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«Il faut combattre la déperdition scolaire après le CPE»

13 novembre 2007, 00:00

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● <B>Lorsque vous étiez ministre de l?Education, vous avez combattu la compétition féroce qui faisait rage au primaire. Aujourd?hui, considérez-vous toujours que nous devrions être moins élitistes dans notre approche au niveau des examens de fin de cycle primaire ? </B>

J?ai passé quelques jours à Maurice en tant que père d?une fille qui passe ses examens du Certificate of Primary Education (CPE), donc je m?exprimerai d?abord à ce titre pour dire que l?exercice demeure pénible, à la fois pour les parents et pour les enfants, pour dire le moins.

Cela dit, l?Etat mauricien a annoncé l?an dernier une révision de ces examens-là. Celle-ci inclurait un allègement des programmes, une focalisation nouvelle des examens comme outil pédagogique plutôt que comme un exercice de sélection et, à terme, la disparition du CPE tel que nous le connaissons.

Pour moi qui suis maintenant observateur de l?évolution éducative en Afrique, je constate que cela va dans le sens du développement du système éducatif à travers le monde. Il y a un siècle, l?on s?attachait à généraliser l?accès au primaire. Chez nous, cela s?est fait dans les années 60. Aujourd?hui, le défi, comme dans beaucoup de pays en voie de développement, c?est d?élargir l?accès pour tous au secondaire et au-delà. C?est le même défi auquel faisaient face les pays développés à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

● <B>Pourquoi est-il si important de revoir le système que l?on connaît actuellement ? </B>

Il faudrait élargir le débat. Ce qui est évident aujourd?hui, c?est que le capital humain joue un rôle de plus en plus important comme facteur de croissance économique. Dans l?ère moderne, qui est l?âge de la connaissance, cela est encore plus vrai. Malheureusement, en Afrique, et cela inclut Maurice, le capital humain ne joue pas le rôle qu?il aurait pu, ou aurait dû, jouer. Pour la Banque mondiale, l?éducation et la formation demeurent le talon d?Achille dans le contexte de la mondialisation. Plus que jamais, la priorité reste le rehaussement du niveau d?éducation, du niveau de compétences de la main-d??uvre mauricienne.

● <B>Et comment procéder pour atteindre cet objectif ? Quel est le moyen le plus efficace d?y parvenir ? </B>

Désormais, l?accès à une éducation pertinente et de qualité est une condition sine qua non pour la poursuite du développement économique à Maurice. La seule voie qu?ont suivie tous les pays d?Europe, d?Amérique du Nord et du Sud-Est asiatique, c?est la généralisation de l?accès à l?éducation primaire et secondaire. Que font l?Europe et l?Amérique du Nord aujourd?hui ? C?est garantir une éducation de base générale à tous sur 11, 12 ans, à l?issue de quoi on multiplie les possibilités de, soit accéder à l?éducation supérieure, soit à une formation professionnelle permettant d?intégrer le marché du travail avec le maximum de chances. Aujourd?hui en Afrique, si une grande majorité d?enfants accède au primaire, une petite minorité d?enfants le termine avec succès.

● <B>Mais Maurice a quand même déjà fait des efforts conséquents à ce niveau-là?</B>

L?île Maurice, avec quelques pays d?Afrique du Nord, les Seychelles, l?Afrique du Sud, le Botswana et les îles du Cap-Vert, est dans le peloton de tête en Afrique. Ce sont des pays qui ont généralement garanti l?accès au primaire depuis bien longtemps et qui ont graduellement ouvert l?accès au secondaire. L?éducation, l?expansion de l?offre éducative doit s?intégrer dans une politique de développement globale. L?éducation et la formation doivent servir à soutenir l?effort de développement économique. L?on ne peut penser quantité aux dépens de la qualité. Offrir l?éducation au plus grand nombre n?aurait aucun sens s?il ne s?accompagnait pas d?un souci constant de maintenir et de rehausser la qualité par rapport aux acquis scolaires. Ça ne sert à rien d?atteindre les 100 % d?accès au primaire si on aura un taux de déperdition scolaire de 50 % à la fin du cycle primaire. On aura investi effort, énergie et argent qui n?auront servi à rien. Une quatrième idée forte qui émerge, c?est que ce ne sont pas les pays qui dépensent le plus en termes d?éducation qui obtiennent les meilleurs résultats. L?investissement dans l?éducation se réfléchit et se planifie.

