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La langue des signes mauricienne suscite toujours des débats

8 janvier 2008, 00:00

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L?Etat mauricien a fait le choix d?adopter la langue des signes mauricienne (Mauritian Sign Language ? MSL) pour la communauté des sourds de l?île, il y a quatre ans déjà. Mais la décision de l?introduire en milieu scolaire, il y a maintenant un an, est toujours contestée par certains parents et enseignants.

A la veille de la rentrée des classes, la même question sera à l?ordre du jour, aujourd?hui, lors de la rencontre entre enseignants et cadres du gouvernement : faut-il ou ne faut-il pas utiliser le MSL en milieu éducatif ? Le ministère de l?Education, avec l?une des initiateurs du projet MSL, Noorjahan Joonas, le défendent contre l?opposition de son utilisation dans les deux écoles spécialisées de l?île.

<B>Difficultés</B>

L?organisation non-gouvernementale (ONG) qui gère le Hear Institute, avec ses 53 élèves pour sept enseignants, espère que le gouvernement changera d?avis. Elle craint en effet que le MSL ne cloisonne davantage les sourds et malentendants dans leur communication avec le monde extérieur, surtout dans un contexte de globalisation.

L?Association des parents des déficients auditifs (APDA) demande que l?American Sign Language (ASL) soit de s comme moyen d?enseignement aux jeunes sourds, comme cela a été le cas jusqu?à récemment. Mariam Perumal, secrétaire de l?association, elle-même mère d?un adolescent sourd qui vient de concourir pour le School Certificate, estime que le MSL ne peut que jouer en défaveur du jeune sourd.

«Je ne crois pas que ce sera possible de dispenser les cours en MSL. Pédagogiquement, on ne pourra pas suivre. La preuve : on a déjà des difficultés à introduire le créole à l?école. Comment nos enfants pourront-ils communiquer à l?étranger ?» se demande-t-elle.

Le directeur de l?école des sourds de Beau-Bassin abonde dans le même sens. Jaysen Succaram, père de deux enfants sourds, estime que le MSL pose d?énormes difficultés aux apprenants alors que l?ASL est très développé à travers le monde. «Un an après son introduction dans les écoles, il reste certes encore beaucoup à faire. Mais beaucoup d?adultes sourds n?arrivent même pas à comprendre la langue des signes mauricienne», affirme-t-il.

Ces arguments n?ont pas empêché l?Etat d?adopter Le MSL. «Un grand pas» que salue Noorjahan Joonas, présidente de la Society for Deaf, ONG qui gère l?école des sourds de Beau-Bassin. Pravind Seeburuth, Superintendant for special needs au ministère de l?Education, explique : «Tous les pays au monde possèdent leur propre langue des signes.» Pourquoi pas Maurice ?

<B>Langue étrangère</B>

Noorjahan Joonas, d?un avis contraire à celui du directeur de l?école, justifie le choix du MSL : «Chaque sourd a le droit d?utiliser sa propre langue alors que l?ASL est une langue étrangère.» Elle se dit persuadée que les enfants ne devraient rencontrer aucune difficulté ni à apprendre le MSL ni à communiquer avec l?extérieur, tout en utilisant la grammaire et le vocabulaire très spécifiques de l?île Maurice.

L?introduction du MSL depuis l?année dernière ne risque-t-elle pas de sacrifier toute une génération, celle 5 à 15 ans qui devra désapprendre l?ASL pour apprendre le MSL ? «Non, affirme Noorjahan Joonas, puisque nous allons l?incorporer tout en douceur. Les parents n?ont rien à craindre, même s?il est vrai que tout ce qui est nouveau fait peur. Le MSL ne peut être qu?à l?avantage des élèves malentendants.»

Entre appréhension, peur et conviction, l?essentiel reste encore à faire : établir les structures pour que les enfants sourds, ceux qui doivent aussi passer le cap du Certificate of Primary Education, puissent aspirer à faire des études secondaires, avec les moyens adéquats. Mais là encore, c?est un tout débat qui se pose?

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