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Ambitions
Ces jeunes Mauriciens qui cherchent un avenir ailleurs
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Ces jeunes Mauriciens qui cherchent un avenir ailleurs
Aujourd’hui, pour de nombreux jeunes, se projeter dans l’avenir devient un exercice de plus en plus difficile, presque incertain, même après des années d’études sanctionnées. Le diplôme, autrefois considéré comme une porte d’entrée vers la stabilité, ne suffit plus à garantir une trajectoire professionnelle claire ni un sentiment de sécurité.
Sur le marché du travail, les salaires restent souvent limités par rapport au coût réel de la vie. Beaucoup de jeunes, malgré leurs ambitions et leur volonté de progresser, ont le sentiment de stagner. À cela s’ajoute un manque de reconnaissance perçu dans certains environnements professionnels, ce qui alimente une frustration silencieuse et un doute permanent sur les perspectives d’évolution.
Cette précarité rend les grands projets de vie de plus en plus difficiles à envisager. Accéder à la propriété, par exemple, relève presque du défi : les prix des terrains continuent de grimper, tout comme ceux de la construction, tandis que les conditions d’accès au crédit restent exigeantes pour des revenus jugés trop faibles.
Dans ces conditions, les arbitrages deviennent constants. S’endetter pour construire laisse peu de marge pour acquérir un moyen de transport, devenu lui aussi plus coûteux, notamment avec la hausse des droits d’accise. Et une fois les charges mensuelles assumées, il reste rarement de quoi souffler. Le quotidien impose une gestion serrée, où chaque dépense est calculée, et où le futur, loin d’être une évidence, devient une équation difficile à résoudre.
Cette pression constante engendre un stress important, alimenté par l’incertitude financière et la difficulté à concilier aspirations personnelles et réalités économiques. De ce fait, de nombreux jeunes finissent par envisager l’idée de quitter le pays, s’éloigner de leur famille, à la recherche de meilleures opportunités et d’un avenir plus stable. Un phénomène qui alimente à la fois les débats sur la fuite des cerveaux et les inquiétudes liées à la pénurie de main-d’œuvre locale.
C’est dans ce contexte que s’inscrit le parcours d’Alexis Angeline, 30 ans, installé au Canada depuis trois ans. Il explique avoir quitté Maurice pour s’y établir par ambition. «L’envie d’autonomie, de découverte, et de me donner la possibilité de bâtir un avenir différent. Le Canada représentait pour moi une promesse : celle d’une meilleure qualité de vie et d’un endroit où les opportunités de carrière sont davantage accessibles, peu importe d’où l’on vient», affirme-t-il.
Pour un jeune, construire un avenir stable à Maurice aujourd’hui est, selon lui, difficile au regard de la situation actuelle. «Le coût de la vie augmente, les revenus ne suivent pas. L’accès à la propriété devient difficile. Cela force beaucoup de jeunes à mettre de côté les rêves de posséder une maison, une voiture, de voyager. Même manger sainement est hors de portée de beaucoup de familles. Tous ces sacrifices sont souvent payés par une charge mentale.On ne parle plus seulement de confort, mais parfois de survie.»
Ce qui l’a marqué au Canada, nous confiet-il, c’est le sentiment que chacun a une véritable chance de réussir, peu importe son parcours ou son origine. «J’ai constaté que les compétences, les résultats et l’engagement sont généralement davantage pris en compte. La culture du mérite est bien présente et le développement professionnel est encouragé. Les employeurs investissent dans leurs employés et accordent une réelle importance à leur bien-être. En retour, les employés sont motivés à contribuer à l’atteinte des objectifs de l’organisation. Cette relation me semble souvent plus équilibrée et favorable à l’évolution professionnelle.» Il observe aussi que l’arrivée rapide des nouvelles technologies a créé beaucoup d’opportunités pour les personnes qui ont su les adopter tôt. Les jeunes, mais aussi les personnes ouvertes au changement, peuvent progresser rapidement lorsqu’ils développent des compétences recherchées. La reconnaissance et l’avancement semblent davantage basés sur les connaissances, les résultats et la qualité du travail accompli.
Néanmoins, souligne Alexis Angeline, quitter son pays est un sacrifice. «On y laisse la famille, la première partie de sa vie, le confort de sa maison. On accepte de renoncer à un certain confort dans l’espoir d’offrir un meilleur avenir à ses enfants et à sa famille. Mais cela signifie aussi recommencer pratiquement à zéro dans un endroit où l’on ne connaît parfois personne et où personne ne nous connaît. Il faut s’adapter à une nouvelle culture, à de nouvelles façons de penser et de travailler, apprendre à naviguer dans les démarches administratives, trouver un logement, comprendre les systèmes en place et reconstruire son réseau.»
Pour ce Mauricien de 30 ans, l’immigration est une aventure enrichissante, mais elle comporte aussi son lot de défis et d’incertitudes. «Les histoires de réussite font rêver et inspirent, mais il ne faut pas oublier qu’il existe aussi des parcours plus difficiles. C’est un projet qui demande beaucoup de réflexion, de préparation et de résilience.»
