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Récit d?une idylle Mortelle
Leur relation ne remontait qu?à quelques mois. Mais Hanesh Mahindar et Barathi Gura semblaient bien décidés à faire leur vie ensemble. Toutefois, cette liaison n?aurait pas été approuvée par leurs proches respectifs, qui avaient d?autres projets pour eux. Faisant fi des pressions familiales, les deux amoureux auraient continué à se voir, tant au travail qu?en dehors. Leur idylle aura cependant connu un épilogue tragique, entraînant dans ce tourbillon, les deux fillettes de Barathi, Shamista (5 ans) et Ishta (3 ans). Horrible fin pour ceux que l?on surnomme déjà les amants terribles de Tyack.
Du côté des proches des victimes pourtant, tous affirment qu?ils n?étaient aucunement au courant d?une quelconque liaison amoureuse entre Hanesh et Barathi. « Hanesh venait souvent à la maison. Li ti kouma dir enn zenfan lakaz. S?il avait une relation amoureuse avec cette fille, il en aurait parlé à quelqu?un. Je ne comprends pas pourquoi il aurait gardé une telle chose secrète », fait ressortir Zaid, l?oncle d?Hanesh.
Même son de cloche au domicile des Gura chez qui l?on ne semble pas vouloir évoquer cette possibilité. « Nous savons seulement qu?ils travaillaient au même endroit. Nous ne savons rien de plus », lance, pour sa part, un membre de la famille Gura, visiblement agacé par les rumeurs qui se propagent déjà dans le village quelques heures seulement après la macabre découverte.
À la suite de sa séparation d?avec son époux, les parents de Barathi avaient tenté, en vain, d?organiser un mariage avec un chauffeur habitant Camp-Fouquereaux. La jeune femme, qui était selon ses proches, très indépendante, s?était fermement opposée à cette union arrangée. Elle avait, à plusieurs reprises, signifié son refus de rencontrer son futur époux, préférant s?occuper de ses enfants. « C?était une femme de caractère qui ne se laissait pas faire. Tout ce qui lui importait, c?était le bonheur de ses filles. Elle aurait tout fait pour qu?elles soient heureuses », fait ressortir Lalldev Ganga, un ami de la famille qui connaissait Bharati depuis sa plus tendre enfance.
Elle ne parlait pas beaucoup
Employée comme institutrice à l?école primaire de Britannia, Bharati enseignait l?hindi. Même si elle était retournée vivre chez ses parents à Tyack après sa séparation d?avec son époux il y a deux ans, Bharati entendait bien subvenir aux besoins de ses deux fillettes. Ainsi, elle trouvait toujours du travail lors des vacances scolaires et s?était fait embaucher, deux années de suite au Domah Commercial Center en tant que vendeuse. « C?était quelqu?un de travailleur qui était toujours disponible. Elle ne parlait pas beaucoup, mais elle avait toujours un mot gentil pour tout le monde », se souvient l?une de ses collègues.
C?est alors qu?elle travaillait chez Domah Commercial Center qu?elle aurait fait la rencontre d?Hanesh Mahindar. Ce jeune homme de 22 ans y est employé depuis deux ans maintenant. Menuisier de formation, il a rejoint l?entreprise Domah il y a deux ans. Il habite toujours chez ses parents à Grand-Bois et il est parvenu à mettre un peu d?argent de côté pour s?acheter une voiture. Il avait craqué pour une mini. « Il m?avait confié sa voiture pour que je la remette en état. Je venais tout juste de finir la tôle et je devais la lui rendre cette semaine. Ce devait être le cadeau d?anniversaire qu?il se serait offert », explique Rajoo, le beau-frère de la victime, mécanicien. Hanesh a en effet fêté son 22e anniversaire le 28 décembre.
« On n?a jamais su si c?était vrai »
Très vite, Hanesh et Bharati sympathisent. « Ils discutaient régulièrement ensemble durant la pause déjeuner. Ils s?entendaient bien. Même si on se disait pour plaisanter qu?il y avait quelque chose entre eux, nous n?avons jamais su si c?était vrai », explique l?un des collègues des deux victimes, qui a souhaité garder l?anonymat.
Aux dires de certains de leurs collègues, il est arrivé quelquefois à Hanesh et à Bharati de s?en aller ensemble à la fin de leur journée de travail. Dès lors, ils auraient fait l?objet de quelques blagues de la part de collègues curieux de savoir si un nouveau couple s?était formé au sein de l?entreprise.
