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Un ancien combattant raconte?
Il est assis, sous un chapiteau, au deuxième rang des sièges réservés aux anciens combattants dans l?enceinte du collège Royal de Curepipe. Edwine Pierre, 92 ans, assiste, en compagnie de ses collègues, à la cérémonie de dépôts de gerbes au pied de la statue du Soldat inconnu en l?honneur des anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale.
Edwine Pierre se souvient encore de la raison principale qui l?avait poussé à prendre le bateau pour se rendre en Egypte. «Nous étions pauvres et nous avions besoin d?argent. On m?a promis 60 cents par jour. Et j?ai alors décidé de quitter ma femme et mes deux enfants pour tenter l?aventure», déclare Edwine Pierre d?un air ému. Cela s?est passé il y a 40 ans.
Avant de prendre le bateau pour l?Egypte, Edwine Pierre travaillait comme charpentier sur la propriété sucrière de Mon Désert Alma. C?est dans l?équipe qualifiée de Soldat de Guerre qu?il a été intégré. «Dès notre arrivée au pays, nous avons commencé à effectuer des entraînements de tirs et de lancement de grenades. Cela pendant toute une journée. Les chefs hurlaient de partout», se souvient-il.
«Notre vie avait complètement changé. On déjeunait et on mangeait comme des Anglais. Du biscuit avec du corned-beef au déjeuner, du thé, du bacon et des ?ufs au petit-déjeuner et un plat consistant le soir. Parfois, on mangeait du curry ourite le soir», dit cet ancien combattant. Ce qui l?agaçait : il n?y avait pas de contact avec sa famille. «On ne pouvait pas envoyer des courriers à nos familles de peur qu?ils soient interceptés par des ennemis.» Et cela a duré cinq ans.
«J?étais très ému lorsque je suis retourné pour retrouver ma petite famille», ajoute-t-il. Edwine Pierre avait repris son travail de charpentier quelques jours après. Avec du recul, il dira qu?il a eu beaucoup de chance finalement. Il a combattu pour la liberté et un certain nombre de ses camarades sont tombés sur le champ de bataille. L?épisode est douloureux ; il ne veut pas trop en parler. «J?ai vu des morts partout. Les ennemis comme mes amis», dit-il.
L?épouse d?Edwine Pierre est déjà décédée. Cet ancien combattant se met en colère quand subitement les responsables de sécurité des personnalités présentes lui demandent de reculer. «Voilà comment on nous traite maintenant pour avoir combattu lors de la Seconde Guerre mondiale. Ma pension d?ancien combattant est de Rs 700», ajoute-il.
Après avoir été salués par les différentes personnalités, les anciens combattants sont appelés à retourner à reprendre leurs sièges. Des rafraîchissements leur ont été distribués à la fin de la cérémonie. L?occasion pour eux de partager leur souvenir d?antan?
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