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La vengeance dans la peau
On dit que la CIA utiliserait des ordinateurs très puissants pour suveiller sans relâche toutes les conversations téléphoniques du monde entier. Ainsi, quiconque mentionnant des noms comme «Ben Laden» ou «Al Quaïda» en association avec des mots comme «bombe» ou «attentat» serait immédiatement localisé et fiché comme éventuel suspect. Vrai ? Faux ? La question importe évidemment beaucoup moins que l?aspect sensationnel de cette rumeur. D?autant plus qu?en tant qu?amateurs de thrillers, nous aimons bien que soient titillées nos petites tendances à la paranoïa. C?est un peu à ce petit jeu que s?amusent les scénaristes de La Vengeance dans la Peau de Paul Greengrass, dès le début, après une introduction mouvementée dans les faubourgs de Moscou.
Les ordinateurs de la CIA à Langley ? Virginie ? USA, surveillent tout le réseau téléphonique interne du prestigieux quotidien britannique The Guardian, à Londres. Le téléphone fixe et le portable d?un de ses journalistes, Simon Ross (Paddy Considine), sont également sous surveillance. C?est ainsi que les directeurs de la CIA apprennent qu?il a rendez-vous avec Jason Bourne (Matt Damon) à la gare de Waterloo et ils lui tendent une embuscade en contrôlant depuis leur base aux Etats-Unis, les caméras et systèmes de surveillance de la gare londonienne. Il est assez amusant de lire les commentaires des critiques du Guardian sur cette scène qui est un des moments forts du film. La prestation de Paddy Considine y est saluée autant que son personnage représentant ce journal sous son aspect le plus glorieux («Ils peuvent venir, le Guardian n?a pas peur de Guantanamo ! »).
Evidemment, comme partout ailleurs, Matt Damon est encore plus applaudi. Ayant trouvé son personnage, celui grâce auquel il restera dans les mémoires, l?acteur le moins parlant de sa génération parvient à lui donner une dimension très humaine qu?on aurait difficilement imaginée. Si ce commentaire vaut plus pour l?ensemble de la trilogie ? surtout La Mort dans la Peau ? que pour ce troisième épisode, il n?empêche que le personnage est un nouvel archétype de héros de film d?action sur lequel d?autres seront ou ont déjà été copiés. Par ailleurs, il sera toujours intéressant de faire des comparaisons entre le personnage de Jason Bourne et Ed Wilson dans Raisons d?Etat.
Cela étant, ce troisième volume n?a pas grand-chose à nous dire de plus sur le mystère du personnage et sa quête du passé. Il en est juste un peu question, à travers un programme «Blackbriar» de la CIA, pour la formation de super-tueurs. Nous n?en apprendrons pas grand-chose, sinon que ce programme est la justification de courses-poursuites à travers Londres, Paris, Turin, Madrid, Tanger et New York. Cela s?appelle un «McGuffin», La Vengeance dans la Peau est principalement axée sur l?action et le suspense de bout en bout. L?action est spectaculaire, sans aucun effet numérique visible. Paul Greengrass préfère les vraies cascades et les effets de mise en scène ou de montage. L?embuscade dans la gare de Waterloo est un moment fort du film, la poursuite sur les toits de Tanger en est un autre.
Dans les deux cas, Paul Greengrass filme comme toujours, caméra à l?épaule, faisant parfois de plans incroyablement longs (probablement raccordés de manière invisible) pour les poursuites, et parfois des raccourcis de montage pour les combats. Quant au suspense, il découle justement de cette action si bien exécutée et aussi de quelques affreux (Scott Glenn, David Strathairn et Albert Finney) qui, eux, sont réussis de par leur petitesse dissimulée ? celle des hommes de pouvoir ? et les moyens dont ils disposent. Moins profond, mais offrant un meilleur cinéma, ce troisième épisode pourrait bien être le meilleur.
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