surtout si l’électricité provient de sources polluantes.
Le gouvernement essaie de diversifier ses sources d’énergie avec l’intention d’augmenter la part d’énergie renouvelable de 20 % à 60 % d’ici 2035. Des initiatives sont à l’étude pour améliorer l’approvisionnement en énergies renouvelables, en mettant l’accent sur les ressources locales comme le soleil et l’énergie éolienne. Cependant, le pays doit faire face à des contraintes budgétaires et d’expertise, limitant sa capacité à développer ces infrastructures.
Dhaneshwar Damry a rappelé par exemple, que le gouvernement prévoit que 11 000 foyers puissent bénéficier de panneaux solaires, avec un budget de Rs 270 millions pour le premier projet de cette initiative. Ce soutien financier inclut des subventions pour aider les familles à installer des systèmes solaires. «Le modèle tarifaire auquel le gouvernement s’intéresse pour les panneaux solaires inclut le système de cross-feeding, où le courant produit par des panneaux solaires serait vendu au CEB avec une compensation correspondant à l’électricité consommée par les foyers. Un système similaire, le net metering, permettrait une plus grande flexibilité, en permettant aux consommateurs de compenser leur consommation d’électricité à partir de l’électricité solaire qu’ils produisent eux-mêmes.»
Intelligence artificielle
Une question centrale se dégage : l’intelligence artificielle (IA) bouleverse-t-elle davantage le marché du travail qu’elle n’en crée ? Les ministres délégués admettent le risque réel de suppression d’emplois dans certains secteurs, mais ils soulignent aussi que cette technologie ouvre des pistes nouvelles et des opportunités économiques. Il ne s’agit pas seulement d’un choix entre perte et gain, mais d’une transformation profonde des compétences et des métiers.
Pour Dhaneshwar Damry, l’enjeu est aussi géopolitique et régional : Maurice gagnerait à s’ancrer davantage dans le continent africain. En renforçant les liens économiques, éducatifs et technologiques avec les pays voisins, l’île peut tirer parti d’un marché plus vaste, mutualiser les talents et attirer des investissements qui favorisent la création d’emplois liés aux nouvelles technologies. Cette stratégie d’intégration pourrait aider à compenser des pertes d’emploi locales en créant des chaînes de valeur régionales où Maurice jouerait un rôle d’interface ou de hub.
Fabrice David a, lui, insisté sur la complémentarité hommemachine : l’IA va générer de nouveaux métiers – spécialistes en éthique algorithmique, formateurs d’IA, techniciens de maintenance des systèmes autonomes, concepteurs d’interfaces hommemachine, etc. – mais «jamais elle ne pourra remplacer les êtres humains». Les qualités humaines (créativité, jugement moral, empathie, sens politique) demeurent difficiles à automatiser et resteront des atouts pour l’emploi.
En somme, l’IA présente un double visage : menace pour certains emplois traditionnels, moteur de nouvelles activités et services. La réponse repose sur trois leviers complémentaires : une intégration régionale intelligente pour élargir les marchés, des politiques éducatives et de formation ciblées pour préparer les jeunes aux métiers émergents, et des dispositifs d’accompagnement pour assurer une transition juste. Si ces éléments sont réunis, Maurice peut non seulement limiter les impacts négatifs, mais aussi se positionner comme un acteur dynamique dans l’écosystème africain de l’intelligence artificielle.
Nice et Maurice île durable
Avant de céder sa place au député Kaviraj Rookny, Fabrice David est revenu sur l’initiative NICE-New Initiative for Civic Education qui a été annoncée vendredi à Triolet par le Premier ministre, mais aussi sur le projet Maurice Île Durable qui sera relancé. Le projet NICE, dont le lancement est prévu en novembre, s’adressera aux jeunes de 13 à 14 ans et proposera un service civique obligatoire. L’objectif affiché est de renforcer le sens du devoir citoyen, d’encourager l’engagement communautaire et de transmettre des valeurs civiques dès l’entrée dans l’adolescence. Pour assurer sa mise en œuvre, le gouvernement a choisi de confier la direction à un ancien militaire de Singapour, expérience qui devrait apporter rigueur et méthode à ce programme.
La relance de Maurice Île Durable entend, quant à elle, redynamiser les politiques en faveur de la transition écologique, de la gestion durable des ressources et de l’adaptation au changement climatique. En liant éducation civique et durabilité, les autorités cherchent à former des jeunes responsables, capables de contribuer concrètement à la protection de l’environnement et au développement résilient de l’île.
Finalement, Dhaneshwar Damry et Kaviraj Rookny ont tous deux insisté sur le principal défi du Budget 2026-2027 : son application. Ils ont souligné que l’adoption des mesures n’est que la première étape ; la véritable épreuve réside dans la concrétisation des promesses sur le terrain. Et à une question de la presse sur un éventuel remaniement ministériel et sur la possibilité qu’il sera prochainement nommé ministre des Finances, Dhaneshwar Damry a déclaré que cette prérogative repose entre les mains du Premier ministre et qu’il est, comme Kaviraj Rookny et Fabrice David, «serviteur du Parti travailliste».
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