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Face à face
POUR
François de Grivel président de la « Mauritius Export Association » (MEXA).
Pourquoi Maurice a-t-elle intérêt à signer un APE avec l?Union européenne ?
Pour continuer à profiter d?un accès privilégié sur le marché européen. La Convention de Cotonou, et avant, celle de Lomé, ont permis aux entreprises mauriciennes d?exporter en Europe avec des conditions favorables. Les APE préservent cet avantage. Signer cet accord, c?est donc la garantie de ne pas perturber nos liens commerciaux avec l?Europe.
À terme, ils seront même renforcés. Je suis convaincu que les deux parties seront gagnantes, les pays ACP comme les États membres de l?UE.
Est-ce à dire que cet accord est une chance pour notre économie ?
Je ne dirais pas ça, car ce n?est pas nous qui sommes à l?origine des APE. Cepen-dant, Maurice a su négocier une continuité, une porte de sortie pour conserver de bonnes relations avec l?Europe. Cette relation, certes, a changé. Elle n?est plus fondée sur le protectionnisme du groupe ACP. Tant mieux, car la compétition est nécessaire. Nous ne pouvions pas être éternellement choyés par l?Europe. Battons-nous si l?on veut réussir ! Et appliquons-nous, plus que jamais, à proposer des produits de qualité.
Quelle est l?opportunité principale d?un APE ?
Cet accord consolidera nos exportations et, par conséquent, notre marché du travail. Non seulement dans le textile, mais dans d?autres secteurs de la zone franche, comme la mécanique de précision et la maroquinerie. Gageons que les produits de la mer sauront, eux aussi, tirer leur épingle du jeu. Faute d?accord, les entreprises mauriciennes auraient du souci à se faire. Il faudrait alors dénicher d?urgence de nouveaux marchés en Afrique subsaharienne et en Amérique du Nord? ce qu?il faudra faire un jour ou l?autre de toute façon.
Dans cet accord, tout est bon ?
Non, tout n?est pas bon. La preuve, c?est que les négociations avec l?UE se poursuivent. En fait, l?essentiel a été fait en deux mois à peine, entre novembre et décembre. C?est court, on est allé vite, donc tout n?est pas parfait. Un accord complet devra intervenir d?ici au 31 décembre 2008. Cela nous donne un an pour parfaire certains aspects. Je pense notamment aux exportations des produits de la mer, où la concurrence asiatique est rude et, dans une moindre mesure, à l?industrie textile.
Que faire pour qu?un accord complet aboutisse ?
Poursuivre le travail de lobbying auprès des États européens. Soyez sûr que chaque point sera âprement discuté : il faut s?attendre à des négociations intenses entre Mauriciens et Européens.
Ashok Subron porte-parole de « Rezistans ek Alternativ ».
Accepter la mise en place d?un APE expose Maurice à quelles déconvenues ?
Le pays a beaucoup à perdre en signant un tel accord. Les industries locales, dites de substitution à l?importation, sont les plus menacées. Elles seront soumises à la concurrence directe des produits importés d?Europe, puisque ces produits seront progressivement exemptés de taxes douanières. Le savon, le dentifrice, toute une série d?articles, risquent d?être vendus moins cher que ceux fabriqués localement. Du coup, l?emploi sera affecté, et c?est déjà le cas aujourd?hui. Or, l?instauration d?une zone de libre-échange avec l?Europe aggravera la situation.
Pouvez-vous chiffrer la menace ?
La perte de recettes douanières va entraîner la diminution des recettes publiques du pays. Selon l'étude d'impact de l?université de Nottingham, commandée par le précédent gouvernement, ce sont Rs 1,6 milliard de recettes qui vont disparaître. Toujours selon cette étude, la production mauricienne de primary goods and manufactured goods va diminuer de 24 %, occasionnant une hausse de 12 % du chômage. Ce rapport, malheureusement, n?a jamais été rendu public.
Quel est le risque majeur ?
Aujourd?hui, l?APE concerne uniquement le commerce de marchandises. Mais la Commission européenne insiste pour intégrer des dispositions sur le commerce des services et sur les règles d?investissement. Cela servira les intérêts des multinationales européennes. Imposer la libéralisation des services dans les pays ACP, c?est déposséder ces pays de leur capacité à gérer des services publics essentiels, notamment en matière de santé, d?éducation, d?accès à l?eau potable, d?énergie, etc. C?est une atteinte à la souveraineté, l?équivalent d?une recolonisation.
Tout est à jeter dans les APE ?
Les négociations relatives à ces accords mettent face à face les économies les plus avancées et des pays parmi les plus pauvres du monde. Une partie aussi inégale tourne forcément à l?avantage des plus riches. Sans compter que l?Europe s?exprime en bloc alors que l?Afrique négocie de manière émiettée.
Que proposez-vous ?
La classe dirigeante mauricienne a une responsabilité énorme. Des accords commerciaux, lorsqu?ils sont aussi cruciaux, doivent être soumis à un référendum. Les citoyens mauriciens doivent pouvoir s?exprimer comme le font les citoyens européens, sur le traité de Maastricht par exemple. Le problème, c?est que les technocrates des ministères des Finances et des Affaires étrangères se sont emparés de la question. Du coup, personne n?a eu son mot à dire sur les APE. On risque de le regretter.
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