Installée depuis plus de cinq ans au Luxembourg, Reshmee Chinniah, 33 ans, témoigne avoir quitté son île natale en raison de salaires jugés insuffisants et de perspectives d’évolution limitées. Selon elle, les systèmes nord-américains et européens offrent davantage d’opportunités, notamment grâce à des parcours professionnels davantage fondés sur le mérite, l’expérience et la formation, mais aussi un meilleur accès à des dispositifs éducatifs et à des bourses. Elle nuance toutefois son expérience en évoquant le coût élevé de la vie et du logement à l’étranger. Malgré cela, elle estime que son travail y est davantage reconnu et valorisé. Elle souligne également les atouts des Mauriciens, notamment le bilinguisme et une forte éthique de travail, qui facilitent leur intégration dans les pays d’accueil.
Dans le même esprit, Kyden Sophie, 36 ans, installé à Dubaï depuis trois ans, partage un constat similaire. Il affirme avoir quitté Maurice faute d’opportunités suffisantes pour évoluer professionnellement et concrétiser ses projets. À ses yeux, le marché du travail local reste marqué par un manque de méritocratie, où la progression de carrière demeure limitée malgré l’expérience acquise. Il déplore également les contraintes liées au pouvoir d’achat, notamment l’accès aux véhicules et au financement, rendus difficiles par des revenus jugés insuffisants. Une situation qui, selon lui, renforce le sentiment de stagnation chez une partie des jeunes actifs. Il ajoute que l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs. «Nou pei rest nou pei, nou fier de nou pei.»
Parallèlement, les données de Statistics Mauritius indiquent une amélioration globale du marché du travail en 2025, avec une hausse de l’emploi et une baisse du chômage à 5,7 %, contre 6,0 % l’année précédente. L’emploi total atteint 553 700 personnes, tandis que le nombre de chômeurs recule à 33 500. Cette évolution traduit une dynamique positive, bien que fragile, dans un contexte de transformation économique progressive. Les femmes ont particulièrement bénéficié de cette amélioration, avec une progression de l’emploi et une diminution du chômage, même si des écarts persistent avec les hommes.
Cependant, malgré ces avancées, les jeunes demeurent les plus touchés par les difficultés d’insertion professionnelle, avec un taux de chômage de 18,4 % chez les 16-24 ans, en hausse par rapport à l’année précédente. Cette situation met en lumière la fragilité de leur intégration dans un marché du travail en mutation, d’autant que des inégalités de genre persistent également, notamment en matière de durée de chômage et de niveaux de rémunération.
En parallèle, l’économie mauricienne poursuit sa transformation structurelle, dominée par le secteur tertiaire, qui concentre désormais la majorité des emplois, tandis que les secteurs primaire et secondaire continuent de reculer. Les emplois qualifiés progressent également et représentent environ un tiers des postes, confirmant une montée en compétence globale de la main-d’œuvre. Les salaires poursuivent leur progression, bien que des écarts persistent entre hommes et femmes.
Si certains jeunes choisissent de quitter Maurice pour poursuivre leur carrière à l’étranger, d’autres estiment qu’il est encore possible d’y réussir. C’est le point de vue d’Akash Seetaram, 24 ans. Selon lui, réussir sa carrière à Maurice est tout à fait possible grâce à une économie diversifiée. Des secteurs comme le droit, la finance, l’offshore, les technologies de l’information, l’ingénierie, le tourisme et le secteur manufacturier offrent de réelles opportunités. L’important, estime-t-il, est de choisir une filière alignée sur les demandes du marché actuel. «Cependant, les jeunes font face à de lourds obstacles. Certains secteurs traditionnels sont saturés, alors que d’autres, pleins de potentiel comme l’économie bleue, restent sousexploités. De plus, la réalité du terrain est difficile : nous commençons souvent avec des salaires très bas malgré de grandes responsabilités. À cela s’ajoutent le manque de soutien, la stagnation professionnelle, la politique de bureau et le fléau de la corruption.»
Concernant le Budget 2026-2027, dit-il, il a une fois de plus été présenté comme un plan pour «sauver l’économie», mais il n’est pas vraiment centré sur la jeunesse. La seule lueur d’espoir réside dans l’accent mis sur l’intelligence artificielle, qui peut être un levier d’autonomisation pour nous, à condition que son utilisation soit bien régulée pour éviter les dérives. «La vérité, c’est que le coût de la vie est devenu étouffant. Comme beaucoup de jeunes Mauriciens, je rêve de construire ma maison et d’acheter une voiture. Mais avec la flambée des prix des matériaux de construction et des véhicules, ce rêve semble inaccessible à ce stade de ma vie. C’est précisément cette équation impossible – avoir un travail, mais ne pas pouvoir progresser à cause de la cherté de la vie – qui pousse une grande partie de notre jeunesse à quitter le pays.»
Pour Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress, le Budget met en avant que les étudiants étrangers ayant terminé leurs études à Maurice pourront rester et travailler à Maurice, avec des facilités de visa. Toutefois, cette mesure est jugée contradictoire, car de nombreux diplômés mauriciens sont, eux, contraints de quitter le pays pour trouver du travail à l’étranger, faute d’opportunités locales.
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