● <B> Ce dernier élément est plutôt paradoxal?</B>

Tout à fait. Lorsque vous comparez le coût, à l?unité, des élèves et que vous comparez cela aux résultats obtenus, il y a de grandes divergences.

● <B> Mais quel est le secret ? </B>

La qualité justement. Ce qui importe, ce n?est pas d?employer des tas d?enseignants si ceux-ci ne sont pas convenablement formés au préalable. S?ils n?ont pas les bagages pédagogiques, les manuels et les textes nécessaires, les résultats désirés ne seront jamais atteints. Avoir des classes de 25 élèves n?est pas forcément plus efficace que d?avoir des classes de 40 ou 50 élèves. C?est ce que nous montre l?expérience de l?Asie de l?Est qui a une performance des plus honorables alors que ces pays ont des classes plutôt chargées. Le facteur de la décentralisation de la gestion éducative est un autre facteur de succès. Chercher à tout gérer de manière très centralisée et faire en sorte que toutes les décisions viennent d?en haut est néfaste. Ce faisant, on laisse très peu d?initiatives et de possibilités aux écoles. Le résultat est que l?information ne remonte pas et que ceux qui sont chargés de transmettre les connaissances n?ont plus à rendre compte de ce qu?ils font et les résultats ne sont pas brillants.

«Faire que tout le monde aille au collège et aille le plus loin possible, que cet enseignement réponde aux besoins de l?économie mauricienne. Les efforts pour former nos jeunes sont une indication très claire de cette difficulté.»

● <B>Un système trop centralisé tue donc l?initiative ? </B>

Non seulement cela, mais en plus, on ne sait pas ce qui se passe sur le terrain. Chaque établissement doit avoir une certaine autonomie. Tout ne peut pas se décider depuis le quartier général. Il faut également comprendre que l?Etat ne peut tout faire.

● <B>Comment est perçue l?éducation mauricienne de l?étranger ? </B>

Maurice est dans le peloton de tête au niveau africain, même si l?Afrique du Nord à une certaine avance sur les autres pays du continent. Maurice, les Seychelles, les îles du Cap-Vert partagent à peu près la même expérience. Notre petite taille a permis de vaincre certains obstacles. En termes d?accès au secondaire, Maurice, avec un taux de scolarisation brute d?environ 70 % en général et de 90 % au premier cycle du secondaire, est plutôt perçue comme une réussite. La taille a sans doute rendu les choses plus faciles mais l?action des différents gouvernements qui se sont succédé depuis l?indépendance et qui ont accordé une importance primordiale à la chose éducative y ont également contribué. La première phase de notre décollage économique a été portée par cette main-d??uvre lettrée que nous avions.

● <B>Sur quels points faudrait-il maintenant concentrer nos efforts ? </B>

Ces atouts ne sont pas acquis pour l?éternité. Le monde autour de nous évolue. Maurice doit se battre pour continuellement rehausser le niveau du capital humain qu?elle possède. Il faut avoir une économie moderne dans un monde globalisé. Le fait que le Mauricien moyen avait bénéficié, il y a quelques années, d?une moyenne de neuf ans de scolarisation, a fait que nous avons pris de l?avance sur beaucoup de pays africains. Cet avantage n?est cependant pas immuable.

● <B>Selon certains experts, nous sommes en perte de vitesse?</B>

Durant les 20 dernières années, nous avons en effet perdu de cet avantage comparatif. Aujourd?hui, il est dit que le niveau de formation à Maurice comparé avec des pays de niveau semblable, n?est pas ce qu?il aurait pu être. Aujourd?hui, Maurice a besoin d?une population hautement formée. Il va donc falloir combattre la déperdition scolaire après le CPE. Faire que tout le monde aille au collège et aille le plus loin possible, que cet enseignement réponde aux besoins de l?économie mauricienne. Les efforts pour former nos jeunes pour le secteur informatique sont une indication très claire de cette difficulté. Nous avons beaucoup progressé au niveau du taux d?inscription à l?enseignement supérieur mais il faut faire vite. Certains de nos compétiteurs nous devancent largement. La formation professionnelle pour cadre moyen, pour ceux qui, après le premier cycle du secondaire veulent se préparer pour le monde du travail, est une autre priorité. Les exigences du développement économique ne sont plus les mêmes que ceux d?il y a 20 ou 30 ans. Aujourd?hui, il nous faut savoir travailler en équipe, innover, raisonner et résoudre efficacement les problèmes qui se posent.

Propos recueillis par <B>Patrick HILBERT</B>

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