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Un optimisme tempéré
L?Economie, portée par l?hôtellerie, les services financiers et les technologies de l?information, donne des signes encourageants. D?autres secteurs, par contre, piétinent. Des acteurs du monde concurrentiel partagent leurs espoirs et leurs craintes. «Nous avons vécu en 2007, une période de profonde transformation au niveau de l?assainissement du climat des investissements et des affaires. Il y aura, certes, des ajustements à faire ici et là pour satisfaire le social et la politique, mais dans l?ensemble, nous avons maintenant un encadrement légal et fiscal qui est propice à un développement économique beaucoup plus sain qu?il ne l?était auparavant», affirme d?emblée Deva Armoogum, directeur chez KPMG. Le processus de rationalisation économique est en cours. Reste que les attentes sont portées vers d?autres thématiques dont la modernisation de l?Etat.
Entre-temps, on se réjouit que des secteurs comme l?hôtellerie servent de véritables catalyseurs à l?économie du pays. «2008 se présente bien susr le plan macroéconomique car le succès du tourisme, des services financiers, de l?Information and Communication Technology (ICT) contribuent à la relance de l?économie et à la création d?emplois. Les investissements étrangers sont sur une pente ascendante. Cela permet un redressement de la balance des paiements», confirme Jacques de Navacelle, président du Joint Economic Council. A cette liste, il ajoute également la lutte contre la fraude fiscale, qui donne des résultats dont le prolongement devrait se faire en 2008.
Avec le chômage en baisse et une certaine stabilisation du contexte économique, la création d?emplois devrait se maintenir à un taux satisfaisant. «Reste le problème de l?inadéquation de l?offre et de recherche de main-d?oeuvre, qui est un grave problème.» C?est pour lui, le plus grand défi du pays en 2008. Avec le taux de chômage élevé, il trouve «profondément choquant de devoir importer des armées de travailleurs engagés de l?Asie». Selon notre interlocuteur, «l?autre grand challenge, c?est, bien-sûr, la modernisation de l?Etat et des services publics pour qu?ils s?alignent enfin sur les pratiques modernes d?efficience que l?on trouve dans le secteur productif privé».
<B>Bonne gouvernance</B>
Devenue la poule aux ?ufs d?or, l?hôtellerie n?est pas, pour autant, épargnée de tout effort de renouvellement. Certes, le constat est encourageant pour 2007, même au-delà. «A ce jour, avec la visibilité dont nous disposons, les taux d?occupation des premiers quatre mois de 2008 s?annoncent légèrement meilleurs que 2007, qui avait déjà, elle-même, très bien démarré avec des taux de remplissage supérieurs à 80 %. Il faut noter que notre groupe n?a enregistré aucune augmentation de notre capacité en chambres d?une année sur l?autre, et que celle-ci baissera même à partir de mai 2008 avec la fermeture de Trou-aux-Biches pour travaux», explique Robert de Spéville, directeur commercial de New Mauritius Hotels.
Il émet le souhait d?un plan directeur qui sera destiné à gérer et à coordonner «les éléments nécessaires à la croissance souhaitée par le gouvernement, notamment : la capacité hôtelière, l?accès aérien, la promotion de la destination sur nos marchés à plus fort potentiel. Les infrastructures telles que l?aéroport, l?eau, la congestion routière, les sites touristiques publics, la formation du personnel touristique et para-touristique devront aussi être maintenues en état, voire améliorées.»
L?un des enjeux majeurs du secteur demeure la sécurité des visiteurs. Il faudra aussi poursuivre le travail qui consiste à préserver notre image haut de gamme. «Les autorités doivent régler de façon urgente le problème de criminalité et améliorer le contrôle et la qualité des activités annexes tels les Beach Hawkers, loueurs de bateaux, taxis, démarcheurs», plaide Robert de Spéville.
A la liste des plaidoiries, celle de Deva Armoogum en faveur de la bonne gouvernance est également pertinente. Pourtant s«nous sommes encore loin du modèle idéal et il faut s?attendre à une évolution lente et progressive dans ce domaine, mais il faut surtout ne pas lâcher prise», insiste-t-il.
Ce nouvel état d?esprit, enchaîne-t-il, va provoquer des changements, principalement en termes de restructurations, de gestion de risques, de l?amélioration de la performance, du contrôle interne et du reporting. «Parallèlement, nous verrons de plus en plus de firmes qui vont s?engager dans le social, enlevant du coup le fardeau qui jusqu?ici relevait uniquement de la responsabilité de l?Etat», assure-t-il.
Selon lui, l?ouverture au monde extérieur, globalisation oblige, et plus précisément à la régionalisation, incitera les entreprises à être encore plus compétitives.
Commentant le secteur de l?assurance, Jacques de Navacelle rappelle que celui-ci est confronté à un sérieux problème de taille du marché intérieur et qu?il est appelé à évoluer. «Le métier de l?assurance doit évoluer car il est à faible marge, à travers le monde. Mais il peut survivre uniquement en jouant sur le grand nombre de risques et de clients et grâce aussi aux progrés technologiques qui permettent un contrôle des coûts efficaces», précise-t-il.
Dans le monde entier, ajoute-t-il, les compagnies d?assurances ont accumulé des capitaux considérables qui sont réinvestis dans l?économie, grâce au flot ininterrompu des primes reçues des clients.
Cette tendance devrait se vérifier à Maurice également et «cela offre des perspectives très intéressantes pour le développement du pays car les développements indispensables coûtent de plus en plus chers et nous avons besoin d?investisseurs puissants».
Construire le pays</B>
Pierre Dinan, pour sa part, estime que 2008 «sera réussie si nous poursuivons allégrement notre marche vers l?assainissement de notre société et le renforcement de notre économie, en nous débarrassant de nos lourdeurs». Dans un monde où les régimes préférentiels s?érodent, dira l?économiste, les Mauriciens sont appelés à se dépasser en tant qu?individus afin de s?embarquer dans l?aventure de co-construction d?un pays.
«Nos acquis, notamment le Protocole Sucre, sont quasiment du passé. Remplaçons donc ces acquis par des valeurs inaltérables, telles que la responsabilité citoyenne, le goût du travail bien fait, le respect de la parole donnée, le dépassement du communautarisme, l?honnêteté et l?intégrité, la solidarité avec les démunis», fait-il ressortir.
«Que les divers pouvoirs qui s?exercent à Maurice ? public, privé, judiciaire, religieux, médiatiques ? tout en défendant leurs spécificités propres, s?accordent pour aider la population de ce pays à se prendre en charge dans le respect et la dignité. C?est à ce titre que nous pourrons commencer à extirper les maux sociaux qui rongent notre pays de l?intérieur et favorisent un climat de violence, nuisible à notre capacité de résistance aux assauts extérieurs», souligne Pierre Dinan.
Les défis sont grands pour tous les secteurs économiques. Pour les relever, de la volonté politique sera nécessaire autant qu?un investissement encore plus prononcé de la société civile. En un mot, le jeu est loin d?être fait. Le «miracle mauricien» ne sera une réalité que grâce à une inventivité nouvelle.
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