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Pluies soudaines :Attention danger
80 millimètres de pluie en 24 heures au Morne et à Rivière-Noire, régions les plus sèches du pays, les 1er et 2 janvier. Le pays, tenaillé par la sécheresse, s?est réjoui de ce cadeau «banané» tombé du ciel. Mais Suresh Boodhoo, directeur de la météo, est loin de se réjouir.
Chaussé de ses lunettes de myope, il se penchait encore et encore sur ses données dans l?après-midi du jeudi 3 janvier. En fait, Suresh Boodhoo planchait sur la chronique d?une catastrophe annoncée. «J?ai préféré rester au bureau pour compléter un rapport que je vais remettre aux décideurs politiques.»
De quoi parlera ce rapport ? «Des crues soudaines et intenses qui frapperont de plus en plus Maurice. Appelé flash rains en anglais, elles donneront lieu à des inondations soudaines. Les pluies tombées au Morne et à Rivière-Noire font partie de ce nouveau phénomène.» Il précise que le pays a échappé à des effets plus dévastateurs grâce au phénomène «La Nina», «qui a beaucoup neutralisé le système responsable de ces pluies intenses.»
Et Suresh Boodhoo d?expliquer que depuis quelque temps déjà, la météo observait ce phénomène. Le pays ne reçoit plus son eau de pluie graduellement, comme par le passé. «Nous avons remarqué que le pays recevait en un ou deux jours seulement, plus de 32 % de la pluie qu?il recevait pendant tout l?été», souligne-t-il. Et il n?y a pas de quoi se réjouir. «Ces pluies intenses nous arrivent entre de longues périodes de sécheresse. Elles sont responsables de glissements de terrain et d?inondations. Par ailleurs, la terre ne peut absorber en un aussi court laps de temps, une telle quantité d?eau. Ce qui fait qu?une grande partie se perd dans la mer et non dans les nappes phréatiques. Notre système de canalisation n?est pas fait pour un aussi gros débit d?eau. Les canaux, ruisseaux et rivières qui alimentent nos réservoirs sont alors débordés et perdent un fort pourcentage d?eau.»
Et entre ces pluies intenses, c?est la sécheresse. «Nous recueillons des données depuis 1952 et les analyses indiquent que nous avons connu une diminution de 10 % de la pluviosité depuis cette date. La moyenne saisonnière de pluie en été est tombée de 1 500 mm à moins de 1 300 mm.»
Programme de reboisement
Depuis 1952 ? Le phénomène n?est donc pas seulement lié au changement climatique ? Suresh Boodhoo acquiesce. Il parle de déforestation, de l?importance de la végétation dans l?écotranspiration pour donner lieu à de longues périodes de pluie pendant l?été.
«Les champs de cannes ne pourront jamais remplacer les forêts dans ce cycle de l?eau. Nous avons coupé nos forêts et des zones de végétation luxuriante pour les remplacer par des zones résidentielles, mais nous avons construit des maisons avec des toits uniquement en béton. Pendant la journée, ils se chauffent et atteignent une température de 75° C. L?air qui monte est alors chaud et sec, et non humide comme celui qui monte avec l?évapotranspiration des forêts. Résultat : cela ne crée plus des nuages. Et ceux, d?ailleurs, qui passent sur nos têtes, ne peuvent se condenser pour donner lieu à des pluies.»
Suresh Boodhoo est d?avis qu?il faut se lancer dans un programme de reboisement pour diminuer l?impact de ces zones résidentielles et industrielles dans lesquelles la végétation a totalement été évacuée. Et les effets de ce reboisement ne se feront pas sentir de sitôt.
Le rapport de Suresh Boodhoo se basera également sur celui publié l?année dernière par le Groupe d?experts intergouvernementaux sur le changement climatique. Les grandes lignes de ce rapport cadre exactement avec ce qui se passe à Maurice, en raison du changement climatique et de la déforestation.
Cependant, il ne mentionne pas un phénomène que la météo mauricienne a noté depuis quelques années déjà. Les cyclones n?ont pas été plus fréquents dans notre région. Mais ils s?intensifient beaucoup plus vite. Et atteignent une force terrible bien avant d?arriver dans nos parages et leurs bandes nuageuses donnent énormément de pluie. La Réunion en a été victime avec Gamede l?année dernière. «Mais on ne peut pas toujours compter sur la venue de ces phénomènes extérieurs pour obtenir la pluviosité nécessaire», lance Suresh Boodhoo.
En attendant, le futur tigre de l?océan Indien doit commencer à penser en termes de pluie artificielle. C?est à dire l?ensemencement des nuages pour donner lieu à de la pluie. Le Maroc est devenu expert en la matière et tend son aide à tous les pays africains qui lui en font la demande (voir encadré).
PLANTER UN ARBRE CITOYEN
La campagne de reboisement du pays se fait presque en silence. En effet, peu de publicité autour du fait que l?Etat donne des arbres gratuitement aux ONG, aux écoles, etc., pour reboiser les réserves des rivières et des montagnes et les cours de récréation. Le conservateur des forêts Vishnu Tezoo explique que les organisations socioculturelles peuvent également bénéficier des dons d?arbres à planter.
En sus de leur rôle préventif, les arbres sont connus pour leur capacité à emprisonner les gouttelettes d?eau des nuages en haute altitude. C?est ce qui se passe, en fait, dans la forêt de Bel-Ombre et au Pouce. «Dans le passé, on vivait au milieu de la végétation. Les maisons avaient des cours fleuries et avaient beaucoup d?arbres. Aujourd?hui, on vit dans des cours asphaltés, même dans des écoles. Il faut un retour en arrière et replanter des arbres à profusion», dit Suresh Boodhoo.
L?OPERATION «SAAGE»
C?est à la suite d?un important déficit pluviométrique que le Burkina Faso a lancé l?opération «Saage» avec l?aide du Maroc en 1998. Ce pays est, en effet, considéré comme étant le pays qui maîtrise le mieux, aujourd?hui, la technologie visant à provoquer des pluies artificielles. L?expérience pilote, jugée satisfaisante, a été reconduite en 2004 et est devenue un programme permanent. Le succès de l?opération «Saage» a conduit d?autres pays africains à solliciter le concours du Maroc. C?est le cas du Cameroun, du Mali, de la Gambie, de la Mauritanie et du Cap Vert, pays voisins du Burkina Faso, qui tentent, eux aussi, d?améliorer la pluviométrie dans les zones déficitaires.
Lors de ces opérations, les nuages sont bombardés de produits chimiques par l?entremise d?un avion ordinaire. C?est ce qui est appelé l?ensemencement des nuages. Le but est de pousser les nuages à se condenser sur telle ou telle région. Il faut savoir que les nuages sont en perpétuel mouvement et leur condensation artificielle n?est pas instantanée. Seul hic à l?affaire : cette opération coûte de l?argent. Mais les experts estiment que l?investissement vaut le détour, car l?argent qui est perdu à travers des sécheresses est des milliers de fois supérieur à la somme dépensée dans l?ensemencement des nuages.
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