« Bharati était très discrète. Elle disait seulement qu?il s?agissait de rumeurs. Je pense aujourd?hui qu?elle ne voulait pas que cela se sache à cause de ses enfants », soulignent les quelques collègues qui ont accepté de s?exprimer sur le sujet. Les tourtereaux, soulignent-ils, auraient tout fait pour que leur relation ne s?ébruite pas.
Tout juste divorcée ? Barathi s?était séparée de son époux depuis plus d?un an, mais n?avait obtenu le divorce qu?en décembre ? Barathi aurait préféré garder le secret autour de sa nouvelle relation amoureuse. La jeune femme craignait non seulement la réaction de son ex-mari, mais surtout celle de ses parents, qui n?ont jamais abandonné l?idée de la marier. « Sa famille faisait pression pour qu?elle accepte ce mariage, mais elle ne voulait rien entendre. Elle refusait d?être mariée de force à la personne que ses parents avaient choisi pour elle », font comprendre des proches, très au fait de la situation familiale tendue depuis quelques mois déjà.
Outre leurs collègues de travail, personne à Tyack ne semble avoir aperçu ne serait-ce qu?une fois Hanesh et Barathi ensemble. Mais pour l?ancien mari de cette dernière,
le caporal Kumar Bholla, il ne fait aucun doute que le couple, dont les corps ont été retrouvés à quelques mètres l?un de l?autre, entretenait une liaison. Pour vivre leur amour loin du regard de leurs proches, Hanesh et Barathi auraient même songé à se rendre quelques jours à Rodrigues. C?est en tout cas ce qu?aurait confié le jeune homme à quelques proches la veille de sa disparition.
Les amoureux voulaient donc vivre leur amour envers et contre tout. En témoignent les lettres retrouvées par la police dans la chambre de Barathi. Dans ces correspondances enflammées, Hanesh lui aurait fait part des projets qu?il avait pour eux. Le jeune homme aurait par ailleurs demandé à son amante de ne pas céder aux pressions exercées sur elle pour qu?elle accepte le mariage tant souhaité par ses parents. « Il n?y a à ce jour aucun doute possible quant à la nature de leur relation. Ce que nous avons beaucoup de mal à comprendre par contre, c?est comment les deux fillettes se sont retrouvées mêlées à ce drame », laisse entendre un policier proche du dossier.
Unis dans la mort
Personne, en effet, tant chez les Gura qu?au domicile des Mahindar à Grand-Bois, n?arrive à s?expliquer le pourquoi du meurtre de Shamista et d?Ishta. « Ces enfants étaient innocents. Une telle chose n?aurait pas dû leur arriver. C?est injuste », lâche l?un des frères de Barathi, Vishal. Même constat du côté de la belle-famille de Barathi où l?on explique ne pas avoir vu les fillettes depuis plusieurs semaines déjà. « Pas ti ena bokou lentent ent li ek nu. Li pa ti ouler laiss nu guett nu ti zenfans. Li ti pran zot li ti aller », lâche la belle-mère de la victime, en pleurs depuis l?annonce de la découverte du corps de Bharati Gura et de ses deux enfants.
Cette grand-mère, qui adorait ses petits-enfants, réalise peu à peu qu?elle ne reverra jamais Shamista et Ishta. Peu après la découverte des corps de sa belle-fille et de ses petits-enfants, elle a été prise d?un malaise.
Les événements ayant pu conduire à la mort des deux amants et des enfants de Barathi sont pour l?heure encore flous (voir hors-texte). Les familles respectives des victimes pleurent leurs morts. Les premières émotions laissent chaque jour un peu plus la place aux interrogations, toujours plus nombreuses. Mais ce qui est certain, c?est que les amants, qui n?avaient pu vivre au grand jour leur relation, semblent maintenant unis dans la mort.
ENQUETE
Les relations entre Hanesh et Barathi passées à la loupe
L?enquête sur le drame de Tyack s?annonce ardue. Si pour l?instant, aucun élément concret ne permet de dire avec certitude ce qui s?est réellement passé dans cette bananeraie, les hypothèses se succèdent. Alors que certains enquêteurs penchent pour un double suicide, d?autres pensent qu?Hanesh pourrait avoir tué les trois autres personnes, avant de se donner la mort. Mais tous concèdent ne pas comprendre la raison pour laquelle les enfants de l?institutrice ont été tués, avant d?être brûlés.
Les corps calcinés d?Hanesh Mahindar (22 ans), de Barathi Gura (30 ans) et de ses filles, Shamista (5 ans) et Ishta (3 ans), ont été découverts jeudi matin par Nemchand Keenoo, un planteur de la région. L?homme se rend ce matin-là dans son verger, situé à côté d?une bananeraie lorsqu?il remarque une odeur pestilentielle. Il ne lui faut pas longtemps pour s?apercevoir que quatre corps humains, en état de décomposition avancée, gisent sur des tas de bois. Il rebrousse aussitôt chemin et alerte la police.
