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Incroyable mais pourtant imaginé
Ils ont l?imagination fertile nos conteurs et autres nouvellistes francophones, collectionnés par Rama Poonoosamy, pour former un millésime 2007 bien mauricien et du meilleur cru.
Peu de lie dans ce Graal. Hommage donc au nouveau Joseph d?Arimathie, assez dévot et dévoué pour délaisser ses tâches publicitaires et immédiates et se consacrer, cette année encore, à recueillir le meilleur suc de la créativité littéraire mauricienne de l?année.
Rama Poonoosamy jette son dévolu, en 2007, sur la meilleure pléiade de nos talents littéraires, ayant pour noms Shenaz Patel, Bettina Cadinouche, Sonia Serra, Anjani Murdan, Ananda Devi, Lilia Berthelot, Jeanne Gerval Arouff, Brigitte Masson, Jeanine Trublet-Descroizilles, Edouard Maunick, Jean-Claude Andou, Jean Lindsay Dhookit, Vèle Putchay, Vinod Rughoonunden, Sailesh Ramburn et Umar Timol pour les Histoires incroyables, Lindsay Collen, Sachita Ramdoyal-Gopal, Sushilla Gopaul, Mansa Daby, Sobhanund Seeparsad, Sooresh Ragoo pour les Incredible stories, Anil Rajendra Gopal, Lindsay Collen, Shenaz Patel et Mohunparsad Bhurtun pour les Zistwar pa fasil gobé merveilleuse traduction).
Cela donne un savoureux nectar de près de 300 pages, amoureusement imprimées, par Image Printers Pte Ltd. Ce précieux flacon s?ajoute harmonieusement aux treize objets de collection littéraire, parus à ce jour. Notre collection de Collection Maurice s?allonge fructueusement.
Le prix du plus gros mensonge
Le thème du cru 2007 : des histoires incroyables, mais pourtant imaginables et mêmes imaginées, avec un talent littéraire indéniable. Il fait irrésistiblement penser aux concours du plus gros mensonge auxquels se livrent parfois des enfants oisifs et en quête de distraction.
À tour de rôle, ils inventent donc des personnes défiant toute réalité, allant du politicien intègre à l?option préférentielle pour les plus pauvres vécue intégralement et incessamment par nos communautés religieuses, en passant par l?instituteur préférant les cancres démunis aux écoliers-otages avaleurs de leçons particulières multipliées, au champion sportif non dopé, au policier poli, au banquier prêtant aux pauvres privés de garantie, à la société vénérant ses artistes, musiciens et poètes.
Passe une nonagénaire qui se scandalise en entendant un tel débit d?invraisemblances : « N?avez-vous pas honte ? » dit-elle à ces fabulateurs en herbe.
« À votre âge, je ne mentais jamais ! » Et ils lui remirent le prix du plus gros mensonge.
L?histoire la plus invraisemblable
C?est pourtant à Rama Poonoosamy que je décerne le prix de l?histoire la plus invraisemblable. Je n?en ai pas cru mes yeux quand ils ont assuré à ce qui me tient de cerveau que mauve est la couleur de la couverture de cette collection d?Histoires incroyables. Pas facile à gober, je vous dis. Et moi qui croyais mordicus que nous pli fort nous pou gagné, avant 2010 si bizoin ! » Un linceul mauve pour une alternative militante. Il faut être fortiche pour inventer cela. Je m?incline.
On s?étonne même que notre politicaille n?ait pas davantage inspiré nos hérauts de l?invraisemblance. Il y avait, en effet, moyen d?inventer, par exemple, le personnage repentant et repenti d?un Premier ministre, présentant ses excuses à ses sujets pour avoir changé en pire le cours de leur existence, déjà peu réjouissante, et soumettant humblement sa démission, pour cause d?incapacité gouvernementale, au chef de l?Etat.
Pour pimenter la fable, on pourrait tout autant inventer le chef de l?opposition, s?inclinant respectueusement devant une telle intégrité ministérielle et proposant une motion de confiance pour maintenir au pouvoir un Premier ministre aussi vertueux.
Au lieu de cela, Shenaz Patel s?inspire d?une humble Chagossienne, cleaner, d?aéroport de son état, pour nous transformer en passager apprenant que notre pays natal n?est plus. Rayé de la carte planétaire. Bettina Cadinouche invente un inimaginable parallèle et même chassé-croisé entre une longaniste et une esthéticienne qu?unissent déjà les bobos du c?ur et du corps de leurs clientes. Sonia Serra met au point la feue correspondance et Anjani Murdan la chasseresse d?esclavagistes.
C?est qu?elles ont l?imagination fertile, nos conteuses. Le Ti Pouce, sorte de chaton Saint-Bernard, de Jeanine Trublet-Descroizilles est trop vraisemblable pour ne pas nous attendrir jusqu?aux larmes. Malcolm de Chazal disait que le verbe « souffrir » ne se conjugue qu?à la première personne de l?indicatif présent. Devant la souffrance d?autrui seul le silence sied.
L?ignominie d?un tel projet routier
Le refus de route crève-c?ur des habitants de La Laura, refus inventé par Brigitte Masson, surprend agréablement. Des journalistes, mais pas tous malheureusement, se sont insurgés contre l?ignominie d?un tel projet routier, devant éventrer la plus belle vallée de Maurice. Sagement, ils avaient conclu ne pas pouvoir être plus royalistes que les habitants de Crève-C?ur.
Brigitte Masson transcende le débat, en faisant de notre Pieter Both l?allié du refus des habitants de La Laura, faisant savoir à qui de droit qu?ils ont besoin de la route non carrossable et inachevée, pour descendre chercher leurs fagots à Crève-C?ur. Cela fait penser au dicton voulant que notre Pieter Both perde la boule au départ, de Maurice, du dernier Anglais.
Le poète devient prophète
Vèle Putchay et Lilian Berthelot fantasment dans la même direction que Sonia Serra, autrement dit du côté de mystérieuses correspondances et d?étranges relations avec des réalités qui ne sont plus. On sort de leurs récits couverts de bleus, à force de se pincer pour vérifier qu?on ne rêve pas.
Les pierres précieuses inspirent nos fabulateurs : émeraude pour Lindsay Dhookhit et diamants dégobillés pour Sailesh Ramchurn. À peine plus vraisemblables que le billet de loterie cerf-volant de Jean-Claude Andou.
Edouard Maunick se croit assez fort pour oser narguer la mort, à la manière d?un Cyrano défiant la camarde. Elle est hélas assez lâche pour l?assommer de l?arrière où il ne l?attend pas et pour s?en prendre à celle qui lui est la plus chère au monde.
Que dire à Edouard quand tout s?écroule autour de lui. C?est toujours le prochain avion qui fait le plus peur. Mais moins quand même que cette radio-propagande par laquelle des princes machiavéliques peuvent, au dire d?Ananda Devi, infuser, à des populations entières, le poison les menant à de nouveaux génocides, encore plus barbares et cruels que les précédents. À lire et à relire, en pensant au Kenya, à Benazir Bhutto.
Il y a de ces jours où notre actualité se compose d?Histoires incroyables. Le poète devient alors prophète.
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