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Un système à corriger
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Après son impressionnante démonstration de force au Champ de Mars l?année dernière, l?abbé Grégoire entreprend des actions concrètes pour faire avancer ses idées. Vendredi dernier, il a rencontré le Premier ministre pour plaider la cause créole. Il s?est également engagé, en ce début d?année, à donner au mouvement qu?il dirige des structures solides. Son projet prend de l?ampleur et mérite un débat national.
C?est autour de deux questions fondamentales que se cristallisent les revendications de la Fédération des créoles mauriciens (FCM) dirigée par le prêtre catholique. La première a trait au combat contre le label de «population générale» qui blesse le créole dans son sentiment identitaire. La seconde concerne l?application d?un système de quotas pour corriger la sous-représentativité des créoles dans la fonction publique. Ces deux revendications procèdent d?une volonté d?émancipation d?une frange de la population qui vit encore dans le dénuement mais elles appellent néanmoins des réserves.
La FCM propose que la liste des communautés reconnues par la Constitution soit modifiée pour que le terme «population générale» soit remplacé par «créoles et autres chrétiens». Cette démarche est maladroite. Elle implique que le Créole est par définition chrétien. Quand on parle des «autres» chrétiens, on présuppose que tous les créoles sont forcément chrétiens. Cette affirmation est contredite par les faits. De plus, elle crée un amalgame entre l?ethnicité et la religion qui ajoute à la confusion autour de la question identitaire.
De toute façon, cette position de la FCM a la faiblesse d?accepter le compartimentage institutionnel de la population mauricienne. Ceux qui croient au modèle républicain doivent d'abord prôner l'abrogation de la «First Schedule Section 31(2)» de la Constitution. Elle classifie les Mauriciens selon leur appartenance religieuse ou ethnique : «The population of Mauritius shall be regarded as including a Hindu community, a Muslim community and a Sino-Mauritian community; and every person who does not appear, from his way of life, to belong to one or other of those 3 communities shall be regarded as belonging to the General Population?»
Quant à la question des postes réservés dans la fonction publique pour les minorités, elle est fondée, certes, sur un constat objectif. La FCM affirme que la fonction publique ne compte que 1,5 % de créoles, alors que ce groupe constitue 35 % de la population. Si ces chiffres sont exacts, l?Etat doit agir pour corriger l?anomalie. Toutefois, ce n?est pas l?application du principe de discrimination positive qui résoudra le problème. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam a eu raison de s?y opposer lors de son entretien avec l?abbé Grégoire. Il ne s?est pas laissé tenter par des considérations électoralistes. Le système de quotas constitue une mesure inefficace et stigmatisante. On sait que le mérite n?est pas le seul critère qui compte pour les recrutements et les promotions dans le système actuel. Mais ce qu?il faut d?urgence pour plus d?équité, c?est un «Equal Opportunities Act», pas un système de quotas.
Une nation où il existe une parfaite égalité des chances et une symbiose entre tous les groupes, cela laisse songeur. Mais Martin Luther King a démontré que les rêves peuvent bien devenir réalité.
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