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Et c?est le temps qui court

10 décembre 2007, 00:00

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Il nous file entre les doigts. Inexorablement. Tenter de le saisir est vain. Alors, autant suivre le mouvement perpétuel. Se laisser aller au temps passé, celui des souvenirs. Celui où les jardins avaient un sens. Où la mer n?était pas encore un dépotoir. Et où l?amour pouvait être immortel.

Flot de sensations que le solo que nous propose Nalini Treebhobun jusqu?au 15 décembre au siège de l?Alliance française à Bell Village. Temps...mouvement perpétuel.

Dans le fond, des quadrillés. Un motif récurrent chez le peintre, également chargé de cours à l?école des Beaux Arts du Mahatma Gandhi Institute. Des carreaux soit découpés dans du papier, collés puis peints, soit sculptés au couteau. Pour un relief accidenté. Raboté par le temps, l?expérience, la perte de l?innocence. L?inconscience aussi.

Si seulement on savait. Si seulement on prenait le temps. Ne serait-ce que pour respirer. Alors peut-être que les Temples of whispers ne seraient plus noyés dans les bruits du quotidien. Klaxon de nos besoins. Cris de nos envies. Les murmures chez Nalini Treebhobun se veulent à la fois universels et cabalistiques.

Comme cette façon qu?ont les amoureux de graver leur prénom ou seulement leurs initiales sur des troncs d?arbre. Blessure durable de l?arbre. Pour sentiments éphémères. Et même si cet amour était éternel, il ne durerait qu?une vie. Alors qu?est-ce qu?une vie comparée à l?éternité ?

Faire le tour de la vingtaine de tableaux que nous propose le peintre, ce n?est pas un voyage dans le temps. Mais plus un voyage dans notre conscient. Pour se rappeler à quel point ce que nous croyons éternel peut finalement être peu de choses. A quel point le voyage dans le temps c?est finalement une course effrénée où nous restons enchaîné aux choses. Comme ce Time Traveller qui semble faire le tour de la terre avec sa valise. Sauf que quand lui disparaît, c?est la valise qui reste. Car le grand départ ? et nous faisons tout pour l?oublier ? se fait toujours les mains vides.

Elle n?a peut-être pas fait exprès, mais le cycle de toiles réunies par l?artiste qui signe Nin, nous ramène sans pitié à notre condition d?être dérisoire. D?être emprisonné dans un Eternel retour. Schématisé, planifié, entre le dodo et l?hippocampe.

D?êtres qui dépendent aussi ? pour certains ? ? des phases de la lune. «Il y a des gens qui disent qu?à la pleine lune ils ont du mal à dormir. Je crois que c?est aussi en rapport avec l?eau qui est dans notre corps.» Relation étroite entre les marées, les soirs de pleine lune et le cycle de nos marées intérieures.

L?eau comme le temps parcourt l?oeuvre de Nalini Treebhobun. Un fleuve qui coule et des corps qui semblent se jeter dans le vide, aller au contact de l?impact. Le peintre nous rassure. «Ce n?est pas forcément une chute», dit-elle. C?est aussi cela le temps version réincarnation. Le recommencement.

D?un monde à l?autre, dans L?Instant, les chemins qu?elle trace se rétrécissent. Marchent de guingois. Débordent. Prennent un temps qui ne leur appartient pas. Inutile de croire que l?on peut s?accrocher au passé. Comme The sea carries its past. Car les vagues ne feraient que rapporter qui un peigne usé, qui des déchets en plastique. En avant-plan sur la toile, le peintre a emprisonné des osselets dans la résine. Du temps où les baleines faisaient de vieux os. Où en tout cas mourait de causes naturelles. Sans avoir couru le risque d?être pêchées.

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