Plusieurs unités de police, dont la Major Crime Investigation Team (MCIT), menée par l?inspecteur Ranjit Jokhoo, arrivent peu après sur place. Premier constat : l?endroit où ont été découverts les corps se trouve à cinq minutes à peine du domicile de Barathi. Sur les lieux, les enquêteurs ont mis la main sur une fiole contenant une substance inconnue, des bijoux, ainsi que sur des effets personnels appartenant aux victimes. La fiole a été envoyée aux laboratoires de la police pour tenter d?en identifier le contenu. La mise en scène macabre des corps interpelle immédiatement les enquêteurs. Les corps ont été placés sur un tas de bois, faisant penser à un bûcher funéraire.
Pour certains officiers de la MCIT, il n?existe que deux possibilités : « Soit quelqu?un les a tous tués et a tenté de se débarrasser des corps en les brûlant, ou alors l?un des deux adultes a tué les autres, avant de se donner la mort », explique un officier de cette unité qui a été l?un des premiers à arriver sur place. L?examen post-mortem des deux adultes, pratiqué par le docteur Satish Boolell, Chief Police Medical Officer, a attribué le décès à des brûlures excessives. Il n?a cependant pas été possible de déterminer la cause de la mort chez les deux fillettes.
Les enquêteurs tentent actuellement de déterminer la nature des relations qui existaient entre Hanesh et Barathi. Car s?ils savent désormais que tous deux entretenaient une liaison amoureuse, les enquêteurs entendent découvrir s?il s?agissait d?une relation « saine ». « Nous voulons savoir si Hanesh avait une certaine emprise sur son amante et s?il aurait pu la pousser à tuer ses enfants, avant de se donner la mort », explique un proche du dossier. Une thèse que réfutent les proches du jeune homme qui affirment, pour leur part, qu?il n?aurait jamais pu se rendre coupable d?un tel geste. La personnalité du jeune homme fait en tout cas l?objet d?une enquête minutieuse.
Outre les lettres retrouvées dans la chambre de Barathi, les limiers de la MCIT n?ont pas été en mesure d?en savoir plus sur l?emploi du temps des deux amoureux. « Comme ils préféraient que personne ne sache qu?ils se voyaient, ils se donnaient rendez-vous en cachette et ne parlaient à personne de leur liaison », déclare l?un d?entre eux. Une discrétion qui n?est pas sans compliquer davantage la tâche des policiers.
L?ex-époux de Barathi, le caporal Kumar Bholah, a été interrogé par les policiers qui ont, par la suite, été autorisés à rentrer chez lui. Selon ses dires, son épouse, qui adorait ses enfants, n?aurait jamais pu leur faire de mal. Une opinion partagée par les proches de l?institutrice qui affirment qu?elle « aimait ses enfants plus que tout ».
Hanesh était porté manquant le 28 décembre dernier, soit le jour de son anniversaire. « Il est parti de la maison ce matin-là en disant qu?il se rendait à son travail », se souvient son oncle, Ziad. Hanesh ne donnera plus jamais signe de vie. À son travail, son absence se fait également remarquer dès le 28 décembre. Comme Hanesh n?est pas à son poste ce jour-là, le directeur de l?entreprise, Navin Domah, téléphone au domicile des Mahindar pour s?enquérir de la situation. « On m?a répondu que c?était son anniversaire et qu?il reprendrait le travail le lendemain », explique l?employeur du jeune menuisier.
« Lorsqu?il n?est pas venu travailler pendant encore deux jours, j?ai appelé chez lui pour savoir pourquoi il s?était absenté. C?est là que ses proches ont réalisé qu?il avait disparu », explique l?employeur du jeune homme. Les proches d?Hanesh consignent une déposition pour signaler sa disparition le 2 janvier dernier. Le lendemain matin, quatre corps, dont celui d?Hanesh, sont découverts.
À Tyack, la nouvelle de la macabre découverte a provoqué l?émoi des habitants du quartier. Barathi, laissent entendre certains habitants, était très appréciée dans la localité. Elle se faisait toujours un devoir de rendre des visites à ses voisines avec qui elle discutait longuement. La jeune femme n?aura cependant confié à aucune d?entre elles sa nouvelle relation avec Hanesh. Alors qu?elle pensait avoir trouvé l?amour, Barathi aura trouvé la mort?
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