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Apaisement mais état de choc

5 janvier 2008, 00:00

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Apaisement mais état de choc

L?appel au rassemblement de l?opposition kenyane du candidat malheureux de l?élection présidentielle du 27 décembre Raila Odinga ne semblait pas avoir trouvé d?écho hier auprès de ses sympathisants, ménageant un répit au pays après une semaine de violences.

«Nous sommes fatigués, nous ne défilerons pas», a déclaré Samuel Muhati, un habitant de bidonville de Mathare, où des milliers de manifestants avaient affronté jeudi la police.

La vice-secrétaire d?Etat américaine aux Affaires africaines, Jendayi Frazer, était attendue hier à Nairobi pour rencontrer Odinga et son rival, le président Mwai Kibaki, dont l?annonce de la réélection a déclenché des violences dans l?ancienne colonie britannique. «Ils ont l?occasion de parvenir à une sorte d?accord qui aidera à panser les plaies», a déclaré à Reuters le président Bush.

L?opposition avait annulé jeudi un premier rassemblement à la suite de heurts entre les forces de l?ordre et des militants.

Hier à l?heure prévue pour la mise en branle du cortège, aucun dirigeant de l?opposition n?était arrivé au Pentagone, leur QG à Nairobi. La manifestation devait rallier le parc Uhuru (liberté), encerclé depuis l?aube par des unités de la police antiémeute.

«République bananiere»

Plus de 300 personnes ont été tuées depuis le début des violences, soit dans les heurts avec la police ou dans des affrontements ethniques. Au moins 100 000 personnes ont fui leurs foyers. Alliés à d?autres groupes ethniques, les Luos fidèles à Odinga s?opposent aux Kikuyus, tribu dont Kibaki est issu et considérée comme favorisée tant politiquement qu?économiquement.

Alors que les efforts de la communauté internationale pour rapprocher les deux rivaux n?ont pour l?instant pas donné de résultat, l?impatience monte chez les Kenyans. «Malgré l?inquiétude évoquée de part et d?autre quant à la dangerosité de la situation du Kenya et les déclarations publiques de volonté de dialogue, les affrontements submergent encore les voix de la raison», écrit le Daily Nation.

En dépit d?appels à la formation d?un gouvernement d?unité nationale, ni Kibaki ni Odinga ne semblent prêts à cette option, ce dernier affirmant être le président légitime à l?issue du scrutin. Le parti d?Odinga a réclamé sa démission et la mise en place d?un processus de transition avant une nouvelle élection.

Mgr Desmond Tutu, archevêque anglican sud-africain qui fait office de médiateur, a rapporté que le président kényan n?était «pas hostile à la formation d?une coalition mais qu?il fallait reconnaître une autorité».

Les Kenyans sont atterrés de voir la crise s?emparer de leur pays, destination touristique et base logistique pour diplomates, journalistes et travailleurs humanitaires en Afrique de l?Est. «Les images de république bananière sur les chaînes occidentales, dans les journaux, sur les sites internet, montrant des corps à la morgue, des violences policières et des guerriers tribaux brandissant haches et machettes, tout cela est terrifiant et éc?urant», écrit l?éditorialiste Fred Mudhai.

Dans les bidonvilles entourant la capitale, les violences se sont poursuivies selon des témoins jusqu?aux premières heures de vendredi. Les répercussions économiques de la crise commencent à se faire sentir et la Banque mondiale met en garde contre des dégâts à l?économie du Kenya et des pays voisins qui en dépendent. L?Ouganda, le Rwanda et le Burundi subissent déjà des pénuries de carburant, le conflit paralysant l?activité du port de Mombasa.

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